
La Birmanie a rejeté la demande de l’envoyée spéciale de l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est (Asean), Theresa Lazaro, qui souhaitait rencontrer Aung San Suu Kyi, 81 ans, toujours privée de liberté. L’annonce a été faite mardi 30 juin par la présidence birmane.
« Aung San Suu Kyi a été poursuivie en justice et purge actuellement plusieurs peines. Elle n’est donc pas autorisée à rencontrer des représentants internationaux », a déclaré la porte-parole de la présidence, Khaing Khaing Soe, lors d’un point de presse à Naypyidaw.
En avril, le président Min Aung Hlaing, chef de l’armée arrivé au pouvoir après le coup d’État de 2021 puis confirmé à la tête de l’État à l’issue des élections de janvier 2026, organisée par l’armée, avait annoncé le transfert de la prix Nobel de la paix vers une résidence surveillée. Ce geste avait suscité l’espoir d’une ouverture, sans qu’aucun assouplissement politique ne se concrétise.
Aung San Suu Kyi a été condamnée à plus de trente ans de prison pour une série d’accusations, allant de la corruption à la violation des règles sanitaires liées au Covid-19. Une grâce partielle accordée en 2023 a ramené sa peine à vingt-sept ans. La communauté internationale considère largement ces poursuites comme politiquement motivées.
Le 19 juin, l’envoyée spéciale des Nations unies pour la Birmanie avait de nouveau réclamé sa libération immédiate. Depuis le coup d’État militaire de février 2021, qui a renversé le gouvernement élu d’Aung San Suu Kyi et mis fin à une décennie de transition démocratique, le pays est plongé dans une guerre civile.
Face à cette crise, l’Asean tente de promouvoir une solution politique à travers le « consensus en cinq points », adopté en 2021. Faute de progrès, l’organisation continue d’exclure les dirigeants birmans de ses sommets. Les Philippines, qui assurent actuellement la présidence tournante de l’Asean, avaient néanmoins salué le placement d’Aung San Suu Kyi en résidence surveillée et demandé qu’un « bref accès » soit accordé à leur envoyée spéciale.
Les ministres des Affaires étrangères de l’Asean doivent se réunir à Manille à la fin du mois prochain. Interrogée sur une éventuelle participation de la Birmanie, Khaing Khaing Soe s’est contentée de répondre : « S’ils nous invitent, nous y participerons. »
À quelques semaines de cette réunion, le refus opposé à Theresa Lazaro illustre une nouvelle fois les limites des efforts diplomatiques régionaux pour renouer le dialogue avec les autorités birmanes, tandis que la situation politique et sécuritaire du pays demeure dans l’impasse.
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