
Entre rapprochements diplomatiques, nouvelles pressions sur les travailleurs expatriés et poursuite des combats, la Birmanie reste plongée dans une crise profonde. Cette semaine, Aung San Suu Kyi a également pu parler à son fils pour la première fois depuis plus de cinq ans. Gavroche revient sur les principaux événements.
Politique et diplomatie
La Chine multiplie les contacts avec les partis birmans
Alors que les États-Unis renouent certains contacts avec les autorités militaires birmanes, Pékin cherche à consolider son influence. Une délégation du Parti communiste chinois, conduite par Peng Xiubin, a rencontré neuf formations politiques à Rangoun, dont le Parti de l’union, de la solidarité et du développement (USDP), proche de l’armée. Les discussions ont porté sur les relations bilatérales, les perspectives économiques et la réouverture de l’axe commercial Muse-Mandalay, essentiel aux échanges avec la Chine. Les interlocuteurs birmans ont également évoqué la défiance d’une partie de la population envers Pékin.
La commission birmane des droits de l’homme exclue d’un forum régional
Le Forum des institutions nationales des droits de l’homme d’Asie du Sud-Est (SEANF) a annoncé, le 19 octobre, l’exclusion de la Commission nationale birmane des droits de l’homme (MNHRC). Prise le 1er octobre, la décision fait suite à un examen de conformité que la commission birmane a contesté. Le SEANF estime qu’elle ne remplit plus les critères requis pour siéger parmi les institutions nationales de défense des droits humains. La Birmanie perd ainsi la possibilité d’assurer la présidence tournante du forum en 2027.
En Thaïlande, des travailleurs birmans contestent les formalités imposées par Naypyitaw
Des travailleurs migrants birmans demandent aux autorités thaïlandaises de leur permettre de conserver un statut légal avec leurs cartes d’identification thaïlandaises, les « pink cards », sans devoir obtenir les certificats d’identité (CI) délivrés par les autorités birmanes. Selon les représentants des migrants interrogés par DVB, ces démarches entraînent des frais élevés et des obligations financières, notamment le paiement d’un impôt de 2 % et la justification de transferts d’argent vers la Birmanie. Certains redoutent également que leurs données personnelles soient utilisées dans le cadre de la conscription militaire.
Aung San Suu Kyi parle enfin à son fils
Le 22 octobre, Kim Aris a pu s’entretenir par téléphone avec sa mère, Aung San Suu Kyi, pour la première fois depuis le coup d’État de février 2021. La conversation, d’une vingtaine de minutes, s’est déroulée par l’intermédiaire de l’ambassade birmane à Londres. Âgée de 81 ans, l’ancienne dirigeante reste détenue à Naypyitaw, où elle purge une peine de prison sous le régime de l’assignation à résidence. Son fils a accueilli cet échange avec émotion, tout en rappelant qu’un appel isolé ne signifiait ni un accès familial régulier ni une perspective de libération.
Économie
Terres rares : la Birmanie, fournisseur stratégique de la Chine
En septembre, la Chine a importé 5 021 tonnes d’une catégorie d’oxydes de terres rares, soit 23 % de plus qu’en août. Selon les données douanières analysées par Shanghai Metals Market, 3 509 tonnes provenaient de Birmanie, représentant près de 70 % du total. Ces minerais sont indispensables à la fabrication d’aimants utilisés notamment dans les véhicules électriques et certaines technologies industrielles. Leur exploitation, particulièrement dans l’État de Kachin, soulève toutefois de graves préoccupations environnementales.
Pékin et Naypyitaw veulent développer leur coopération agricole
La Chine et la Birmanie ont consacré leur septième forum de réflexion bilatéral à la coopération agricole, le 21 octobre, à Mangshi, dans la province chinoise du Yunnan. Responsables publics, chercheurs et représentants d’entreprises ont discuté des échanges agricoles, de la transformation alimentaire et des investissements transfrontaliers. Plusieurs accords de coopération ont été signés, notamment dans les secteurs agricoles, industriels et universitaires. Pékin souhaite également faciliter les échanges commerciaux avec son voisin birman.
Société et conflit
Magwe : l’armée cherche à reprendre des champs pétrolifères
Dans la région de Magwe, l’armée birmane aurait lancé, le 18 octobre, une nouvelle offensive dans le township de Myaing pour reprendre une zone pétrolifère surnommée « Anyar Dubai », contrôlée depuis plusieurs années par des groupes de résistance. Selon des sources locales proches de l’opposition, les combats et les frappes aériennes auraient provoqué le déplacement de plusieurs milliers d’habitants. Les organisations de résistance accusent également l’armée d’avoir commis des violences contre des civils et incendié des centaines d’habitations au cours des derniers mois. Ces bilans n’ont pas pu être confirmés indépendamment.
Des frappes aériennes meurtrières signalées dans plusieurs régions
Des médias indépendants birmans et des organisations proches de la résistance font état d’au moins 27 morts et 11 blessés lors de frappes aériennes menées entre le 16 et le 18 octobre dans plusieurs régions du pays. À Yesagyo, dans la région de Magwe, une attaque contre un point d’accès à Internet utilisant le réseau satellitaire Starlink aurait notamment tué douze civils, dont des enfants, selon le gouvernement d’unité nationale (NUG), opposé aux militaires. Les circonstances exactes et le bilan global de ces opérations restent difficiles à vérifier de manière indépendante.
La Birmanie reste l’un des pays les plus répressifs sur Internet
La Birmanie obtient une nouvelle fois la note de 9 sur 100 dans le classement Freedom on the Net 2026, publié par l’organisation américaine Freedom House. Depuis le coup d’État de 2021, les autorités militaires ont renforcé la surveillance numérique, les restrictions visant les réseaux sociaux et les outils permettant de contourner la censure. Les coupures de communications, aggravées par les combats, privent également de nombreuses communautés d’un accès régulier à Internet.
L’armée poursuit son offensive dans le sud de l’État Chin
Dans le sud de l’État Chin, l’armée birmane poursuit ses opérations pour reprendre des positions stratégiques reliant cette région à l’État de Rakhine. Les autorités militaires ont annoncé le 21 octobre avoir sécurisé plusieurs localités, dont Hlaingdoke, dans le township de Kanpetlet. Des sources proches de la résistance évoquent une offensive de grande ampleur.
Un émissaire japonais rencontre Min Aung Hlaing
Yohei Sasakawa, président d’honneur de la Nippon Foundation et acteur de longue date des initiatives de dialogue en Birmanie, aurait rencontré Min Aung Hlaing le 19 octobre à Naypyitaw. Selon les informations rapportées sur cette rencontre, les échanges auraient porté sur le processus de paix et le développement des ressources humaines. Cette démarche intervient alors que les combats se poursuivent dans plusieurs régions et que la position officielle du Japon à l’égard des autorités militaires reste prudente.
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