
Une chronique diplomatique de Ioan Voicu
À l’heure où la diplomatie multilatérale en général, et celle menée par les Nations Unies en particulier, connaissent un déclin regrettable, il est surprenant que les activités et réunions de l’ASEAN+3 (ASEAN Plus Trois) soient si peu relayées par la presse internationale. Ceci est d’autant plus étonnant que :
La population totale de l’ASEAN+3 (2026) est d’environ 2,29 milliards d’habitants (entre 2,29 et 2,30 milliards environ, selon les sources et la date exacte de l’estimation).
Cela signifie que l’ASEAN+3 représente environ 27 à 28 % de la population mondiale en 2026.
Sur la scène internationale, l’ASEAN+3 (APT) est un cadre de coopération diplomatique régionale qui réunit les 11 États membres de l’ASEAN et trois pays d’Asie du Nord-Est : la Chine, le Japon et la Corée du Sud.
Le processus ASEAN+3 a été lancé en 1997 en réponse à la crise financière asiatique. Il vise à renforcer la coopération dans des domaines tels que : la stabilité économique et financière, le commerce et l’investissement, la sécurité alimentaire et énergétique, la santé publique, la gestion des catastrophes, la transformation numérique, le développement durable.
L’actualité de tous ces domaines ne nécessite pas d’argumentation particulière en 2026.
C’est pourquoi la réunion des ministres des Affaires étrangères de l’ASEAN Plus Trois, qui s’est tenue à Manille, aux Philippines, en juillet 2026, en parallèle des réunions des ministres des Affaires étrangères de l’ASEAN, mérite une attention particulière.
Un modèle de coopération régionale dans un monde en quête de stabilité
Sur le fond, les ministres ont discuté de questions importantes telles que : la paix et la sécurité régionales, y compris la mer de Chine méridionale ; la situation au Myanmar et le soutien aux efforts diplomatiques menés par l’ASEAN ; la résilience économique et la sécurité des chaînes d’approvisionnement ; la coopération en matière d’économie numérique ; la sécurité alimentaire et énergétique dans un contexte d’incertitudes mondiales.
La réunion de juillet s’inscrit dans un processus significatif. La dernière réunion des ministres des Finances et des gouverneurs des banques centrales de l’ASEAN Plus Trois s’est tenue à Samarcande, en Ouzbékistan, en mai 2026, en marge de la réunion annuelle de la Banque asiatique de développement.
Lors de cette réunion, les participants ont réaffirmé leur engagement à maintenir la stabilité financière régionale et se sont engagés à surveiller la volatilité des marchés financiers et à intervenir le cas échéant.
Ils ont soutenu le libre-échange, la résilience des chaînes d’approvisionnement et un système commercial multilatéral fondé sur des règles.
En tant que forme originale de diplomatie régionale en Asie, l’ASEAN Plus Trois demeure l’un des mécanismes de coopération régionale les plus importants d’Asie de l’Est. Elle sert de plateforme utile à l’ASEAN et à ses trois partenaires d’Asie du Nord-Est pour coordonner leurs politiques en matière de croissance économique, de stabilité financière et de sécurité régionale. Compte tenu des difficultés considérables auxquelles sont confrontés tous ces domaines au niveau mondial, l’expérience asiatique, si elle est reconnue comme une source d’inspiration, pourrait bien s’avérer précieuse dans les années à venir.
De son côté, la CESAP, la plus importante commission régionale des Nations Unies sur notre planète, peut tirer profit des conclusions pratiques du processus ASEAN Plus Trois. Ce faisant, la diplomatie régionale asiatique pourra contribuer à la revitalisation de la diplomatie multilatérale mondiale, qui risque aujourd’hui de perdre une grande partie de son dynamisme passé.
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