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ASIE – FRANCE : La Nouvelle Calédonie, un boulet ou un atout français en Asie-Pacifique ?

Date de publication : 20/05/2024
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Christian Lechervy

 

Un entretien mené par François Guilbert

 

Notre chroniqueur et analyste a choisi d’interroger Christian Lechervy, conseiller auprès du Programme Océanie, Centre Asie de l’Institut français de relations internationales (IFRI).

 

Sur la région Pacifique, il a notamment publié en mai 2020 à la Fondation Jean Jaurès “COVID-19 : Regards croisés sur l’action de l’ASEAN et du Forum des îles du Pacifique” et en 2023 dans la Revue internationale et stratégique “L’Indo-Pacifique face à la polygamie institutionnelle de ses États”.

 

– Pensez vous, comme l’a titré un article du quotidien japonais Nikkei du 17 mai, que les troubles actuels en Nouvelle-Calédonie mettent à mal la vision asiatique du président Emmanuel Macron ?

 

En faisant sien le concept Indo-Pacifique et en détaillant cette approche depuis l’Inde, l’Australie et la Nouvelle-Calédonie, le président de la République française a pris acte du fait que le sort des États et territoires insulaires du Pacifique est, intimement et durablement, lié au continent asiatique, sur le plan économique ainsi que sécuritaire. La guerre d’Ukraine nous le démontre : sécurités européenne et asiatique sont plus que jamais imbriquées. Les tensions en mers de Chine nous confirment par ailleurs les liens intrinsèques entre l’Asie et le Pacifique. Le président Macron voit clair. Il n’a pas caché que la montée en puissance de la Chine changeait la donne et nourrissait une rivalité systémique, en particulier avec les États-unis. La France est une puissance du et dans le Pacifique. Il lui appartient donc d’être un facteur d’équilibre international, de défendre les règles de droit et les régulations multilatérales.

 

Le chef de l’État a aussi fait le constat de la nécessité pour les territoires français du Pacifique et de l’océan Indien d’être mieux intégrés à leurs environnements. Face aux effets du changement climatique, de la pandémie de la COVID-19 sur les économies et les sociétés insulaires, faire face et répondre en synergies aux défis communs s’impose.

 

– En quoi la situation politique en Nouvelle-Calédonie est-elle un sujet de préoccupations pour les gouvernements asiatiques ?

 

Depuis quelques années déjà, États d’Asie du Nord-Est et du Sud-Est intensifient leurs relations avec les nations du Pacifique insulaire. Les consultations politiques de haut niveau s’institutionnalisent et se reproduisent à bons rythmes. Une meilleure connaissance mutuelle se forge. Des discussions sur les situations politiques régionales et de crise s’approfondissent.

 

Le Japon, la République de Corée, Singapour ont, par exemples, chacun établi des dialogues réguliers avec les États et territoires du Forum des îles du Pacifique (FIP) et se sont agrégés aux organisations sous-régionales. Dans des formats plus restreints, on ne doit pas oublier la Chine, l’Inde, l’Indonésie, Taïwan ou encore la Thaïlande. La coopération se construit également de région à région. C’est ainsi que les secrétariats de l’ASEAN et du FIP ont paraphé un accord d’échanges en novembre 2023.

 

La Nouvelle-Calédonie et la Polynésie française sont des membres de plein exercice du FIP. À ce titre, le président du gouvernement de la Nouvelle-Calédonie et le président de la Polynésie française sont invités à se joindre aux dialogues entretenus officiellement avec les partenaires du Forum. C’est vrai avec les dirigeants asiatiques mais également étatsuniens. Que les chefs des exécutifs calédoniens et/ou polynésiens soient indépendantistes ou non ne changent rien à l’affaire. Ces participations relèvent de leurs attributions dévolues par les lois organiques qui régissent les territoires et la Constitution de la Vème République.

 

– Les pays du Pacifique ont-ils une approche de la situation de la Nouvelle-Calédonie différente des États asiatiques ?

 

La Nouvelle-Calédonie, tout comme la Polynésie française et le Territoire des îles Wallis-et-Futuna, appartient à la famille du Pacifique. Au sein de cette famille océanienne, la question calédonienne est suivie historiquement avec beaucoup d’attention. Les ministres des Affaires étrangères en débattent régulièrement au sein du Forum des îles du Pacifique et ont une mission d’attention particulière en la matière qui leur a été donnée par les chefs d’État et de gouvernement. En outre, des observateurs sont venus suivre sur place, à l’invitation de la France, chacune des étapes référendaires et n’ont pas manqué de les commenter.

 

Par ailleurs, le processus de décolonisation est au cœur même du projet politique du Groupe du fer de lance mélanésien (GFLM), l’organisation régionale où siège statutairement le Front de libération nationale Kanak et socialiste (FLNKS), le parti indépendantiste.

 

Dans ce contexte institutionnel régional, sans surprise, les présidences en cours du FIP (Iles Cook) et du GFLM (Vanuatu) se sont exprimées sur les violences présentes. Mark Brown, le Premier ministre des îles Cook, a déclaré qu’une plus grande autonomie de la population autochtone kanak est nécessaire. Mais il a également fait savoir que le FIP est prêt à faciliter et à fournir un espace neutre pour que toutes les parties se réunissent dans l’esprit de la Voie du Pacifique (Pacific Way), afin de trouver une voie à suivre qui préserve les intérêts du peuple de Nouvelle-Calédonie.

 

Un discours d’appel au calme et au dialogue que l’on retrouve dans les propos du président de la Polynésie française, Moetai Brotherson, issu du parti indépendantiste Tavini Huira’atira, en assurant que “le peuple polynésien est prêt à participer à l’effort dans un objectif de réconciliation et d’apaisement”. L’idée d’une médiation de sortie de crise a aussi été évoquée par le ministre ni-Vanuatu des Affaires étrangères, Matai Seremaia Nawalu, ainsi que le retrait de la réforme constitutionnelle française ajustant le corps électoral des votations provinciales de Nouvelle-Calédonie. Il ne fait guère de doute que la situation politique calédonienne et ses éventuelles évolutions statutaires continueront de nourrir les échanges politiques et diplomatiques de la région, notamment lors du sommet annuel des chefs d’État et de gouvernement du Forum des îles du Pacifique qui se tiendra fin août au Royaume des Tonga.

 

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6 Commentaires

  1. La question néo-calédonienne ne peut être isolée des territoires français du pacifique sud, de leur environnement et proximité géographiques et des enjeux stratégiques à l’œuvre au niveau mondial que l’agression russe de l’Ukraine a fait apparaître. Le pacifique sud constitue un espace maritime considérable enjeux de puissances rivales, deux principales, la Chine et les Etats-Unis et des puissances secondaires, la France, l’Australie et la Nouvelle-Zélande. Ces pays, avec l’Inde, se sont lancés dans une stratégie “indo-pacifique” se substituant à la stratégie “Asie-Pacifique”. La Chine a pour objectif premier la reconquête de Taïwan, considérée comme chinoise et au delà, d’étendre son influence, si ce n’est son hégémonie, sur une partie du Pacifique aussi loin que ses moyens notamment maritimes, en constante augmentation, le permettront. Ses ambitions territoriales en mer de Chine du Sud obéissent aux mêmes objectifs, mais l’annexion, sous une forme ou une autre peut seule ouvrir la voie à une domination maritime de vastes espaces maritimes. De ce point de vue et de manière anticipée, Pékin s’est donné les moyens de garantir des liens étroits avec certains pays, soit par des accords commerciaux ou l’établissement de bases militaires : ainsi aux Iles Salomon,au Vanuatu, aux iles Tonga, aux iles Kiribati, à Nauru, Aux iles Marshall (situées, pour les Tonga à 4950 miles nautiques de la côte chinoise). Les territoires français ultra-marins de cette région, naguère contestés par l’Australie et la Nouvelle-Zélande, le sont maintenant par la Chine, qui par ses appuis aux mouvements indépendantistes (qu’elle n’a pas créé) cherche à déstabiliser la région. La place territoriale de la France est un enjeu important pour Pékin qui voit dans la position française, au delà de la vocation d’équilibre qu’elle affiche, un dispositif important (USA, Inde, Australie, Japon, réunis dans le QUAD et au delà, la France, la Nouvelle Zélande, la Corée du Sud) d’une stratégie d’endiguement hostile. Mayotte, plus au sud et encore plus au sud des iles Éparses font partie, du point de vue Pékin, d’un même espace que la stratégie chinoise a pour ambition de circonvenir. La France se situe par conséquent à l’intérieur du dossier taïwanais du point de vue de Pékin. Ce dossier,est lui-même dépendant du dossier russo-ukrainien. Depuis février 2022, la Chine s’est rapprochée de la Russie et, tout en émettant les réserves d’usage (éviter les sanctions commerciales), estime qu’elle partage, à l’égard de Taïwan, la même situation que Moscou à l’égard de l’Ukraine. D’où sa position modérée si ce n’est de soutien surtout s’il est de nature à limiter les ardeurs interventionnistes américaines d’un côté comme de l’autre et surtout du côté pacifique. Le dossier russo-ukrainien est une aubaine pour Pékin qui escompte bien, en soutenant Moscou, que Washington, verra ses ardeurs diminuées ou bridées et hésitante (c’est l’impression donnée en Ukraine) et s’ouvrir une éventuelle fenêtre d’ouverture favorable à une aventure taïwanaise.

    • Cher lecteur, peut on dissocier la question calédonienne des autres questions sur l’outre mer français ? Oui, il faut sans doute le faire car chaque territoire est spécifique. L’affrontement des populations en Nouvelle Calédonie est une réalité différente, par exemple, de ce qui se passe en Polynésie. Mais sur le fond, d’autres difficultés socio-économiques existent ailleurs, vous avez raison.

  2. La vraie question est de savoir s’il existe une nation mélanésienne pour tout dire papou, et pour tout dire, si elle n’existe pas, s’il convient d’en créer une ; jusqu’à la Nouvelle Guinée, et si l’occident, a un rôle a jouer dans un tel processus ; à long terme, pourquoi pas ? En attendant, force est de reconnaitre que les Canaques n’admettent que difficilement la France.

  3. Le retrait du projet constitutionnel relatif à la Nouvelle Calédonie est fortement conseillé aux autorités françaises. C’est un conseil de sagesse ! Une démarche de nature à faire baisser la tension sur place et en métropole ? Un recul qui traduit néanmoins et clairement l’aventurisme et l’amateurisme de l’exécutif et d’abord du Président de la République. Rétablir l’ordre est indispensable pour les personnes et les biens. Mais ce ne peut être un préalable. Cogner d’abord puis discuter ensuite n’est pas une méthode qui permettrait d’aboutir à des résultats reposant sur la confiance réciproque. Le dossier néo-calédonien n’est pas nouveau et les étapes franchies à la suite des épisodes éruptifs passés auraient dû inspirer l’exécutif. Incompétence ? Arrogance ? Tous, les élus de l’outre-mer, tous les spécialistes de la Nouvelle Calédonie, tous ceux qui ont négocié les précédents accords savent que la seule méthode est le dialogue entre les parties prenantes et dans le respect des positions émises et des accords obtenus. L’arrogance et l’obstination comme méthode choisie a mis le feu dans l’ile mais au delà à tout l’outre-mer, Guadeloupe, Martinique comprises. Mayotte, département français en ébullition, doit expérimenter une exception au droit républicain de la nationalité. La Corse qui discute de son statut risque d’être percutée par la Nouvelle-Calédonie. Le Président de la République semble avoir une part considérable de responsabilité dans la fixation d’un ultimatum (fin juin 2024 pour la réunion du congrès) pour l’adoption d’un projet de loi constitutionnel relatif à l’organisation de l’ile et en particulier la délimitation du corps électoral des assemblées provinciales. Cet épisode est le résultat d’un nœud d’incompréhensions: d’abord il ne peut y avoir une majorité des 3/5 (des membres le composant) au congrès pour ratifier le texte adopté par les 2 chambres (mais avec réserves et circonvolutions langagières du Sénat) du parlement. Le Président doit retirer le texte puisque l’étape du congrès ne pouvant aboutir est inutile. La démarche consiste ensuite à “dessaisir” le Président de la République de ce dossier et de donner la main à une mission de conciliation sous l’autorité du 1er ministre composée du président du Sénat qui représente les collectivités et les territoires d’outre-mer, de personnalités qualifiées et indépendantes et, évidement, des élus et représentants des parties prenantes au conflit. Le dégel du corps électoral visant à ré-intégrer 35 000 français originaires de métropole nécessite un accord avec les partis Kanaks qui craignent que les populations qu’ils représentent ne deviennent marginalisées. Le spectre néo-colonial, agité, pourrait conduire, faute de résultats à une reproduction, à l’échelle de l’ile, d’un scénario de type algérien. Il n’a pas fallu une année pour que la question néo-calédonienne revienne à son point de départ de 1988. Trois référendum ont eu lieu depuis qui tous ont confirmé le maintien de la Nouvelle Calédonie, au sein de la France dans le cadre d’une “souveraineté-association” (que la cour européenne des droits de l’homme avait considéré comme parfaitement compatible avec le processus de décolonisation et que les accords de Nouvéa avaient qualifié d'”irréversible”). La dernière consultation de 2021, à laquelle les Kanaks ont refusé de participer faute de dialogue suffisant avec Paris et en l’absence d’accord, ont constitué le détonateur des évènements actuels. Ne pas avoir tenu compte de la situation et vouloir, pour le Président, passer en force et sans discussion suffisante, ne pouvait qu’être une issu violente. Le retrait du projet seule issue possible, est le préalable à l’étape suivante, celle de la reconstruction d’une ile partiellement détruite et économiquement à genoux. Le plus difficile est la reconstruction de la confiance. La République doit respecter ses engagements et sa parole ce que la parole macronienne semble rendre difficile. La suite est attentivement regardée par les iles voisines et toute la Polynésie (dont l’étendue, maritime comprise est équivalente à celle de l’UE) et tous les territoires d’outre-mer, Martinique, Guadeloupe, Guyane. Mais pas qu’eux, l’Azerbaïdjan, soutenu par la Turquie s’est invité au bal de la déstabilisation. Hostile à la France pour son soutien à l’Arménie et qui sert de marche-pied à Moscou, Poutine, surpris et ravi par cette aubaine, dispose d’un nouveau carburant pour mener sa guerre hybride contre la France. La Chine n’est pas en reste, elle qui poursuit ses offensives de charme dans le pacifique (Vanuatu, Iles Salomon, etc ..) rêvant d’ouvrir les routes maritimes du pacifique… au grand dam de l’Australie et de la Nouvelle-Zélande. Sur les influences étrangères dans le dossier Néo-Calédonien qui s’invitent à la table française, l’intervention de Frédéric Métézeau, journaliste à la Cellule Investigation de Radio France, dans le podcast des “enjeux internationaux” diffusé sur France Culture du 20/5/2024

  4. C’est quoi ce cinema de pseudo colonisation… et le fric qu’ils nous coutent à perte c’est de la colonisation ?
    Ce qui se passe n’a rien a voir avec la politique ce sont des jeunes crapuleux armés qui n’ont rien a foutre que de créer des problèmes.
    IL Y A EU ANTÉRIEUREMENT DES ACCORDS, ILS PRÉVOYAIENT 3 REFERENDUMS,L’INDÉPENDANCE EST REJETÉE CA S’ARRÊTE LA.

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