
Au lendemain de l’ordre d’expulsion visant un ressortissant français installé à Koh Samui, le ministère thaïlandais de l’Intérieur a publié, mardi 8 septembre, un communiqué détaillant les comportements qui lui sont reprochés. Six faits sont avancés par l’administration pour justifier cette décision, prise dans le cadre du nouveau dispositif thaïlandais sur l’expulsion des étrangers.
L’affaire prend une nouvelle dimension. Après la signature, le 7 septembre, de l’ordre d’expulsion visant le Français Kevin Dimino, le ministère thaïlandais de l’Intérieur a choisi de rendre publiques les raisons qui ont conduit l’administration à demander son départ du Royaume.
Dans un communiqué du Department of Provincial Administration (DOPA), daté du 8 septembre, le ministère revient en détail sur six épisodes attribués au ressortissant français. Il estime que leur accumulation caractérise un comportement susceptible de porter atteinte à l’ordre public et de provoquer des tensions entre communautés.
Six faits avancés par le ministère
Le communiqué affirme tout d’abord que le Français serait entré dans une propriété privée où il aurait menacé le propriétaire et un professeur de langue.
Le ministère évoque ensuite une altercation avec un ressortissant turc. Celui-ci aurait été agressé et blessé à la jambe, tandis qu’un couteau de poche aurait également été utilisé pour le menacer.
Un troisième épisode concerne, selon l’administration, un comportement agressif accompagné d’insultes devant un établissement privé.
Le DOPA mentionne également une altercation avec un touriste étranger. Le Français lui aurait arraché une pancarte et aurait tenu des propos jugés inappropriés envers sa famille.
Le cinquième grief porte sur les réseaux sociaux. Le ministère reproche au Français d’avoir invité des personnes hostiles à un pays ou à ses ressortissants à se rendre dans son parc animalier privé, tout en publiant des opinions et des symboles à caractère politique ou religieux. Pour les autorités thaïlandaises, ces publications étaient susceptibles d’importer dans le Royaume des divisions liées à la nationalité, à la religion et à la politique.
Enfin, le communiqué rapporte un incident survenu lors d’un vol intérieur. Un membre du personnel de bord aurait alerté la police après que le Français aurait intimidé ou menacé d’autres passagers. Les policiers l’auraient alors fait descendre de l’appareil.
Ces différents éléments sont les accusations présentées par le ministère de l’Intérieur. Ils ne doivent pas être confondus avec des faits ayant tous fait l’objet de condamnations judiciaires.
Bangkok invoque l’ordre public
Pour justifier l’expulsion, le ministère considère que l’ensemble de ces comportements est susceptible de porter atteinte à « l’ordre public, aux bonnes mœurs et au bien-être de la population ».
L’administration va plus loin en estimant que certains agissements pourraient favoriser des divisions fondées sur la nationalité ou la religion et, potentiellement, nuire aux relations entre la Thaïlande et des pays étrangers.
L’ordre d’expulsion avait été signé la veille par le ministre de l’Intérieur Anutin Charnvirakul. Comme Gavroche l’expliquait dans un premier article, la décision s’appuie notamment sur le nouveau règlement de 2026 encadrant l’expulsion des étrangers, associé à la loi thaïlandaise sur l’expulsion de 1956.
Le ressortissant français dispose toutefois d’un délai légal pour contester la mesure. Un ordre d’expulsion a donc été prononcé, ce qui ne signifie pas nécessairement qu’il a déjà quitté le territoire thaïlandais.
« Un même standard » pour tous les étrangers
Le dernier paragraphe du communiqué donne à l’affaire une portée plus générale.
Le ministère de l’Intérieur affirme appliquer « un même standard » aux étrangers présents en Thaïlande. Selon lui, une décision d’expulsion doit être fondée avant tout sur le comportement de la personne concernée et non sur sa nationalité.
Les autorités assurent ainsi vouloir appliquer la législation de manière égale à tous les ressortissants étrangers.
Au-delà du cas de Koh Samui, cette prise de position éclaire la manière dont Bangkok entend désormais utiliser son dispositif d’expulsion. Le gouvernement thaïlandais veut manifestement faire de cette affaire un exemple de sa nouvelle doctrine : le comportement des étrangers sur le territoire peut désormais être apprécié non seulement sous l’angle pénal, mais également au regard de l’ordre public et des tensions qu’il est susceptible de provoquer.
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