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BANGKOK – NOSTALGIE : L’ex consulat de Sathorn Road, chronique d’une disparition

Journaliste : Redaction
La source : Gavroche
Date de publication : 08/12/2019
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Notre ami chroniqueur et poète Michel Hermann nous gratifie régulièrement de ces succulents portraits en vers de la vie quotidienne thaïlandaise, en général du coté de Sukhothaï où il réside. Mais Michel fut aussi bangkokois, attaché culturel à l’Ambassade de France avec son bureau à l’étage des services culturels, dans l’ex bâtiment français de Sathorn Road. Déjà oublié ? Ou au contraire toujours présent dans votre mémoire ? Vous aussi, racontez nous vos «souvenirs de Sathorn» !

 

Bangkok : Sathorn nostalgie

 

« Avec le temps, avec le temps va, tout s’en va » …
Qui se souvient de Sathorn et de son village
Gaulois ? De son histoire et de ses usages ?
Quelques anciens bien sûr, survivant ici-bas.

 

Et pourtant, c’est là que le cœur de la France
Battait à Bangkok, sur ce terrain d’ambassade,
Où élèves, parents, fonctionnaires et nomades
Se croisaient entre rires et studieuse ambiance.

 

Car, dans ce lieu de vie ouvert sur la cité,
Alliance française, Lycée, Consulat,
Services Culturels, restaurant, cinéma,
Coexistaient dans un espace limité.

 

À cette époque, Smartphones et internet
N’existaient pas. Il fallait se voir pour parler,
Échanger, apprendre, se connaître et s’aimer.
C’était il y a trente ans, sur une autre planète.

 

Dans les parties communes, couloirs et jardins,
Français, thaïs, étrangers et routards égarés
Se retrouvaient dans un constant chassé-croisé,
Sur fonds de bruits, d’odeurs et parfois de câlins

 

Jardin de la connaissance, bureau des pleurs,
Le site était ouvert à tous, officiels
Ou privés, prodiguant avis et conseils,
Séchant les larmes et consolant les cœurs.

 

Le restaurant-cafétéria, qui faisait
Office de cantine pour les collégiens
Et lycéens, attirait gourmets, riverains,
Venus ripailler dans cet oasis de paix.

 

C’était au siècle dernier, la francophonie
N’avait pas encore amorcé son lent déclin.
Les Services culturels fonctionnaient à plein
Avec ses colloques aux quatre coins du pays.

 

Les réunions du Conseil d’Etablissement,
Après d’âpres négociations, se terminaient
Dans la bonne humeur par un pot bien arrosé,
Où l’on oubliait invectives et arguments.

 

Le politiquement correct n’existait pas.
La cigarette était permise. On croisait
Les sirènes de Patpong apprenant le français
A l’Alliance, belles et discrètes à la fois.

 

C’était un lieu de rendez-vous incontournable
A Bangkok. Quelle que soit leur nationalité,
Jeunes et moins jeunes se côtoyaient, s’aimaient,
Formant parfois des couples étranges et improbables.

 

Le Consulat était fébrile et appliqué.
Dans la salle d’attente, parfois sur le trottoir,
Les thaïs attendaient, impassibles et pleins d’espoir,
Pour obtenir le sésame tant espéré.

 

Chaque jour apportait son lot d’évènements
Qui alimentaient rumeurs et potins divers.
Mais qu’importe, dans ce monde libre et ouvert.
Le sérieux et l’humour étaient notre ferment.

 

Des imprévus, parfois singuliers, arrivaient.
Ainsi, lorsque Bernard Lavilliers séjourna
A Bangkok, en quatre-vingt-dix, pour six mois,
C’est sur le site de Sathorn qu’il prit ses quartiers.

 

Concert à l’Alliance et voix d’or ailleurs,
Son séjour agité a marqué les esprits.
Il resta de janvier à fin août et sortit
L’album « Solo » ; souvenirs d’Asie et d’ailleurs…

 

La circulation à Bangkok était moins dense,
Et la pollution limitée. Les gratte-ciels
N’avaient pas encore obscurci le soleil
Et envahi Sathorn de leur svelte présence.

 

« Avec le temps, avec le temps va, tout s’en va ».
Las, l’économie prit le pas sur la culture.
Le Lycée partit ailleurs pour d’autres aventures,
Les Service culturels et le Consulat

 

Rejoignirent la Chancellerie dans son bastion.
L’Alliance française, s’installa plus loin
Dans du neuf. Le site, trop étroit, dernier témoin
D’un village gaulois, fut vendu pour de bon.

 

« Avec le temps, avec le temps va, tout s’en va » …
Que reste-t-il de cette période oubliée ?
Comme pour la chanson de Léo Ferré :
Des images, des « visages », et quelques « voix » …

 

Michel Hermann

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