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Philippe Aghion est un économiste spécialiste de l’innovation. Co-lauréat du prix Nobel 2025, cet inspirateur zélé du macronisme attendait sans doute son heure. Or voilà qu’il est sorti du bois, ou plutôt du parc Jourdan qui, chaque année, abrite, au tout début de juillet, les Rencontres économiques d’Aix-en-Provence.
Aghion ne l’a pas dit, mais tout le monde l’a compris. S’il pouvait, les 18 avril et 2 mai 2027, il voterait bien Sébastien Lecornu. Son dialogue avec l’actuel Premier ministre – qui jure ne pas être candidat pour l’Élysée – a viré à l’opération marketing en à peine quelques phrases. La cible du tandem Aghion-Lecornu ? Les grosses fortunes françaises, dont l’avenir du pays – plus panier percé que jamais avec une dette publique record de 3536 milliards d’euros – dépendra au lendemain du scrutin.
J’ai compris ce qui se trame autour de Lecornu en regardant de plus près sa gestuelle. Hier, l’ancien ministre de la Défense, promu chef du gouvernement en octobre 2025, évitait les gestes et les formules chocs. Rien de tel aujourd’hui. Lecornu tape. Il parle du « sentiment d’inégalité fiscale ». Il a compris qu’il lui faut, pour exister, apparaître comme l’homme qui comprend le peuple. Non, il n’est pas que le factotum zélé d’Emmanuel Macron. Au contraire. Il est sa dernière chance de faire survivre le macronisme et de préserver l’ancrage européen de la France. Il peut, à Matignon, penser à un avenir présidentiel en se rasant.
Mon sentiment est que Sébastien Lecornu attend que ses rivaux se brûlent. Édouard Philippe, qui tenait son premier meeting parisien dimanche 5 juillet ? Facile à démolir avec l’aide de quelques souvenirs des « Gilets jaunes ». Gabriel Attal ? Pas trop difficile à convaincre, s’il le faut, de se garer sur le bas-côté en lui confiant les rênes du parti et en lui faisant miroiter une succession future. Bruno Retailleau ? Là, ça coince davantage, mais l’ex-LR Lecornu est expert en manœuvres partisanes.
D’ici là, le chef du gouvernement a besoin de quelques mesures phares. Sa proposition, soufflée par Philippe Aghion, de créer des fonds souverains par secteurs, alimentés par des dons de très riches contribuables désireux d’éviter la fiscalité sur leur succession, est une manière de repenser l’impôt et le budget. La France deviendrait, avec lui, la patrie de la philanthropie forcée. Les grands patrons, comme les électeurs, se retrouveront pris dans la même embuscade.
Bonne lecture, avec le chant des « Gilets jaunes » !
(Pour débattre : richard.werly@ringier.ch)
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Il fallait bien un lauréat du prix de la Banque de Suède pour recycler une vieille toquade. Sa renommée, tout d’abord, est largement héritée de J. Schumpeter, dont P. Aghion n’est qu’un obscur, bien que renommé, épigone. Mais, toujours en mal d’innovation, une trouvaille conceptuelle vient de sourdre de cet esprit pétillant comme le champagne, habillant de neuf une vieille lubie française. Le concept de l’été, cet oxymore qui touche à l’œuvre d’art, nous est livré, ou plutôt son nouveau dieu, apparu sous le soleil caniculaire d’Aix-en-Provence : le « mécénat forcé ».
Renouvelant l’anthropologie de Marcel Mauss, le don suppose la liberté. Parler de « mécénat forcé », c’est comme parler de « viol non consenti ».
Dans une simplicité biblique, selon l’économiste distingué, dans une version alternative de la taxe Zucman (et tentant de lui voler la notoriété ?), les « grandes fortunes », fustigées et diabolisées, devront « choisir » d’orienter une part de leur succession vers des fonds d’État, sous peine d’une lourde punition fiscale.
Théoricien de l’innovation et de ses moteurs, on est quelque peu surpris que, au nom de l’intérêt national, bien haut proclamé, on veuille nous faire croire qu’un fonctionnaire pillant l’héritage d’autrui fera meilleur usage du capital que celui qui l’a constitué. Des exemples que notre économiste n’a pu encore nous exposer.
Le plus consternant est que cette suggestion vienne d’un économiste réputé éminent, un théoricien de la destruction créatrice et de l’innovation, qui n’ignore pas que la richesse naît de la liberté d’entreprendre et non de la contrainte étatique.
Faut-il y voir une erreur d’analyse ? Communiste dans sa jeunesse, il s’agit plutôt d’une continuité chez ce « conseiller du Prince » : Ségolène Royal, François Hollande, Emmanuel Macron.
Il lui fallait trouver un nouveau destinataire de ses servilités. Sébastien Lecornu, qui n’en demandait pas tant, fut le réceptacle de ces servilités courtisanes. L’économiste énamouré vit, dans une hallucination solaire, en Sébastien Lecornu une réincarnation du « Général ». Comme en 1945 ou en 1958, pas en 1940 (pas encore…). Notre économiste a réanimé le mythe du « sauveur » et mêle l’économie et la religion.
L’esprit de cour est, selon La Bruyère, indécrottable. Dix ans après l’avoir déployé sur tous les tons, la perspective de l’élection présidentielle réactive la même salivation.
La lecture des Caractères de La Bruyère, et plus particulièrement des chapitres VII, « De la Cour », et IX, « Des Grands », permet une complète compréhension de cette complexion qu’est celle du courtisan.