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ASIE – FRANCE : Ce géant des mers français tutoie le détroit de Malacca

Date de publication : 14/08/2026
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Le « Notre Dame » est l’un des géants de la flotte marchande française. Ce porte-conteneurs sillonne les grandes routes maritimes mondiales pour le compte de l’armateur CMA CGM, notamment celles qui traversent l’Asie et le stratégique détroit de Malacca.

 

Paris Match a récemment embarqué à bord de ce géant des mers et lui a consacré un reportage. Nous en reproduisons ici quelques extraits.

 

Un article de Paris Match, hebdomadaire dont nous vous recommandons la lecture

 

Dans la salle des machines, le moteur Everllence de 25 mètres de longueur et 2 000 tonnes. D’une puissance motrice de 90 000 chevaux, il n’émet ni soufre ni particules fines.

 

Sur les ponts inférieurs, dans plusieurs grands salons, trônent des canapés bleu azur, une grande télévision, un bar et quelques boissons fraîches. « C’est là qu’on se retrouve pour jouer aux cartes ou regarder des films. Mais ça, c’est quand on a le temps », souffle le capitaine Nicolas Le Scornet. Côté philippin, une particularité : un micro et un gros bloc étrange. Marvin Ebona, originaire de l’île de Mindanao et officier de quart chargé de la navigation, explique : « Tous les samedis soir, on aime organiser une grande soirée karaoké entre nous. »

 

Soudain, l’effluve d’oignons qui caramélisent vient chatouiller nos narines. Loin du tumulte, Cristian s’affaire. Chef cuisinier sur les bateaux de la CMA CGM depuis seize ans, le Philippin prépare le déjeuner : salade d’avocat en entrée, rôti de porc et gnocchis en plat de résistance, brownie en dessert. « Ici, je cuisine comme si j’étais chez moi et que je préparais le repas pour ma famille », confie-t-il avec un sourire, en badigeonnant la viande de moutarde. Le chef et ses commis disposent d’une cuisine professionnelle à faire pâlir certains restaurants. Même chose pour les trois immenses chambres froides, réservées au poisson, à la viande, aux fruits et aux légumes.

 

Accessibles aussi bien à pied qu’en ascenseur, les ponts inférieurs regorgent de petites pièces fermées à clé. C’est le cas de l’épicerie. Exiguë mais bien garnie, elle permet à tous les membres de l’équipage de s’offrir quelques petits plaisirs gourmands. Sur les étagères : snacks, bière, vin – blanc, rouge ou rosé –, cartouches de cigarettes, mais aussi quelques produits d’hygiène. « Les chips, le chocolat et les sodas, ça part plutôt bien », observe Nicolas Le Scornet, épicier malgré lui. Le dimanche, journée plus calme que les autres, certains se laissent tenter par une petite bouteille de vin pour le repas.

 

Au pont B, une salle de fitness flambant neuve. « J’ai recommandé un vélo et un tapis de course, qui nous attendent au Havre. On n’aime pas trop le vélo qu’on a actuellement », souffle le capitaine, qui, à terre, pratique le triathlon. Sur le bateau, il y a les pousseurs de fonte et les collectifs. Sur le pont A, la porte numéro 205 abrite un demi-terrain de basket. Après une longue semaine de navigation, les marins philippins, dont c’est le sport national, s’offrent chaque dimanche une partie endiablée.

 

Le chef et ses commis disposent d’une cuisine professionnelle, à faire pâlir certains restaurants

 

Perchée à 75 mètres au-dessus de l’eau, la passerelle est l’antre du commandant : quinze baies vitrées offrent une vue panoramique sur les falaises normandes et les rangées de conteneurs. La pièce est peuplée d’écrans, de téléphones, d’alarmes, de talkies-walkies, de cartes de navigation… Et un « maneki-neko », chat porte-bonheur, pour veiller sur les marins. Chaque équipage a son propre talisman, « Notre Dame » ayant été construit en Chine, ses membres ont souhaité acheter leurs porte-bonheur sur place et les ont installés à chaque endroit important du navire.

 

Au-delà du gigantisme, ce porte-conteneurs recèle surtout de grandes innovations technologiques. La passerelle a été entièrement digitalisée pour offrir à l’équipage des outils de navigation en temps réel, enrichis par des dispositifs de réalité augmentée. Grâce à un système de prédiction de trajectoire et de visualisation à 360 degrés – une sorte de radar de recul –, les manœuvres délicates sont facilitées. Année 2026 oblige, l’intelligence artificielle embarquée contribue à optimiser les routes maritimes, à ajuster la vitesse et surtout à maîtriser la consommation du navire. Une priorité pour la planète. Et la proue est inédite : les ingénieurs ont imaginé un déflecteur de vent, une grande structure aérodynamique installée juste devant les premières rangées de conteneurs, qui réduit la résistance.

 

À 15 nœuds (environ 28 km/h), plutôt que de frapper de plein fouet les boîtes, le flux d’air est dévié vers le haut – un avantage aussi pour réduire la consommation de gaz naturel liquéfié, carburant utilisé depuis plusieurs années par CMA CGM, mais une première pour faire avancer ce « 24 000 ».

 

Jean-Baptiste Tapie, chef mécanicien, deuxième poste le plus important sur le navire, réfute les a priori sur la pollution. « Dans les années 2000, on avait environ 8 000 conteneurs et on consommait 350 tonnes de fioul par jour. Désormais, on peut transporter 24 000 boîtes avec 80 tonnes de gaz », s’enthousiasme-t-il. Ce passionné de mécanique veille, avec son équipe, sur le moteur de 90 000 chevaux, tout aussi vertigineux que le reste du navire : 25 mètres de longueur, 15 de largeur.

 

Après son escale havraise, le « Notre Dame » va emprunter une route toute tracée : il rejoindra Anvers, puis Rotterdam et Hambourg, avant de repartir vers la Chine pour un nouveau chargement. Un aller-retour de plusieurs semaines qu’il répétera inlassablement. D’ici à 2028, ce sont dix villes flottantes comme celle-ci qui sillonneront la French Asia Line, la ligne la plus stratégique du commerce maritime mondial, entre l’Asie et l’Europe du Nord. À force d’audace, c’est bien Nicolas Le Scornet qui, le premier, en aura tenu la barre.

 

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