
Pétrole, GNL, nucléaire et centrales à gaz : Tô Lâm a placé l’énergie au cœur de sa visite d’État à Moscou, achevée le 9 septembre. Pour le Vietnam, confronté à une forte hausse de ses besoins électriques, la Russie reste un partenaire historique. Mais l’étape russe prend une dimension particulière au moment où le dirigeant vietnamien poursuit sa tournée à Paris, illustrant la diplomatie d’équilibre de Hanoï entre ses grands partenaires.
À Moscou, Tô Lâm et Vladimir Poutine ont ouvert un nouveau chapitre de leur coopération énergétique. Les deux dirigeants veulent approfondir les relations historiques dans le pétrole et le gaz, tout en les élargissant au GNL, au nucléaire civil, aux centrales à gaz et aux énergies renouvelables.
Cette visite revêtait une portée particulière. Il s’agissait de la première visite d’État en Russie d’un dirigeant vietnamien cumulant la direction du Parti et de l’État depuis 1991. Tô Lâm s’était toutefois déjà rendu à Moscou en mai 2025, à l’occasion des commémorations du 80e anniversaire de la victoire soviétique sur l’Allemagne nazie.
Le pétrole, socle historique de la relation
La coopération énergétique entre les deux pays remonte à plusieurs décennies et constitue l’un des héritages les plus solides des relations entre Hanoï et Moscou.
Lors de cette nouvelle visite, Petrovietnam et le russe Zarubezhneft ont notamment convenu d’étudier la création d’une réserve stratégique de pétrole brut au Vietnam. Plusieurs accords portent également sur de nouveaux investissements dans les secteurs pétrolier et gazier.
Pour Hanoï, l’enjeu dépasse désormais cette coopération historique. Le Vietnam doit répondre à une augmentation rapide de sa consommation électrique tout en réduisant sa dépendance au charbon et en sécurisant ses approvisionnements.
Moscou regarde aussi vers le GNL et le nucléaire
Le gaz naturel liquéfié pourrait ainsi prendre une place croissante dans les relations entre les deux pays. La Russie étudie la possibilité de fournir du GNL au Vietnam, notamment avec le groupe Novatek, parallèlement au développement des infrastructures nécessaires à son importation.
Le nucléaire civil constitue l’autre dossier stratégique. Hanoï a relancé cette option pour répondre à ses besoins électriques futurs, après avoir abandonné en 2016 ses premiers projets de centrales nucléaires.
Tô Lâm et Vladimir Poutine ont réaffirmé leur volonté de renforcer la coopération dans les usages pacifiques de l’énergie atomique. Un accord concernant la sûreté nucléaire et radiologique figure notamment parmi les textes échangés à Moscou.
Pour la Russie, cette relance énergétique vietnamienne ouvre donc de nouvelles perspectives dans un pays avec lequel elle dispose déjà de plusieurs décennies de coopération industrielle.
15 milliards de dollars d’échanges en ligne de mire
L’énergie ne constitue cependant qu’un volet d’une relation beaucoup plus large. Les deux dirigeants ont également réaffirmé l’importance de leur coopération en matière de défense et de sécurité et souhaitent accélérer les investissements réciproques.
L’objectif commercial affiché est ambitieux : porter les échanges bilatéraux à 15 milliards de dollars. La déclaration commune publiée à l’issue de la visite place d’ailleurs l’énergie et les hydrocarbures parmi les secteurs appelés à donner une nouvelle impulsion au partenariat entre les deux pays.
De Moscou à Paris
Mais la séquence diplomatique prend une dimension supplémentaire avec l’étape suivante du voyage de Tô Lâm : la France. Quelques heures après Moscou, le dirigeant vietnamien retrouve à Paris un autre partenaire stratégique. La France et le Vietnam ont élevé leurs relations au rang de partenariat stratégique global en octobre 2024, avant la visite d’État d’Emmanuel Macron au Vietnam en mai 2025.
Cette dernière avait débouché sur une série d’accords et de contrats dans l’aéronautique, les transports, le ferroviaire, le spatial, le nucléaire civil et la santé.
Les priorités ne sont donc pas identiques, mais elles se recoupent parfois. La Russie conserve une présence historique particulièrement forte dans l’énergie et la défense. La France dispose de positions importantes dans l’aéronautique, les transports, les infrastructures, le spatial et plusieurs technologies énergétiques.
La diplomatie d’équilibre de Hanoï
La succession de Moscou et Paris illustre surtout la stratégie internationale suivie par le Vietnam. Hanoï cherche à préserver ses partenariats historiques tout en diversifiant les technologies, les investissements et les financements nécessaires à sa modernisation. Cette politique lui permet de travailler simultanément avec des puissances dont les intérêts peuvent être très différents.
Pour le Vietnam, confronté à des besoins considérables en énergie et en infrastructures, ces partenariats ne sont pas nécessairement concurrents. De Moscou à Paris, Tô Lâm ne change donc pas réellement de cap : le Vietnam multiplie les partenariats, diversifie ses soutiens et cherche à éviter une dépendance excessive envers une seule puissance.
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