
Le Parlement thaïlandais a entamé lundi 7 septembre l’examen final du budget 2027. Quelque 3 788 milliards de bahts de dépenses — près de 100 milliards d’euros — sont en jeu. Pendant trois jours, gouvernement et opposition vont s’affronter sur la dette, les investissements et l’efficacité de la dépense publique. Avec, derrière les chiffres, une question essentielle : ce budget prépare-t-il suffisamment la Thaïlande de demain ?
Les députés thaïlandais s’apprêtent à passer quelques longues soirées au Parlement. Depuis lundi 7 septembre, la Chambre des représentants examine, article par article, le projet de budget pour l’exercice 2027.
Trois journées sont programmées, jusqu’au mercredi 9 septembre, pour achever les deuxième et troisième lectures. Le Sénat doit prendre le relais les 10 et 11 septembre. L’objectif est d’adopter le texte à temps pour le 1er octobre, date du début de l’année budgétaire thaïlandaise.
L’enveloppe atteint 3 788 milliards de bahts, soit environ 99 milliards d’euros. Un montant considérable, mais le véritable débat porte moins sur sa taille que sur son utilisation.
Investir plutôt que dépenser
C’est précisément la question que pose Jakrapob Penkair. Interrogé par Gavroche avant d’entamer son premier examen budgétaire comme député, il résume son approche autour de quatre principes : privilégier l’investissement plutôt que la dépense, fixer des indicateurs précis pour mesurer les résultats obtenus, renforcer la compétitivité de la Thaïlande et, autant que possible, raisonner à dix ans.
Autrement dit : ne plus seulement demander combien l’État dépense, mais ce que chaque baht dépensé apporte réellement au pays.
Cette interrogation dépasse les clivages politiques. La Thaïlande doit simultanément financer ses infrastructures, accompagner le vieillissement de sa population et améliorer sa productivité, alors que ses marges budgétaires se resserrent et que l’endettement des ménages demeure élevé.
L’opposition réclame des coupes
C’est sur cette capacité du budget à préparer l’avenir que l’opposition concentre une partie de ses attaques.
Sirikanya Tansakun, vice-présidente du People’s Party, réclame jusqu’à 100 milliards de bahts de réductions. Elle propose notamment de revoir le mécanisme imposant de constituer d’importantes réserves pour les pensions des fonctionnaires, dont elle juge les règles inadaptées aux contraintes budgétaires actuelles.
L’ancien Premier ministre Abhisit Vejjajiva, aujourd’hui à la tête du Parti démocrate, souhaite pour sa part 150 milliards de bahts de coupes supplémentaires. Il conteste notamment la classification de certaines dépenses comme investissements et s’inquiète de la réduction progressive des marges de manœuvre budgétaires du pays.
Au sein du même parti, Korn Chatikavanij défend une réduction globale de 10 %, afin de revoir les priorités et de dégager davantage de moyens pour des enjeux structurels comme l’éducation, le vieillissement de la population, l’endettement des ménages, la productivité et les transformations technologiques.
Derrière des propositions différentes apparaît donc une critique commune : la Thaïlande dépense beaucoup, mais investit-elle suffisamment dans ses priorités de long terme ?
Onze milliards coupés… puis réaffectés
La préparation du budget a également déclenché une bataille révélatrice autour de 11,16 milliards de bahts retirés des enveloppes de plusieurs ministères et organismes publics par la commission parlementaire.
Cette somme n’a finalement pas réduit le budget général : elle a été redistribuée.
Environ 6,04 milliards de bahts ont été transférés vers le budget central et 4,5 milliards vers différents fonds. Les ministères des Ressources naturelles et de l’Environnement et de la Défense figurent parmi ceux ayant subi les réductions les plus importantes.
Le gouvernement justifie notamment une partie de l’augmentation du budget central par une vieille affaire qui continue, plus de vingt ans après, de peser sur les comptes publics : Klong Dan.
Ce gigantesque projet de traitement des eaux usées, abandonné en 2003, continue de faire l’objet d’un contentieux financier. Le gouvernement veut conserver plusieurs milliards de bahts disponibles au cas où l’État devrait procéder au règlement envisagé à l’issue des négociations en cours.
Les douze milliards qui cristallisent le débat
Une autre enveloppe concentre les critiques : 12 milliards de bahts inscrits au budget central, que le gouvernement présente notamment comme un instrument destiné à accompagner la transition énergétique.
Pour plusieurs députés de l’opposition, cette somme risque de faire doublon avec le récent dispositif autorisant jusqu’à 400 milliards de bahts d’emprunts, dont une partie doit également financer des mesures liées à l’énergie et à la transition verte.
Le gouvernement rejette cette interprétation. Paradorn Prissananantakul, ministre auprès du Bureau du Premier ministre, assure que les deux enveloppes répondent à des mécanismes différents et défend le maintien des 12 milliards de bahts.
Ses adversaires réclament surtout davantage de précisions : quels projets seront financés ? Quels organismes recevront l’argent ? Et quels résultats seront attendus ?
La controverse illustre parfaitement la bataille qui se joue cette semaine au Parlement : comment distinguer une dépense nécessaire d’un véritable investissement pour l’avenir ?
Préparer la Thaïlande de 2037
C’est finalement cette question, davantage que les échanges parfois vifs entre majorité et opposition, qui donne son importance au débat.
La Thaïlande doit composer avec une croissance modérée, une société vieillissante et des besoins d’investissement considérables, tout en surveillant une dette publique qui se rapproche du plafond légal de 70 % du PIB. Dans le même temps, le pays doit améliorer sa productivité et préserver sa compétitivité dans une Asie du Sud-Est de plus en plus concurrentielle.
Le budget 2027 ne réglera évidemment pas à lui seul ces problèmes. Mais les choix effectués aujourd’hui détermineront en partie la capacité du royaume à les affronter demain.
Les députés ont jusqu’à mercredi pour arrêter leur copie. Le Sénat doit prendre le relais jeudi. Et derrière les 3 788 milliards de bahts soumis au vote, c’est déjà un peu de la Thaïlande des dix prochaines années qui se dessine.
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