London Escorts sunderland escorts
Home Asie JAPON – TOURISME : Ne ratez pas ce récit de voyage japonais signé Yves Carmona

JAPON – TOURISME : Ne ratez pas ce récit de voyage japonais signé Yves Carmona

Journaliste : Yves Carmona Date de publication : 29/06/2026
0

 

Notre ami Yves Carmona, ancien ambassadeur de France, revient du Japon. Il nous a livré ce récit.

 

Encore un voyage au Japon ? Ce n’est pas seulement une habitude annuelle de l’auteur de ces lignes, mais aussi l’occasion de retrouver des amis japonais et français installés dans cet archipel dont on ne parle souvent qu’à l’occasion des catastrophes naturelles – séismes, tsunamis ou typhons – ou, cette année, parce que le G7 s’y est réuni. Quelques lignes, donc, pour rappeler que le Japon est bien davantage que cela.

 

Ce qui ne change pas… ou très peu

 

Les révolutions sont rares dans l’archipel. L’institution impériale demeure. Il y a un an déjà, j’évoquais l’hypothèse d’une impératrice ; le débat reste ouvert. L’empereur Naruhito, aujourd’hui âgé de 66 ans, est en bonne santé, mais sa fille Aiko est son unique enfant, tandis que son frère cadet Akishino a un fils. L’opinion demeure partagée, d’autant que l’empereur bénéficie d’une meilleure image que son frère.

 

Autre permanence : le Parti libéral-démocrate (PLD), qui domine la vie politique depuis 1955 malgré quelques parenthèses d’alternance. Pour la première fois, le parti est dirigé par une femme, mais cette héritière politique de Shinzo Abe mène une politique tout aussi conservatrice que ses prédécesseurs.

 

Séjournant près de la Diète, j’ai pu observer une démocratie certes imparfaite mais bien vivante. Pendant plusieurs heures, des manifestants ont dénoncé la politique de la Première ministre sans être inquiétés. Une femme lançait au mégaphone : « Trump ne vaincra pas l’Iran ; toi, héritière d’Abe Shinzo, tu nous rapproches de la guerre. » Le lendemain, un guitariste prenait le relais devant une importante présence policière, dans une atmosphère parfaitement calme.

 

Le quartier de Nagatachō rappelle aussi le fonctionnement très particulier de la politique japonaise : chaque matin, de jeunes diplomates rencontrent les députés de l’opposition afin d’anticiper les questions auxquelles les ministres devront répondre dans l’après-midi. Un exercice devenu moins éprouvant qu’autrefois, lorsqu’il occupait parfois toute la nuit.

 

Le Japon éternel

 

Une visite à Kamakura permet toujours de retrouver le Japon traditionnel. Entre un petit temple discret, un jardin zen dominé par les falaises, une tasse de matcha dégustée au milieu de deux mille bambous et le grand sanctuaire de Hachimangū, la tradition reste bien vivante. Ce jour-là, un mariage shinto attirait autant les regards que les smartphones des visiteurs.

 

Un détour par la préfecture de Nagano rappelait un autre contraste propre au Japon : l’immensité de la région métropolitaine de Tokyo – près de 37 millions d’habitants – face à des campagnes qui se vident progressivement. Dans ces vallées montagneuses, les routes sont parfois déroutantes, les villages s’étirent au pied des montagnes et les cimetières accompagnent presque systématiquement les habitations.

 

Les embouteillages restent tout aussi impressionnants. Malgré un réseau autoroutier extrêmement dense, il existe rarement un itinéraire de secours dans ce long couloir urbanisé coincé entre la mer et les montagnes.

 

Des campagnes qui se désertifient

 

J’ai retrouvé un ami pèlerin et infatigable randonneur qui parcourt depuis des années les sanctuaires et les temples du Japon. Ses récits racontent autant ces lieux de spiritualité que la désertification accélérée des campagnes, où certains monastères ne comptent désormais plus aucun moine.

 

Il égratigne au passage quelques spécialistes autoproclamés du Japon, qu’ils soient diplomates médiatiques, hommes d’affaires ou intellectuels fascinés par un pays qu’ils n’ont parfois fait qu’effleurer. Lui pratique une anthropologie de terrain, patiente et modeste.
Car qui peut réellement prétendre connaître le Japon ?

 

Il y a un an, j’imaginais que les élections pourraient ouvrir une période plus favorable aux influences étrangères. C’est l’inverse qui s’est produit. L’arrivée au pouvoir de Sanae Takaichi confirme le poids d’un courant national-conservateur qui entend restaurer la grandeur du Japon d’avant 1945. Ce discours trouve un écho dans les tensions croissantes avec la Chine, tout en restant limité par une opinion publique profondément marquée par Hiroshima, Nagasaki et les bombardements de Tokyo. Malgré certaines inquiétudes exprimées à l’étranger, une large majorité de Japonais ne souhaite pas voir son pays redevenir une puissance militaire.

 

Le regard des Français du Japon

 

J’ai également retrouvé un journaliste de plus de quatre-vingts ans qui connaît le Japon mieux que quiconque. Fidèle au journalisme de terrain, il regrette que les entretiens deviennent toujours plus difficiles à obtenir, même dans une démocratie.

 

Comme beaucoup de Français installés ici depuis longtemps, il est arrivé presque par hasard, a appris la langue, fondé une famille et choisi d’y rester. Tous racontent un pays exigeant mais accueillant, bien différent des clichés.

 

Enfin, les grands parcs de Tokyo demeurent des lieux privilégiés où les habitants retrouvent une nature soigneusement préservée. Cette année, le jardin de roses de Jindaiji était particulièrement remarquable, rappelant combien la nature reste au cœur de la sensibilité japonaise, même au sein d’une métropole gigantesque.

 

Ce qui change… parfois brutalement

 

Le Japon évolue également, parfois de manière surprenante. J’avais déjà raconté la mise à pied brutale d’un ami, remercié du jour au lendemain avant de retrouver rapidement un poste mieux rémunéré. Son épouse comparait cette pratique à ce qui se fait désormais aux États-Unis : une heure pour vider son bureau, puis plus aucun accès. Lui avait bénéficié de deux jours ; sa secrétaire refusait d’abord de croire qu’il devait déjà faire ses cartons.

 

Au cours de ce voyage, j’ai également revisité le site du premier consulat de France, installé à Yokohama en 1863. Le bâtiment d’origine, détruit lors du séisme de 1923, reconstruit puis incendié après la guerre, appartient aujourd’hui à la ville. Le quartier conserve un remarquable cimetière chrétien, principalement américain, où reposent notamment des soldats de la guerre de Corée. Depuis les hauteurs, la vue sur la baie de Yokohama reste l’une des plus belles du Japon. Le consulat a disparu, mais l’ambassade de Tokyo assure désormais les mêmes missions.

 

Un pays toujours difficile à résumer

 

Le Japon n’a jamais été aussi à la mode. Les visiteurs viennent désormais du monde entier, au point que certaines villes souffrent d’une véritable surfréquentation touristique.
Cette popularité nourrit pourtant une image souvent fantasmée du pays, façonnée par les mangas, les dessins animés ou quelques clichés largement diffusés à l’étranger. Le Japon est infiniment plus complexe.

 

Il faut espérer que cet engouement ne serve pas de prétexte à renforcer les réflexes xénophobes qui existent parfois dans une partie de la société. Car, malgré ses contradictions, le Japon demeure l’un des pays les plus accueillants envers les étrangers qui prennent le temps de le découvrir et de le comprendre.

 

C’est sans doute ce qui explique qu’on y revienne. Derrière les permanences et les évolutions, derrière la puissance économique, les débats politiques ou les tensions régionales, le Japon conserve une capacité rare à surprendre ceux qui acceptent de sortir des itinéraires convenus. C’est cette richesse-là qui donne envie d’y retourner, encore et encore.

 

Chaque semaine, recevez notre lettre d’informations Gavroche Hebdo. Inscrivez-vous en cliquant ici

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici

Les plus lus