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Cambodge: Khmers rouges, pourquoi un procès?

Journaliste : Yves-Guy Bergès
La source : Gavroche
Date de publication : 12/12/2012
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Qui n’aurait souhaité, en temps utile, un vrai procès, fondé sur le travail impartial d’historiens? Un procès qui n’aurait pas été seulement un exorcisme, un combat de St. Michel contre le démon au verdict connu d’avance?

 

Tout procès politique est un exercice difficile: quand on y traduit un accusé, c’est toujours pour traduire Justice par Vengeance. On devrait pourtant savoir après tant d’actes manqués, que confier la justice à des justiciers, c’est demander à des pyromanes d’éteindre le feu.

 

Car confondre justice et châtiment peut, dans bien des cas, s’avérer aussi lourd de conséquences que le crime que l’on voulait punir. Parlant de la guerre d’Espagne, l’écrivain Michel del Castillo, qui l’avait vécue, s’écriait : « Pourvu qu’on ne rouvre pas les placards ! » Au Cambodge, on pouvait craindre les effets secondaires d’un procès, surdimensionné par la télévision, risquant d’embraser une jeunesse ignorante en accréditant une thèse qui, prenant à contre-pied celle des Khmers rouges, aurait écrit une Histoire : celle de bons patriotes amis du Viêt-nam soudain victimes de méchants terroristes surgis des profondeurs du pays. De refaire, en somme, la route à l’envers en recommençant la guerre là où on l’avait laissée trente-cinq ans plus tôt.

 

Rien de tout cela, heureusement, ne s’est produit.
L’interminable procès – on n’en est plus à deux ou trois ans près – de cinq figures emblématiques survivantes du Kampuchéa démocratique des Khmers rouges déroule ses rares séances devant des salles qui, sans la présence des observateurs étrangers, seraient vides. Les enfants des victimes, par leur indifférence, ont déjà rendu leur verdict. Aux dizaines de milliers de sollicitations de plaintes qui leur ont été présentées, seulement deux cents d’entre eux ont répondu (1). Il en aurait sans doute été de même si on leur avait demandé de se porter partie civile contre les turpitudes commises contre les Polpotistes par l’armée de Lon Nol ou celle de Hanoï.

 

Un seul coupable ? Ce serait trop simple. Il n’y a pas eu seulement un « pendant les Khmers rouges » mais un « avant » et un « après ». C’est pourquoi, bien qu’ayant été l’un des premiers à dénoncer leurs crimes, je ne peux me satisfaire de l’équation primaire : Ieng Sary + Khieu Samphan – Pol Pot = 2 000 000 de morts. Ne pas reconnaître que c’est une folie meurtrière qui s’empara à cette époque des habitants du « pays de la douceur de vivre », ce serait occulter la barbarie antérieure des Khmers bleus et celle, postérieure, des vengeances dues au retour des collaborateurs du vainqueur vietnamien. Terreur interne, attisée par la peur des bombardements américains, puis par celle de l’artillerie fournie à son allié par l’Union Soviétique. Au cours des débats bien tardifs qui s’engagent sur le sort d’un Cambodge à peine sorti d’un coma traumatique, l’honnêteté exige que l’on s’efforce d’en répartir la responsabilité entre tous les acteurs du drame.

 

Entendons-nous bien. Que ceux qui verraient dans cette argumentation une tentative larvée de révisionnisme se désolent : il n’est pas question de mettre en doute les chiffres avancés, qui sont même sans doute inférieurs à la réalité si l’on tient compte non seulement des exécutions mais aussi des décès dus aux privations, aux maladies, à l’épuisement, aux déracinements, aux tortures, qui ont fait chuter la natalité et accéléré le processus d’élimination par la vieillesse. Mais ce bouleversement social n’a pas commencé avec le régime de Pol Pot et ne s’est pas arrêté après sa chute. Porter au seul crédit des Khmers rouges tout ce qui s’est passé avant le 17 avril 1975, date de leur prise de pouvoir et après le 7 janvier 1979, date de la victoire vietnamienne, quand le Cambodge resta fermé à clé de l’intérieur, serait mentir.

 

Il est pourtant rassurant que cette thèse du bouc émissaire unique ne rencontre que peu d’écho auprès d’une population qui ne veut garder du passé que le souvenir honteux d’une mêlée confuse. Et il est regrettable que l’ONU, qui a pendant dix ans reconnu comme seul représentant légitime le gouvernement en exil des Khmers rouges, ait imposé à la faction concurrente parvenue au pouvoir dans les fourgons de l’armée vietnamienne cet inutile procès. Au nom de quoi ? Du devoir de mémoire. Mais de quoi parle-t-on ? Il existe chez nous, il est vrai, une mémoire cérébrale, une voix de tête qui s’exprime haut et fort. Cette voix-là n’est pas celle des Khmers. La leur part du ventre et exprime, mieux que de subtiles analyses, leur adhésion instinctive à un mode de vie anéanti. Cette mémoire des tripes est celle des mutilés, des aveugles, des matraqués de la vie, celle des sensations d’horreur ressenties par leurs parents que toutes les fibres de leur corps refusent de subir à nouveau.

 

Quelle aberration de s’imaginer que des familles si longtemps torturées aient pu oublier ! Quelle prétention de l’homo occidentalis de croire que tant de corps disparus aient pu sombrer dans l’indifférence ! Cette mémoire-là, ils ne risquent pas de la perdre et il est indécent de prétendre l’entretenir en lui substituant la pale copie d’un Nuremberg cathartique. Nous devrions savoir qu’il est vain de craindre que la mémoire disparaisse dans un pays où les corps sont incinérés. Leurs cendres, rendues à la nature, s’y ancrent et s’y dissolvent. Cette mémoire physiologique n’a pas besoin de mots pour s’exprimer. Chaque Khmer sait, sans qu’il soit besoin qu’on lui prête un pensebête, qu’il a une part de responsabilité dans la folie collective qui, pendant vingt ans, a gangrené son peuple et il reconnaît que cette part de responsabilité fut proportionnelle à son ignorance. Tous ont eu des morts dans les deux camps. Tous ont été, tour à tour, victimes et bourreaux. Cette mémoire en veilleuse est bien plus efficace que la nôtre. Enracinés dans leur histoire millénaire, les esprits des ancêtres sont là pour l’entretenir.

 

Il est donc outrecuidant que des étrangers qui n’ont pas vécu leur tragédie leur imposent, au nom d’un inutile « plus jamais ça », un rituel juridique aussi inconnu de leur culture que le communisme que d’autres étrangers avaient voulu leur inculquer avant que d’autres encore lui fassent la chasse pour les en débarrasser. C’est là une exportation abusive de nos valeurs occidentales à des fins civilisatrices, une volonté post-coloniale de leur faire laver leurs péchés par la déesse Thémis, qui n’a pourtant avec le Bouddha aucun lien de parenté.

 

En fait, comparable en bien des points à la paranoïa généralisée qui s’empara des combattants rivaux de la guerre d’Espagne ou, plus près de nous, de celle des Balkans, les effets dévastateurs des massacres des Khmers entre eux furent plus proches de ceux causés par une gigantesque marée noire que de ceux résultant d’un génocide planifié du type Shoah ou Rwanda. Les Khmers rouges portent certes de lourdes responsabilités dans le déferlement de ce cataclysme sociologique, mais ils n’ont été ni les initiateurs ni les profiteurs de la monstrueuse vague qui allait les engloutir, victimes et bourreaux entremêlés, dans un génosuicide qu’aucun de ceux qui en sont sortis vivants ne reconnaît avoir voulu.

 

Le coût du procès du dernier quarteron de leaders du « Kampuchéa démocratique » est estimé – par qui ? pour qui ? – à 56 millions de dollars, somme pharamineuse dont Norodom Sihanouk n’a pas tort de dire qu’elle aurait été plus utile affectée à l’amélioration du sort des paysans du royaume. Ce ne sont pas les bénéficiaires qui auraient manqué ni, hélas, les intermédiaires chargés de les distribuer. Mais les dommages causés à l’intégrité nationale, qui en a vu d’autres, eurent été peu de choses comparé au risque de déchirer un tissu social à peine rapiécé. Grâce au Bouddha, le peuple khmer, dans ses profondeurs, rejette ce procès. La paix est revenue. La misère est restée, mais la population n’est plus la même. Pour aussi graves qu’aient été ses pertes, la natalité les a vite réparées. D’environ neuf millions en 1975, elle atteint 14,2 millions en 2009. Chaque Khmer raisonnable – il en est – accepte désormais de se rallier au point de convergence de courants hier opposés. Le nationalisme des futures élites est comblé : le Cambodge n’a plus d’ennemi, ni interne ni externe. Il ne faut surtout pas toucher à ce fragile équilibre. La Khmérie était une patrie divisée, elle est aujourd’hui une nation en jachère. Quatre-vingts pour cent des moins de trente ans n’ont pas connu la guerre. La moitié d’entre eux ont moins de quinze ans. La priorité est de ne rien faire qui puisse ranimer la haine dans ce jardin d’enfants. S’ils n’ont pas encore achevé leur croissance, ils ont l’âge de raison. Tant mieux si le procès fait un bide. Ce n’était pas le moment de rouvrir les placards.

 

Y.-G.B.

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