
Les importations chinoises de pétrole brut ont chuté de 41 % sur un an en juin et de 24 % en juillet. Faut-il y voir un nouveau signe de faiblesse de l’économie chinoise ? Pas seulement. Selon une analyse de Xiaojia Zhi, économiste en chef pour la Chine chez Crédit Agricole CIB, la baisse des importations exagère le ralentissement réel de la demande : la Chine puise dans ses stocks tandis que l’électrification rapide des transports réduit désormais durablement les besoins en carburants.
Sur les sept premiers mois de l’année, les volumes de brut importés ont reculé de 13 % sur un an. Mais l’activité des raffineries, indicateur plus proche de la consommation effective de pétrole, n’a diminué que de 8 %, tandis que la production nationale de brut est restée stable.
Dans le même temps, la consommation d’électricité chinoise a progressé de 5,3 % sur un an et la production industrielle de 5,4 %. Ces données suggèrent que la chute des importations ne peut être attribuée uniquement à une forte dégradation de l’activité économique.
La Chine a puisé dans ses stocks
Une première explication vient des réserves accumulées lorsque les cours du pétrole étaient plus bas. Face à la réduction de l’offre en provenance du Moyen-Orient, la Chine a utilisé une partie de ses stocks plutôt que de compenser entièrement le manque par de nouvelles importations.
L’Agence internationale de l’énergie estime que Pékin a retiré environ 41 millions de barils de ses stocks de brut en juin. La taille exacte de ces réserves reste toutefois difficile à établir, faute de données officielles détaillées.
Les observations par satellite indiquent néanmoins qu’après ces prélèvements, les stocks restaient supérieurs à ceux des années précédentes et proches de leur niveau du début de l’année.
Près de deux voitures sur trois sont désormais des véhicules à énergies nouvelles
L’autre facteur est plus structurel : l’électrification rapide du transport chinois commence à réduire la consommation d’essence et de diesel.
En juin, les véhicules à énergies nouvelles représentaient 62,8 % des ventes au détail de voitures particulières, contre 53 % un an plus tôt. Les volumes de recharge avaient parallèlement progressé de 69 % sur un an pour atteindre un record en avril.
Le phénomène gagne également le transport lourd. Les camions à énergies nouvelles ont représenté 45 % des ventes en juin, contre 26 % un an auparavant.
Selon les estimations présentées dans la note, l’électrification pourrait expliquer environ un tiers de la baisse des importations chinoises de brut observée depuis le début de l’année.
Une reprise attendue, mais incomplète
D’autres facteurs temporaires ont également pesé sur la demande. Le contrôle des prix des carburants a comprimé les marges des raffineries lorsque le pétrole a dépassé 80 dollars le baril. Les restrictions sur les exportations de produits raffinés ont réduit l’activité de raffinage destinée aux marchés étrangers, tandis que le ralentissement de la construction a affaibli la demande de diesel.
La demande liée à la pétrochimie a en revanche mieux résisté, soutenue notamment par la vigueur des exportations de produits en aval.
La note anticipe désormais une reprise progressive des importations. Les autorisations d’exportation de produits raffinés auraient déjà augmenté en août, ce qui devrait soutenir l’activité des raffineries et les achats de brut.
Mais cette reprise devrait rester partielle. L’électrification signifie qu’une partie de la demande de carburants ne reviendra pas, tandis que des stocks encore élevés limiteront les achats tant que les prix du brut resteront élevés.
Les analystes prévoient ainsi que la baisse des volumes importés, actuellement de 13 % depuis janvier, se réduira à environ 8 % sur l’ensemble de l’année.
Derrière la chute spectaculaire des importations se dessine donc une évolution plus profonde : la Chine reste un consommateur majeur de pétrole, mais l’essor des véhicules à énergies nouvelles commence à modifier durablement la structure de sa demande énergétique.
Gaston Baht
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