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THAÏLANDE – CULTURE : Dix ans après sa disparition, l’héritage artistique méconnu du roi Rama IX

Date de publication : 15/10/2026

Rama X jazz

 

Dix ans après la disparition du roi Bhumibol Adulyadej, le 13 octobre 2016, la Thaïlande continue de célébrer la mémoire d’un souverain qui a profondément marqué son histoire. Mais derrière le monarque au règne exceptionnel de plus de soixante-dix ans se cachait aussi un artiste aux multiples talents. Musicien de jazz, compositeur, écrivain, peintre, photographe et constructeur de voiliers, Rama IX a laissé un patrimoine culturel dont certaines facettes restent méconnues, notamment à l’étranger.

 

En 1986, la Commission nationale de la culture lui décerne le titre d’« Artiste suprême » (Akkhara Sinlapin), une distinction saluant l’étendue de ses talents et son engagement en faveur des arts thaïlandais.

 

Un roi passionné de jazz

 

La musique occupait une place particulière dans la vie du roi Bhumibol Adulyadej. Saxophoniste accompli, il jouait également de la clarinette, de la trompette et du piano. Sa passion pour le jazz, née dans sa jeunesse, l’accompagna tout au long de son règne.

 

Le souverain a composé 49 œuvres musicales, connues en Thaïlande sous le nom de Phleng Phra Ratcha Niphon, ou compositions royales. Parmi les plus célèbres figurent Candlelight Blues, Falling Rain, Love at Sundown et Near Dawn. Son répertoire mêle jazz, blues, swing, valses et marches. La reine Sirikit occupait également une place importante dans son inspiration musicale. Plusieurs compositions, dont Echo et Still on My Mind, témoignent de cette dimension plus intime de son œuvre.

 

Grand admirateur du jazz américain, le roi Bhumibol appréciait particulièrement des musiciens comme Louis Armstrong et Sidney Bechet. Il eut aussi l’occasion de jouer aux côtés de figures internationales, notamment Benny Goodman, Stan Getz et Lionel Hampton.

 

En juillet 1960, lors d’un séjour aux États-Unis, il participa à une séance de jazz à New York avec Benny Goodman, le batteur Gene Krupa et le tromboniste Urbie Green. Un épisode révélateur de la place singulière qu’occupait la musique dans la vie du souverain. Aujourd’hui encore, plusieurs de ses compositions sont interprétées par des orchestres thaïlandais et enseignées aux jeunes musiciens.

 

Des livres pour transmettre des valeurs

 

L’intérêt du roi Rama IX pour les arts ne se limitait pas à la musique. Il était également écrivain et traducteur. Parmi ses ouvrages les plus connus figure Phra Mahachanok (The Story of Mahajanaka), inspiré des récits bouddhiques des Jataka, qui relatent les vies antérieures du Bouddha. À travers l’histoire d’un prince confronté à de nombreuses épreuves, le souverain met en valeur la persévérance, la sagesse et le sens de l’effort.

 

Un autre ouvrage, The Story of Tongdaeng, raconte l’histoire de sa chienne adoptée. Derrière ce récit accessible à tous les publics, le roi aborde des thèmes comme la loyauté, la gratitude, le respect et la compassion envers les animaux.

 

Le souverain s’intéressait également à l’histoire politique internationale. Il traduisit en thaï plusieurs ouvrages étrangers, notamment A Man Called Intrepid, de William Stevenson, consacré aux activités de renseignement pendant la Seconde Guerre mondiale, ainsi que Tito, une biographie du dirigeant yougoslave écrite par Phyllis Auty. Ces travaux témoignent d’une curiosité intellectuelle qui dépassait largement les frontières du royaume.

 

Plus de cent peintures, du réalisme à l’abstraction

 

Moins connue du grand public, la peinture constitue une autre facette de la personnalité artistique du roi Bhumibol. Peintre autodidacte, il réalisa plus d’une centaine de tableaux à l’huile, principalement entre 1959 et 1967. Son œuvre explore plusieurs courants artistiques, du réalisme à l’abstraction, en passant par l’expressionnisme.

 

Portraits, compositions symboliques et recherches sur les formes et les couleurs révèlent un artiste attentif aux évolutions de l’art moderne. Certaines de ses peintures se distinguent par des couleurs intenses et des coups de pinceau énergiques. En 1982, 47 de ses tableaux furent présentés lors d’une exposition organisée à l’occasion du bicentenaire de Bangkok.

 

Cette production picturale témoigne d’une démarche personnelle dans laquelle le souverain trouvait un autre moyen d’exprimer sa sensibilité et sa créativité.

 

La photographie, entre art et développement du royaume

 

Les Thaïlandais ont longtemps été familiers d’une image : celle du roi Bhumibol parcourant les provinces du pays, un appareil photographique autour du cou. La photographie occupait une place importante dans son quotidien. Elle lui permettait de conserver des souvenirs familiaux, de saisir des scènes de la vie rurale, mais aussi de documenter les réalités du territoire thaïlandais.

 

Lors de ses déplacements dans les régions les plus reculées, le souverain photographiait notamment les paysages, les cours d’eau, les zones agricoles et les infrastructures. Ces images pouvaient ensuite servir à mieux comprendre les difficultés rencontrées par les populations locales et à préparer certains projets royaux de développement, notamment dans les domaines de l’irrigation et de la gestion de l’eau.

 

Chez Rama IX, la photographie associait ainsi la sensibilité artistique à une observation attentive des besoins du pays.

 

Un constructeur de voiliers devenu champion

 

La créativité du roi Bhumibol s’exprimait également dans un domaine plus inattendu : la conception et la construction de voiliers. Passionné de navigation, il s’intéressait autant à la pratique sportive qu’aux aspects techniques de la construction navale. Il réalisa lui-même plusieurs embarcations légères, notamment dans les classes Enterprise, OK et Moth. Parmi ses réalisations figure le voilier Vega 1, appartenant à la classe OK.

 

Cette passion ne resta pas seulement artisanale. Le souverain était également un navigateur de haut niveau. En décembre 1967, lors des Jeux de l’Asie du Sud-Est organisés à Bangkok, il remporta une médaille d’or en voile, dans la classe OK, à égalité avec sa fille, la princesse Ubol Ratana. Cette victoire demeure l’un des épisodes les plus marquants de son parcours sportif et illustre son goût pour la précision, la technique et la persévérance.

 

Un héritage artistique toujours vivant

 

Musique, littérature, peinture, photographie ou construction navale : ces activités révèlent une personnalité dont la créativité ne se limitait à aucune discipline. Le roi Bhumibol a également soutenu la préservation des arts traditionnels thaïlandais, contribuant à leur transmission et à leur rayonnement.

 

Son titre d’« Artiste suprême », reçu en 1986, résume cette double dimension : celle d’un créateur passionné et celle d’un souverain attaché au patrimoine culturel de son pays. Dix ans après sa disparition, cet héritage reste présent dans la société thaïlandaise. Ses compositions musicales continuent d’être interprétées, ses livres demeurent connus de plusieurs générations et ses photographies rappellent les nombreux déplacements qu’il effectua à travers le royaume.

 

Au-delà de l’image du monarque et de ses réalisations dans le domaine du développement, Rama IX laisse ainsi le souvenir d’un homme profondément attaché aux arts, pour qui la création constituait à la fois une passion personnelle et une manière de mieux comprendre le monde qui l’entourait.

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