
La Thaïlande semble tourner la page du Land Bridge, ce mégaprojet destiné à relier la mer d’Andaman au golfe de Thaïlande afin d’offrir une alternative au détroit de Malacca, par où transite une part importante du commerce maritime mondial.
Après plusieurs mois d’évaluation, le gouvernement estime désormais que cette infrastructure ne présente plus les garanties économiques nécessaires pour être menée à bien.
Le vice-Premier ministre et ministre des Finances, Ekniti Nitithanprapas, a indiqué qu’une étude officielle concluait à une viabilité économique insuffisante, à des perspectives commerciales limitées et à des risques environnementaux importants.
Interrogé sur un éventuel abandon du projet, il a répondu sans ambiguïté : « On peut le dire. »
Un contexte international moins favorable
Selon le gouvernement, plusieurs facteurs ont conduit à cette réévaluation. L’étude met en avant des risques financiers élevés, l’évolution des échanges maritimes mondiaux, une concurrence accrue entre les grands ports asiatiques et, surtout, le manque d’intérêt des principales compagnies maritimes, dont la participation était indispensable à la rentabilité du projet.
Le Land Bridge prévoyait de relier les ports de Ranong, sur la côte de la mer d’Andaman, et de Chumphon, sur le golfe de Thaïlande, par une autoroute et une ligne ferroviaire. Les conteneurs auraient traversé la péninsule thaïlandaise par voie terrestre avant d’être réexpédiés par mer, évitant ainsi le détour par le détroit de Malacca.
Un changement de cap
Ces derniers mois, le gouvernement avait encore défendu ce projet, mettant en avant les tensions géopolitiques et la nécessité de sécuriser les chaînes d’approvisionnement mondiales. Les conclusions de la nouvelle étude traduisent toutefois un changement d’approche : les bénéfices attendus ne compensent plus les coûts, les risques financiers et les incertitudes commerciales.
Moderniser les infrastructures existantes
Plutôt que de construire un nouveau corridor logistique, Bangkok privilégie désormais une stratégie plus pragmatique.
Le gouvernement prévoit de moderniser le port de Ranong et de renforcer les liaisons ferroviaires entre le sud du pays, le corridor économique de la côte Est (EEC) et la Chine. Cette orientation doit permettre d’améliorer les capacités logistiques de la Thaïlande en s’appuyant sur des infrastructures existantes, tout en limitant les investissements nécessaires.
Une décision révélatrice des nouveaux équilibres du commerce mondial
L’abandon de facto du Land Bridge illustre les difficultés auxquelles se heurtent aujourd’hui les grands projets d’infrastructures. Entre le ralentissement du commerce international, la concurrence des hubs portuaires déjà établis – notamment Singapour et la Malaisie – et les exigences croissantes en matière de financement et d’environnement, les États doivent désormais arbitrer plus sévèrement leurs investissements.
Pour la Thaïlande, ce revirement marque un recentrage sur des projets plus réalistes et plus rapidement rentables, au moment où le royaume cherche à renforcer son rôle de plateforme logistique en Asie du Sud-Est sans engager des dépenses dont le retour sur investissement apparaît désormais trop incertain.
Rejoignez les plus de 13 000 lecteurs qui reçoivent chaque semaine Gavroche Hebdo. Pour ne rien manquer de l’actualité de la Thaïlande et de l’Asie du Sud-Est, inscrivez-vous en cliquant ici









