Accueil À la une THAÏLANDE – FRANCE : Être ilotier dans la communauté française, cela veut dire quoi ?

THAÏLANDE – FRANCE : Être ilotier dans la communauté française, cela veut dire quoi ?

Date de publication : 12/10/2026

Ambassade de France à Bangkok

 

Après le séisme de mars 2025 et les inondations de septembre 2026, Jean-Michel Perroy, conseiller des Français de l’étranger et président de l’AFI, souhaite remettre le réseau des îlotiers au premier plan. Ces bénévoles assurent un lien entre les ressortissants français et les autorités consulaires en cas de crise. Mais entre difficultés de communication, manque de bénévoles dans certaines régions et besoin de contacts humains, l’élu s’interroge sur le fonctionnement du dispositif. Gavroche avait déjà consacré un reportage à ces relais de proximité en 2018.

 

« Un réseau, ça s’entretient. » Pour Jean-Michel Perroy, conseiller des Français de l’étranger pour la Thaïlande et la Birmanie, cette évidence mérite aujourd’hui d’être rappelée. Les récentes crises traversées par le royaume ont remis en lumière le rôle des îlotiers, ces Français bénévoles qui assurent la liaison entre leurs compatriotes et les services consulaires lorsque survient une situation d’urgence.

 

Le séisme du 28 mars 2025, qui a durement frappé la Birmanie et secoué Bangkok et Chiang Mai, puis les importantes inondations de septembre 2026, ont rappelé l’importance de la préparation aux catastrophes naturelles. Mais c’est aussi le conflit frontalier entre la Thaïlande et le Cambodge qui a nourri les interrogations de l’élu.

 

Lors des affrontements, plusieurs Français présents dans les provinces concernées lui ont fait part de leur besoin de disposer d’un interlocuteur. Au-delà des recommandations officielles, ils souhaitaient pouvoir échanger, poser des questions et ne pas se sentir isolés.

 

« Avoir un interlocuteur, ne pas être seul », résume Jean-Michel Perroy. Selon lui, les réponses administratives dont ces ressortissants lui ont fait part consistaient essentiellement à les inviter à suivre les consignes des autorités thaïlandaises.

 

Pour l’élu, ces témoignages illustrent l’intérêt d’un réseau de proximité, capable d’apporter un contact humain lorsque l’inquiétude gagne les communautés expatriées.

 

La sécurité ne tient que par l’information

 

La sécurité des Français établis à l’étranger relève de la responsabilité de l’ambassadeur, qui peut confier la coordination opérationnelle à l’officier de sécurité de l’ambassade ou au consul.

 

Les représentations diplomatiques françaises disposent d’un cadre commun de préparation aux crises, adapté aux risques propres à chaque pays. En Thaïlande, les inondations et les tremblements de terre figurent notamment parmi les situations auxquelles les autorités doivent se préparer.

 

Le réseau des îlotiers constitue l’un des relais de cette organisation. Chaque îlot correspond à un secteur géographique, placé sous la responsabilité d’un chef d’îlot, parfois épaulé par des adjoints.

 

Leur mission fonctionne dans les deux sens : transmettre aux Français les consignes de l’ambassade, mais aussi faire remonter les informations recueillies sur le terrain. Personnes en difficulté, routes coupées, infrastructures endommagées ou besoins particuliers : autant de renseignements qui peuvent aider les autorités consulaires à apprécier une situation et à organiser leur réponse.

 

La sécurité ne tient que par l’information. Encore faut-il que les coordonnées des ressortissants restent à jour, que les relais locaux connaissent leur secteur et que les échanges avec l’ambassade soient réguliers.

 

Un maillage territorial qui interroge

 

Jean-Michel Perroy estime que le dispositif mérite aujourd’hui une attention particulière, notamment dans les régions éloignées de Bangkok.

 

Selon les informations dont il dispose, l’Isan, vaste région du nord-est de la Thaïlande, ne compterait qu’un seul îlotier, alors que six ou sept seraient nécessaires à ses yeux pour assurer une couverture satisfaisante du territoire. Ces effectifs restent à confirmer.

 

Le ministère français de l’Europe et des Affaires étrangères recommande, dans une réponse publiée au Sénat le 18 juin 2026, de constituer des îlots regroupant au maximum 300 personnes ou 100 familles. Il précise toutefois que cette référence peut varier selon les réalités locales. Elle concerne la taille des secteurs, et non un quota fixe d’îlotiers.

 

L’étendue géographique, la dispersion des ressortissants et les difficultés de déplacement peuvent donc peser autant que le nombre de Français concernés.

 

Jean-Michel Perroy évoque également des démissions de bénévoles, qui traduiraient, selon lui, un manque d’échanges et parfois le sentiment de ne plus trouver suffisamment de sens à leur engagement.

 

« Un réseau, ça s’entretient », insiste-t-il. À ses yeux, les contacts réguliers, la reconnaissance du travail accompli et l’animation du dispositif restent indispensables pour maintenir la motivation des bénévoles.

 

En 2018, Gavroche donnait la parole aux îlotiers

 

Ce réseau, Gavroche l’avait exploré dans son numéro d’octobre 2018, à travers un reportage de Laurence Brune intitulé « Les îlotiers, vigies françaises du Siam ».

 

À l’époque, environ 120 îlotiers participaient au dispositif en Thaïlande. Notre magazine avait rencontré trois bénévoles de Bangkok : Frédérique Lallement, cheffe de l’îlot de Bang Rak, Aniko Palanky, îlotière à Sathorn, et Coralie de Vaulchier, cheffe de l’îlot de Watthana.

 

Toutes trois décrivaient les aspects concrets de leur mission. En cas de catastrophe, elles devaient notamment signaler au consulat les personnes en détresse, les blessés ou les difficultés de circulation. Elles pouvaient également orienter les Français vers des lieux de regroupement désignés par l’ambassade.

 

Les bénévoles évoquaient alors des réunions de sécurité organisées une à deux fois par an à l’ambassade. Le reportage soulignait aussi les contraintes rencontrées par les îlotiers installés en province, qui devaient financer eux-mêmes leurs déplacements pour y participer.

 

Les inondations de 2011, les coups d’État militaires et le blocage de l’aéroport de Bangkok en 2008 figuraient parmi les crises auxquelles certains avaient été confrontés.

 

Interrogées sur l’importance du contact avec les Français de leur secteur, les trois îlotières répondaient simplement : « Il vaut mieux pour tout le monde que le contact soit établi. »

 

Huit ans plus tard, cette remarque fait écho aux préoccupations de Jean-Michel Perroy.

 

Des outils numériques qui ne remplacent pas le contact humain

 

L’élu s’interroge également sur la capacité des moyens de communication actuels à toucher l’ensemble de la communauté française.

 

Après le séisme de mars 2025, les informations diffusées sur les réseaux sociaux lui ont paru insuffisantes. Il estime que les communications de l’ambassade ne toucheraient qu’environ 30 % des Français présents dans le royaume. Une évaluation personnelle dont le périmètre et la méthode de calcul restent à préciser.

 

Cette question rejoint celle de l’inscription au Registre des Français établis hors de France, qui permet aux services consulaires de disposer des coordonnées des résidents inscrits et de les rattacher à un îlot de sécurité.

 

Jean-Michel Perroy souhaite également améliorer l’accès aux informations concernant les îlotiers. Selon lui, la consultation des coordonnées de son interlocuteur par l’intermédiaire de l’espace personnel de Service-Public.fr, notamment avec son identifiant consulaire NUMIC, manque de simplicité.

 

Cette difficulté d’accès pourrait décourager certains Français de rechercher leur îlotier avant qu’une urgence ne survienne.

 

Le dispositif destiné aux résidents ne doit pas être confondu avec le Fil d’Ariane, service du ministère des Affaires étrangères qui permet aux voyageurs français effectuant un séjour temporaire à l’étranger, notamment aux touristes, de recevoir des alertes et des recommandations de sécurité.

 

« Un réseau, ça s’entretient »

 

Jean-Michel Perroy entend porter ces questions devant les instances consulaires et poursuivre les échanges avec les services concernés.

 

Dans sa lettre d’information d’octobre, il écrivait déjà : « Tous ces sujets devront être débattus au sein du conseil consulaire et avec les services consulaires au cours des prochains mois. »

 

Au-delà du nombre de bénévoles, l’enjeu concerne la qualité des contacts, la connaissance du terrain et la capacité à répondre aux inquiétudes des ressortissants lorsqu’une crise survient.

 

Les outils numériques permettent aujourd’hui de diffuser rapidement des alertes. Mais les témoignages recueillis lors du conflit frontalier rappellent qu’une information générale ne répond pas toujours au besoin d’échanger avec une personne identifiable.

 

Huit ans après notre reportage, une question demeure : les Français établis en Thaïlande connaissent-ils leur îlotier ?

 

Car en matière de sécurité, la vigilance commence par l’information. Et, comme le rappelle Jean-Michel Perroy, « un réseau, ça s’entretient ».

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