
La Chine ne représenterait officiellement que 8 % des investissements directs étrangers (IDE) en Asie du Sud-Est. Un chiffre largement sous-estimé, selon plusieurs études récentes, qui pointent un recours massif à Hong Kong, Singapour et aux centres financiers offshore pour acheminer les capitaux chinois vers la région.
L’idée est largement répandue : la Chine investit massivement en Asie du Sud-Est. Pourtant, les statistiques officielles de l’ASEAN attribuent à Pékin seulement 8 % des investissements directs étrangers dans la région.
Pour Calvin Wee, spécialiste des flux financiers entre la Chine et l’ASEAN, cette lecture est trompeuse. Une grande partie des investissements chinois transite en réalité par Hong Kong, Singapour, les îles Vierges britanniques ou encore les îles Caïmans avant d’être réinjectée dans les économies d’Asie du Sud-Est.
Selon les données du ministère chinois du Commerce, près de 80 % des investissements chinois à l’étranger transitent par ces juridictions intermédiaires. « Le capital n’a pas disparu. Il a simplement changé de costume », résume l’économiste.
La Thaïlande au cœur de la stratégie chinoise
Une fois ces flux réintégrés, plusieurs études estiment que la part réelle de la Chine dans les investissements étrangers en Asie du Sud-Est pourrait dépasser 25 %. La Thaïlande figure parmi les principaux bénéficiaires de cette dynamique.
Selon HSBC Global Research, les entreprises chinoises représentaient près de 40 % des demandes d’investissement approuvées en Thaïlande depuis le début de l’année 2025, principalement dans les secteurs des métaux, de l’électronique et des infrastructures numériques.
Cette montée en puissance est particulièrement visible dans l’industrie automobile. Le programme thaïlandais EV 3.5, destiné à accélérer la transition vers le véhicule électrique, prévoit d’importantes incitations fiscales pour les constructeurs qui produisent localement. Le dispositif a largement favorisé l’arrivée de groupes chinois comme BYD, GWM ou SAIC, désormais omniprésents sur le marché thaïlandais.
Véhicules électriques, batteries et minerais stratégiques
L’ASEAN est devenue l’un des principaux terrains d’expansion de l’industrie chinoise des véhicules électriques. Selon Rhodium Group, les entreprises chinoises ont investi plus de 140 milliards de dollars dans les véhicules électriques et les batteries à l’étranger entre 2014 et 2025.
La Thaïlande, l’Indonésie, la Malaisie et le Vietnam accueillent aujourd’hui des usines de constructeurs automobiles, de fabricants de batteries et de fournisseurs de composants chinois.
En Indonésie, la Chine joue également un rôle majeur dans la transformation du nickel, minerai indispensable à la fabrication des batteries. Les groupes chinois contrôlent désormais une large part des capacités de raffinage du pays, premier producteur mondial de nickel.
Une nouvelle bataille : les centres de données
Au-delà de l’industrie automobile, une deuxième vague d’investissements est en cours : celle des infrastructures numériques. Les groupes chinois multiplient les projets de centres de données en Malaisie, en Thaïlande et en Indonésie afin de répondre à l’explosion des besoins liés à l’intelligence artificielle et au cloud computing.
En Thaïlande, le Board of Investment (BOI) a approuvé à lui seul l’équivalent de 2,7 milliards de dollars de projets de centres de données au cours du premier trimestre 2025.
Cette expansion s’accompagne d’investissements dans les réseaux électriques, les infrastructures énergétiques et les technologies de gestion intelligente de l’énergie.
Singapour, plaque tournante des capitaux chinois
L’une des conclusions les plus marquantes de l’analyse de Calvin Wee concerne le rôle de Singapour. La cité-État est devenue l’une des principales portes d’entrée des capitaux chinois vers l’Asie du Sud-Est. Lorsqu’un fonds ou un family office basé à Singapour investit dans une usine en Indonésie ou en Thaïlande, l’investissement apparaît statistiquement comme singapourien, même lorsque les capitaux proviennent initialement de Chine.
Cette réalité contribue à masquer l’ampleur de l’influence économique chinoise dans la région.
Pour les investisseurs comme pour les décideurs économiques, l’enjeu est désormais de mesurer correctement cette présence. Car derrière les chiffres officiels, la Chine s’impose progressivement comme l’un des principaux moteurs de l’industrialisation de l’Asie du Sud-Est, notamment dans les secteurs stratégiques de l’automobile électrique, des batteries, des minerais critiques et des infrastructures numériques.
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