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BIRMANIE – POLITIQUE : La valse des ministres au service du pouvoir

Date de publication : 11/10/2026

gouvernement en Birmanie

 

Une chronique birmane de François Guilbert.

Les élections générales de décembre 2025 – janvier 2026 n’ont pas apporté de stabilité ni de lisibilité gouvernementale à la Birmanie. Alors que le cabinet conduit par la conseillère d’État Daw Aung San Suu Kyi n’avait, lui, quasiment pas changé de titulaires au cours de la législature 2016-2021, la dictature militaire qui s’en est suivie n’a eu de cesse de faire valser ses ministres, tout comme une bonne partie de la haute hiérarchie de l’armée.

 

L’une des constantes managériales du général Min Aung Hlaing depuis sa prise de pouvoir par la force est non seulement de changer régulièrement ses ministres et ses généraux, mais aussi de le faire sans aucune explication publique ni perspective politique tracée.

 

On ne sait pas ce que le général, aujourd’hui président autoproclamé, reproche aux personnes brutalement évincées. Citoyens et observateurs ne disposent d’aucune information sur ce qu’il attend des promus en matière d’inflexions immédiates des politiques publiques et sur les résultats qu’il en espère à court et/ou moyen terme. La situation est d’autant plus obscure que les changements ne sont pas davantage commentés ou expliqués dans la presse écrite, à la radio ou à la télévision d’État.

 

Chacun est donc condamné à faire des conjectures sur les changements de portefeuilles et se trouve pris par surprise lorsque les ajustements gouvernementaux interviennent. Ils ne sont jamais esquissés préalablement par des postures ou des prises de parole.

 

Deux remaniements en quelques jours

 

En 177 jours de pouvoir, le général Min Aung Hlaing vient de remanier pour la deuxième fois en quelques jours son gouvernement.

 

Après l’arrivée, le 17 septembre, du général Ko Ko Oo au ministère de l’Intérieur, dix-sept jours plus tard, c’est au tour du ministère du Travail et de celui de la Culture, des Hôtels et du Tourisme de changer de titulaires.

 

Le 5 octobre, Khin Maung Soe et Maung Myint ont interverti leurs portefeuilles, celui incombant au premier ayant par ailleurs vu évoluer son intitulé par ordonnance le 24 août 2026. Néanmoins, c’est rétroactivement, le 29 septembre, et non sans mécontentement, que le Parlement a entériné le changement de dénomination gouvernementale en intervertissant les terminologies sectorielles du mandat.

 

Le ministère des Hôtels, du Tourisme et de la Culture est ainsi devenu celui de la Culture, des Hôtels et du Tourisme. Une évolution sémantique loin d’être tout à fait anodine !

 

La culture, nouvelle priorité affichée du régime

 

À travers les débats tenus devant l’Assemblée nationale et ce changement terminologique, on perçoit le tournant conservateur du régime militaire. Après avoir été détachée du ministère des Affaires religieuses, devenu en avril 2026 un département ministériel à part entière, la culture a été remise au premier plan de l’identité nationale, quitte à l’exprimer d’abord sous des formes fortement folklorisées.

 

Le changement de dénomination ministérielle opéré cet été a en effet été justifié par la volonté de « donner la priorité à la culture et l’honorer à temps pour le prochain concours traditionnel des arts du spectacle birmans ».

 

Manifestement, le général Min Aung Hlaing ne sait pas quelle place institutionnelle donner au tourisme, dont il se veut pourtant le chantre urbi et orbi, dans un secteur qui a pesé jusqu’à 7 % du produit intérieur brut.

 

En moins d’un an, la responsabilité des hôtels et du tourisme a été attribuée à trois ministres aux périmètres d’autorité variés. Au premier trimestre de l’année 2026, c’était en effet au ministre des Sports et de la Jeunesse, le colonel Jeng Phang Naw Taung, qu’avait échu cette tâche promotionnelle.

 

Si le ministère chargé de l’économie touristique a changé trois fois de titulaire cette année, ce n’est pas le département ministériel du gouvernement qui a connu le plus grand nombre de responsables.

 

Quatre ministres de l’Intérieur depuis janvier

 

Quatre ministres de l’Intérieur se sont succédé depuis le 1er janvier 2026. Dans un pays à feu et à sang, les ministres de l’Intérieur changent pour le moins fréquemment. Le général Tun Tun Naing n’est demeuré qu’un an en fonction. Quant à ses deux successeurs de 2026, ils ne seront restés en poste qu’entre trois mois (général Nyunt Win Swe) et cinq mois (général Phone Myat).

 

Des périodes bien courtes pour juger de l’action des hommes. Toutefois, on n’assiste pas tant à des purges au sein du régime militaire qu’à un turnover. L’échange des portefeuilles des ministres du Travail et de la Culture n’en est que la dernière expression. L’éphémère ministre de l’Intérieur Phone Myat a été recasé au ministère des Affaires frontalières dès sa cessation de fonctions.

 

Un pouvoir toujours plus concentré

 

Si le général Min Aung Hlaing écarte sans ménagement des hommes de leurs fonctions, il ne transforme pas pour autant la gouvernance ni les politiques civiles et/ou militaires de son pays.

 

Cette instabilité ministérielle sert davantage à le maintenir au cœur du pouvoir et à faire du général-président le seul décideur en toute chose qu’à assurer la conduite des affaires de la nation.

 

Néanmoins, en cinq mois, le général-président, égal à lui-même, a changé sans concertation près de 10 % des membres du cabinet et près de 20 % de son exécutif « civil ».

 

Une attitude qui ne manque pas de souligner, au passage, le peu de poids de chacun de ses ministres, y compris des lieutenants-généraux chargés de la sécurité intérieure.

 

Elle montre également le peu de cas qu’il fait des prérogatives du Parlement. Deux des trois ajustements gouvernementaux récemment opérés auraient pu être effectués sans obstacle lors de la reprise de la troisième session ordinaire des Pyithu et Amyotha Hluttaw, les 21 et 22 septembre.

 

François Guilbert

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