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BIRMANIE – INONDATIONS : Face à la catastrophe, la junte accusée d’abandonner les populations

Journaliste : François Guilbert Date de publication : 17/08/2026
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Inondation aout 2026 Birmanie

 

Une chronique birmane de François Guilbert.

 

La tournée régionale de Min Aung Hlaing n’efface pas les critiques sur la gestion des inondations par son gouvernement. Alors que plus d’un million de personnes seraient affectées, l’aide reste fragmentaire et son acheminement est particulièrement difficile dans les territoires contrôlés par la résistance.

 

En visitant coup sur coup deux pays de l’ASEAN, le Laos du 3 au 5 juillet et la Thaïlande les 6 et 7 août, le général Min Aung Hlaing espérait être enfin considéré comme le chef d’État légitime de la République de l’Union de Birmanie. Sa dernière étape à Bangkok semble, à ce titre, avoir été fructueuse. Mais, à y regarder de plus près, les nombreux sourires de façade et le long communiqué conjoint ne sauraient suffire. D’un point de vue protocolaire, le général-président a été reçu par le chef du gouvernement et au Parlement, mais il n’a pas eu d’entrevue avec le souverain Rama X.

 

Le tapis rouge a été déroulé, mais les partenaires sud-est asiatiques, présidence philippine de l’ASEAN en tête, n’en ont pas moins répété leurs attentes : libération des personnalités arbitrairement détenues, désescalade rapide des violences et acheminement de l’aide humanitaire sans discrimination. Autant de sujets sur lesquels Min Aung Hlaing se montre peu bavard, quand il n’est pas hostile aux positions exprimées par ses « pairs » de l’ASEAN. Il ne pourra, de surcroît, compter sur un abondement partenarial à un fonds d’urgence pour faire face aux inondations dévastatrices et généralisées.

 

Min Aung Hlaing silencieux sur l’urgence humanitaire

 

À Bangkok, le chef des généraux putschistes de février 2021 n’a pas pris le risque d’accorder une interview télévisée, contrairement à ses derniers déplacements à Moscou, New Delhi et Pékin. Il aurait certainement dû répondre à d’embarrassantes questions : sur les connivences de certaines milices avec les groupes criminels opérant le long de la frontière thaïlandaise, sur l’incapacité de son armée à défaire les insurgés de la génération Z dans la région d’Anyar, ou encore sur sa gestion particulièrement inappropriée des inondations qui frappent durement le pays depuis un mois. La solidarité n’a guère figuré au menu des récentes discussions birmano-thaïlandaises, davantage centrées sur les consultations politico-sécuritaires que sur l’aide aux victimes de la mousson 2026.

 

Une réponse aux inondations lente et très inégale

 

Depuis le coup d’État de 2021, la préparation aux catastrophes naturelles récurrentes a été considérablement affaiblie. Les budgets de l’État central consacrés à ces défis se sont raréfiés, y compris dans le domaine de la santé, alors que le pays fait aujourd’hui face à une hausse inquiétante des cas de diarrhée aiguë, recensés jusque dans Rangoun. Depuis cinq ans, Naypyidaw privilégie des priorités militaires et sécuritaires. Or, cette année, les inondations se révèlent particulièrement meurtrières et étendues.

 

À la mi-juillet, elles se sont d’abord manifestées dans les régions de Bago et Magway ainsi que dans les États Kayin et Môn. Au début du mois d’août, les régions de Sagaing, Mandalay, Ayeyarwady et de la capitale ont été durement touchées, de même que les États Kachin et Shan. Le gouvernement ne communique pas de données nationales régulièrement actualisées, détaillées et crédibles, ni de vaste plan de réponse à la montée des eaux. Les habitants doivent souvent compter sur leurs proches, les monastères environnants et des solutions de fortune. Selon l’Institut de stratégie et de politique (ISP), 1,3 million d’habitants répartis dans 41 townships seraient directement concernés.

À Sagaing, les populations prises au piège des eaux

 

Dans la région de Sagaing, l’une des plus touchées du pays avec plus de 225 000 personnes affectées, des victimes sont également à déplorer parce que l’appareil d’État n’a pas entretenu les digues et a décidé de relâcher l’eau de certains barrages menacés par les pluies incessantes. Certaines opérations auraient été conduites sans prévenir les populations vivant en aval. Ces submersions ont porté atteinte à la vie des habitants, à leurs logements, à leur bétail et aux cultures. Des milliers d’hectares de terres agricoles ont été anéantis ou recouverts de boue, tandis que des pénuries d’eau potable apparaissent.

 

Des camps de déplacés ont également été endommagés et des abris « temporaires » emportés. Les inondations brutales ont poussé plusieurs dizaines de milliers de personnes à fuir, dont quelque 40 000 dans la région de l’Ayeyarwady, pour trouver des refuges précaires. Sur leurs nouveaux lieux de vie, beaucoup restent confrontées à l’insuffisance de l’aide humanitaire. Les réserves des monastères et des populations d’accueil risquent de s’épuiser rapidement, exposant les communautés à de graves pénuries alimentaires et sanitaires.

 

À cette situation s’ajoute une forte hausse des prix alimentaires. Elle est particulièrement spectaculaire pour les variétés de riz les plus ordinaires, dont les prix auraient progressé de 15 à 40 % en un mois. Les consommateurs subissent les effets cumulés des achats de panique, de la réduction de l’offre et de la hausse des coûts de transport liée à la guerre civile, à la fermeture durable du détroit d’Ormuz et à la submersion des routes.

 

Les restrictions imposées par la junte compliquent l’acheminement de l’aide

 

Les opérations de secours sont entravées par les voies de communication endommagées, mais aussi par les coupures d’électricité et de télécommunications, les difficultés à transférer de l’argent et les obstacles à l’acheminement de l’aide vers les zones contrôlées par les groupes armés de résistance. Aux postes de contrôle, les soldats menacent les contrevenants de poursuites pour terrorisme, d’arrestation et de saisie de leurs biens. Il n’est pas rare que les denrées transportées par les convois soient saisies par des policiers, des soldats de la Tatmadaw ou des paramilitaires au service de la junte.

 

Il ne s’agit donc pas seulement d’un manque de volonté de porter secours, mais aussi d’une insécurité paralysante. Celle-ci est d’autant plus forte que, dans certaines zones affectées par la montée des eaux, notamment à Sagaing et dans l’Arakan, les bombardements aériens se poursuivent. En parallèle, le régime concentre son aide sur les populations qui lui sont « favorables ». Il a ainsi mis en avant son intervention dans l’Ayeyarwady, notamment l’acheminement par hélicoptère de nourriture et de médicaments vers des villages contrôlés par la milice ultranationaliste Pyu Saw Htee. Ces aides demeurent toutefois éparses et éphémères. Comme lors du cyclone Mocha en mai 2023, du typhon Yagi en septembre 2024 ou du séisme de Mandalay en mars 2025, les secours répondent davantage à l’urgence qu’aux besoins de reconstruction à long terme.

L’entraide privée et internationale tente de combler les lacunes

 

Comme souvent, les secours reposent davantage sur l’entraide entre particuliers et les initiatives de petites organisations caritatives que sur l’État birman. Malgré leurs réserves à l’égard du régime de Min Aung Hlaing et des budgets globalement en baisse, certaines agences des Nations unies, comme le Programme alimentaire mondial, et des donateurs internationaux se mobilisent. L’Union européenne a ainsi annoncé 10,5 millions d’euros supplémentaires le 13 août.

 

Ces réponses restent néanmoins limitées, surtout si les pluies continuent de tomber avec la même intensité. Les services météorologiques se montrent peu optimistes et préviennent que des pluies torrentielles devraient persister dans la région du golfe du Bengale. Elles pourraient provoquer de nouvelles crues soudaines et des glissements de terrain dans la région de Bago ainsi que dans les États Chin, Kayin et d’Arakan.

 

François Guilbert

 

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