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THAÏLANDE – MONARCHIE : Une royauté décodée par Hervé Cheuzeville

Journaliste : Hervé Cheuzeville Date de publication : 07/07/2026
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Épisode 3 : La dynastie Chakri

 

Après la mort de Taksin, le pouvoir passe entre les mains de Thongduang, ancien général en chef et figure militaire influente. Devenu roi sous le nom de Rama Ier, il fonde en 1782 la dynastie Chakri, toujours régnante aujourd’hui. Il transfère la capitale sur la rive est du Chao Phraya, à Bangkok, alors simple village de pêcheurs, qu’il transforme progressivement en centre politique du royaume.

 

La nouvelle capitale est conçue comme une continuité d’Ayutthaya. Le souverain y fait creuser des canaux, ériger un palais royal et construire des temples, parfois avec des matériaux récupérés de l’ancienne capitale détruite. Le nom officiel de la ville, Krung Thep Maha Nakhon, est progressivement associé à Bangkok dans les usages internationaux.

 

Rama Ier cherche aussi à inscrire sa dynastie dans la continuité symbolique des anciens royaumes siamois. Il adopte un nom de règne rappelant les souverains d’Ayutthaya et fait du Bouddha d’Émeraude le palladium du royaume, installé dans le temple du Wat Phra Kaew. Cette statue devient l’un des symboles religieux et politiques majeurs du pays.

 

Afin de structurer durablement l’État, il renforce également le rôle du clergé bouddhique en le plaçant sous l’autorité d’un patriarche suprême nommé par le roi. La monarchie se présente ainsi comme garante de l’ordre religieux et politique.

 

Au XIXᵉ siècle, la dynastie Chakri doit composer avec la pression croissante des puissances coloniales européennes. Mongkut, devenu Rama IV après avoir passé de longues années dans les ordres, incarne cette phase d’ouverture. Érudit et polyglotte, il s’intéresse aux sciences occidentales et engage un dialogue diplomatique avec les puissances européennes.

 

Il signe en 1855 un traité avec le Royaume-Uni afin d’éviter une confrontation directe et introduit des innovations techniques dans le royaume, notamment l’imprimerie et la navigation à vapeur. Son règne marque une première modernisation de l’État siamois.

 

Son fils, Chulalongkorn (Rama V), poursuit cette politique de réforme et devient l’un des souverains les plus importants de l’histoire thaïlandaise. Il abolit progressivement l’esclavage en 1895, modernise l’administration, développe les chemins de fer et introduit de nouvelles institutions publiques comme les postes et les universités.

 

Face aux ambitions coloniales françaises et britanniques, il mène une diplomatie prudente afin de préserver l’indépendance du Siam. Le pays perd néanmoins certains territoires au profit de la France en Indochine, avant d’être reconnu en 1896 comme État tampon entre les empires coloniaux.

 

Chulalongkorn est également le premier roi siamois à voyager en Europe, où il effectue plusieurs visites officielles, notamment en France à la fin du XIXᵉ siècle. Son long règne est aujourd’hui considéré comme une période fondatrice de l’État-nation thaïlandais moderne.

 

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