
Gavroche a sélectionné pour vous quelques nouvelles saillantes de la semaine en Birmanie. Un survol indispensable pour tous ceux qui s’intéressent à ce pays d’Asie du Sud-Est.
Politique, Diplomatie
Le dimanche 11 janvier 2026, le régime a organisé la deuxième phase des élections générales, étape présentée comme clé de son agenda politique. Le scrutin a concerné environ une centaine de municipalités, après une première phase tenue le 28 décembre 2025. Min Aung Hlaing, affirme que ce processus électoral s’inscrit dans une transition vers un gouvernement civil. L’ONU et plusieurs observateurs internationaux contestent toutefois la crédibilité du scrutin, qu’ils qualifient de « simulacre de démocratie ». La Ligue nationale pour la démocratie (NLD) demeure dissoute, tandis que la majorité des figures de l’opposition sont emprisonnées ou en exil.
Du 5 au 11 janvier, les Forces de défense du peuple (PDF) et plusieurs groupes armés ethniques ont intensifié leurs offensives afin de perturber le processus électoral. Des combats de grande ampleur ont été signalés dans les régions de Bago et de Magway. Le 9 janvier, une offensive coordonnée dans l’ouest de la région de Bago, visant notamment des zones de vote, aurait coûté la vie à des dizaines de soldats de l’armée.
Le 8 janvier 2026, Tom Andrews, rapporteur spécial de l’ONU sur la Birmanie, a appelé la communauté internationale à rejeter les résultats d’élections « orchestrées par la junte ». Selon son rapport, les autorités militaires exercent des pressions sur déplacés internes, fonctionnaires et prisonniers pour les contraindre à voter, sous menace de suppression d’aide ou de documents officiels. Plus de 200 personnes ont été inculpées pour avoir critiqué le scrutin, encourant jusqu’à 49 ans de prison, vidant le processus de toute légitimité démocratique.
L’unité du camp anti-junte a été fragilisée par des tensions publiques entre factions rebelles. Le 9 janvier, Bo Nagar, chef de l’Armée révolutionnaire nationale de Birmanie (BNRA), a accusé le Gouvernement d’unité nationale (NUG) d’attaques contre ses propres unités. Bien que non confirmés officiellement, ces heurts soulignent les difficultés de coordination entre le gouvernement en exil et les groupes armés, au moment où la junte cherche à exploiter toute division.
Malgré son isolement vis-à-vis des pays occidentaux, le régime continue de bénéficier du soutien de la Chine et de la Russie, qui présentent ces élections comme un élément de stabilisation. Des discussions se poursuivent avec des entreprises chinoises autour de projets énergétiques, dont un terminal de gaz naturel, en dépit des combats en cours dans l’État de Rakhine. Cet appui économique et militaire permet aux autorités de préserver leur appareil sécuritaire, tandis que l’ASEAN demeure profondément divisée sur la réponse à apporter à la situation.
Des représentants catholiques et d’autres confessions ont exprimé l’espoir que 2026 marque un tournant vers la paix, rappelant l’urgence pour les 3,5 millions de déplacés internes. Certains groupes ethniques, comme l’Armée de l’indépendance kachin (KIA), se disent ouverts à un dialogue en cas d’émergence d’un véritable gouvernement civil. Toutefois, pour une part de la population, la résistance armée reste la seule option.
Économie
Selon la Banque mondiale, les dégâts directs causés par le séisme du 28 mars 2025 sont estimés à près de 11 milliards de dollars. Pour l’exercice 2025-2026, l’institution anticipe un recul de la croissance de 2,5 % du PIB. Cette contraction économique, conjuguée à un taux de pauvreté supérieur à 30 %, place le pays dans une situation de grande vulnérabilité, dont il sera difficile de sortir sans un soutien international renforcé et un retour à la stabilité politique.
Durant la semaine du 5 au 11 janvier, l’inflation est restée proche de 30 %. Depuis le coup d’État de 2021, le kyat a perdu près de 80 % de sa valeur. En deux ans, le prix des denrées de base, dont le riz Emata, a plus que triplé, accentuant une insécurité alimentaire désormais chronique. Parallèlement, les salaires réels — notamment dans le secteur de la construction — ont reculé de plus de 14 %, rendant l’accès aux besoins essentiels de plus en plus difficile pour de nombreux ménages.
Le 7 janvier 2026, la Banque centrale de Birmanie a assoupli les règles imposées aux exportateurs, réduisant de 25 % à 15 % la part des recettes devant être converties en kyats au taux officiel. Cette mesure vise à soulager les entreprises tournées vers l’export, mais reste insuffisante face aux pénuries de devises qui freinent les importations de carburant et de médicaments.
Le 8 janvier 2026, le régime a créé un nouvel organe de coordination pour accélérer les projets chinois de l’Initiative la Ceinture et la Route (BRI). Les priorités incluent les terminaux de GNL et la sécurisation des pipelines dans l’État de Rakhine. Ce rapprochement avec Pékin est vital pour la survie financière du régime, mais suscite de fortes tensions locales liées à l’accaparement des terres et à la militarisation.
Pilier historique de l’économie, le secteur textile est en net recul, fragilisé par l’instabilité politique et le désengagement de grandes marques internationales. Les exportations de vêtements chutent, pénalisées par des perturbations logistiques, des coupures d’électricité récurrentes et des pénuries de matières premières. Cette contraction met en péril des centaines de milliers d’emplois et entraîne une forte baisse des recettes en devises.
Société / Répression / Conflit
Amnesty International rapporte des menaces de suppression de l’aide humanitaire contre les déplacés refusant de voter. Au 8 janvier, au moins 229 personnes ont été inculpées pour « sabotage du processus électoral », incluant artistes et simples internautes appelant au boycott. Le vote devient ainsi un acte contraint sous surveillance armée.
L’armée a intensifié ses frappes aériennes entre le 5 et le 11 janvier, ciblant des zones résidentielles soupçonnées d’abriter des groupes de résistance. Le 9 janvier, des bombardements à Halta et Haiphai, dans le district de Hakha, ont causé la mort d’une mère et de ses deux enfants. Depuis le coup d’État de 2021, le conflit aurait fait plus de 16 600 victimes civiles. Le début de l’année 2026 se caractérise par une recrudescence des violences, marquée par un recours accru à l’artillerie contre des infrastructures civiles.
Début janvier 2026, l’ONU estime que 16,2 millions de personnes ont besoin d’une aide vitale. Le nombre de déplacés internes approche les 4 millions, en raison des combats et des séquelles du séisme de 2025. L’accès humanitaire demeure sévèrement restreint par la junte, laissant des millions de personnes sans eau potable ni soins de base.
La mise en œuvre généralisée du service militaire obligatoire marque un tournant en 2026. Les recrutements de jeunes se multiplient à Rangoun et Mandalay, provoquant un exode massif vers les zones contrôlées par la résistance ou vers la Thaïlande. Cette conscription forcée paralyse la vie quotidienne, crée une pénurie de main-d’œuvre et alimente une fuite des cerveaux durable.
En marge du scrutin, le régime a renforcé sa surveillance numérique. La collecte de données biométriques liées aux cartes d’identité et aux cartes SIM s’accélère. L’usage croissant de l’intelligence artificielle pour surveiller les communications transforme chaque interaction numérique en risque d’arrestation arbitraire, plongeant la société birmane dans un climat d’engourdissement face à une violence devenue systémique.
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