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INDOCHINE – HISTOIRE : Henri Mouhot, des rives du Chao Phraya aux temples d’Angkor

Journaliste : Christian Simon Date de publication : 05/07/2026
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Gavroche vous propose une série d’articles sur le vie d’Henri Mouhot, explorateur français de l’Indochine

 

Dans ce troisième épisode, découvrez le début de son extraordinaire périple vers le Siam, le Cambodge et, Angkor.

 

Une série écrite par Christian Simon.

 

2 – Les premières explorations

 

Après une traversée de quatre mois, le voici enfin à pied d’œuvre. Comme il en prendra l’habitude tout au long de son périple, c’est aux missionnaires qu’il rend ses premières visites. Au fil de la lecture de son récit, on le sent fervent chrétien. À Bangkok, il est présenté au roi Rama IV – Mongkut – et à diverses personnalités ecclésiastiques et laïques, puis part très vite de la capitale (le 19 octobre 1858) pour une courte expédition en remontant le Ménam (Chao Phraya) jusqu’à Ajuthia (Ayutthaya). Il revient à Bangkok en décembre pour préparer un deuxième voyage qui, cette fois, le mènera au Cambodge.

 

 

Après avoir longé la côte en bateau, il arrive à Chantaboum (Chanthaburi), où il séjourne trois mois. C’est là qu’il s’attache les services de Phraï et de Deng, des Annamites chrétiens qui lui seront fidèles jusqu’au bout. Il reprend sa navigation côtière jusqu’à Kampot, le seul port maritime cambodgien, puis rallie Udong, où il est présenté au vice-roi du Cambodge, le futur Norodom Ier. L’itinéraire, qui le mène à Angkor, suit un tracé jalonné de missions.

 

Parallèlement à ses recherches de naturaliste, on lui doit des observations précises des régions traversées, qui serviront aux expéditions suivantes, comme celle de Doudart de Lagrée (1866-1868). Le but de Mouhot n’est pas politique, ce qui ne l’empêche pas de suggérer l’annexion du Cambodge par la France ! Une anticipation, puisque le Cambodge deviendra un protectorat français en 1863.

 

C’est le père Sylvestre qui le conduit enfin à Angkor. Mouhot est émerveillé par ce qu’il découvre : « Nous mîmes une journée entière à parcourir ces lieux, et nous marchions de merveille en merveille, dans un état d’extase toujours croissant. Ah ! que n’ai-je été doué de la plume d’un Chateaubriand ou d’un Lamartine, ou du pinceau d’un Claude Lorrain, pour faire connaître aux amis des arts combien sont belles et grandioses ces ruines, peut-être incomparables, seuls vestiges d’un peuple qui n’est plus et dont le nom même, comme celui des grands hommes, artistes et souverains qui l’ont illustré, restera probablement toujours enfoui sous la poussière et les décombres. »

 

 

3 – « Découverte » d’Angkor et dernière expédition au Laos

 

Ils arrivent sur le site en janvier 1860. Pendant trois semaines, il remplit ses carnets de textes et de croquis, sans omettre de collecter des spécimens de toutes sortes, dont certains portent encore aujourd’hui son nom (le Mouhotia, carabique scaritiné, par exemple). Il ne fut certes pas le découvreur d’Angkor, mais son regard de voyageur soucieux des détails et son talent de dessinateur, popularisés par la publication de son récit à Paris en 1863, après une prépublication dans Le Tour du Monde, nous ont légué une somme considérable d’informations.

 

Il revient alors à Bangkok pour y inventorier ses collections et mettre de l’ordre dans ses notes avant de tout expédier vers l’Europe sur le Sir John Brooke, qui malheureusement sombre à quarante milles de Singapour, emportant par le fond les précieuses malles. Heureusement, lors de ses différents passages à Bangkok, il a confié des notes, des croquis et des spécimens collectés à des relations qui les ont fait parvenir à Sir Samuel Stevens, secrétaire de la Royal Society de Londres. Stevens apparaît dans les correspondances comme acheteur, pour le compte de cette société, d’un certain nombre de collections d’Henri Mouhot entre le 8 juillet 1859 et le 18 août 1862. Nous disposons de quelques extraits d’inventaire et ce qui reste des collections se trouverait dans les archives du British Museum de Londres, ainsi que de quelques éléments au musée des ducs de Wurtemberg, à Montbéliard.

 

Mouhot décide alors de poursuivre son périple vers le Laos. La voie n’est alors pas du tout balisée. Il arrive à Luang Prabang le 25 juillet 1861 et, le 5 août, il est présenté au roi Chantha Kuman, mais n’obtient pas l’autorisation d’aller au-delà, vers la frontière chinoise. Il a le mal du pays et craint de ne pas pouvoir aller au bout de sa quête : la source du Mékong. « Me sera-t-il donné de faire plus ? » Son journal s’arrête le 5 septembre. Jusque-là, il a noté ses impressions ; le 19, il est pris de fièvre ; le 29, il écrit encore : « Ayez pitié de moi, ô mon Dieu. » Le 7 novembre, il sombre dans le coma et délire jusqu’à sa mort, le 10 novembre 1861, à sept heures du soir.

 

Après avoir inhumé Henri Mouhot selon les rites chrétiens, Phraï et Deng rapportent, trois mois plus tard, à Bangkok, ce qu’il reste de ses collections, ses effets personnels et ses notes, accompagnés du récit de ses derniers moments. Sans leur dévouement et leur fidélité, rien de tout cela ne nous serait parvenu. Personne, aujourd’hui, n’a pu retrouver les manuscrits qui ont servi à la rédaction posthume de ses notes de voyage.

 

A suivre…

 

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