
Pendant des décennies, l’immobilier a été le pilier de la croissance chinoise. Mais ce moteur est aujourd’hui à l’arrêt. Le secteur traverse sa cinquième année de crise, laissant derrière lui un énorme trou dans l’investissement national. Face à ce vide, Pékin mise désormais sur un nouveau levier : l’intelligence artificielle (IA).
La question est simple : l’IA peut-elle prendre le relais de la pierre pour soutenir l’économie chinoise ?
Un trou laissé par l’effondrement de l’immobilier
Avant sa chute, l’immobilier représentait près d’un quart de l’activité économique chinoise, en comptant la construction, l’acier, le ciment, l’ameublement et les services associés. Sa contraction a provoqué un effondrement de l’investissement, que ni les infrastructures ni l’industrie n’ont entièrement compensé.
Les investissements liés à l’IA – centres de données, semi-conducteurs, cloud, réseaux électriques – sont en forte hausse. Mais selon les économistes de GEMs, ils restent pour l’instant très inférieurs au volume d’investissement perdu dans l’immobilier. Autrement dit, l’IA ne suffit pas encore à remplir le vide.
Résultat : Pékin doit continuer à soutenir l’investissement, en particulier dans les services (santé, éducation, numérique, tourisme, logistique), pour éviter un ralentissement trop marqué de l’économie.
Pourquoi l’IA change quand même la donne
Même si l’IA ne compense pas immédiatement la chute de l’immobilier, elle apporte un avantage clé : elle améliore durablement la productivité.
Contrairement aux immeubles, qui génèrent surtout de la dette et des actifs peu productifs, l’IA permet d’automatiser des tâches, d’optimiser la logistique, d’accélérer la recherche médicale, de réduire les coûts dans la finance ou l’industrie. Ces gains se diffusent dans toute l’économie, notamment dans les secteurs à forte valeur ajoutée comme les logiciels, la santé, l’ingénierie ou la recherche.
Les analystes estiment que l’impact réel de l’IA commencera à se faire pleinement sentir vers 2027-2028, quand les technologies seront déployées à grande échelle dans les entreprises et les administrations.
Un changement profond de modèle économique
Au début, l’investissement dans l’IA repose surtout sur des infrastructures lourdes :
serveurs, centres de données, réseaux électriques, équipements informatiques. Mais cette phase n’est que la première étape.
À moyen terme, l’essentiel de la valeur viendra de l’utilisation de l’IA dans les services :
banques, assurances, santé, commerce en ligne, marketing, conception industrielle, éducation, etc. Cela marque un tournant : l’investissement chinois se déplacera progressivement de la construction et de l’industrie vers l’économie de la connaissance.
C’est une transformation comparable à ce que les États-Unis ont connu avec la montée de la Silicon Valley après le déclin de l’industrie lourde.
Un pari stratégique face aux États-Unis
Ce virage vers l’IA est aussi géopolitique. La rivalité technologique entre Pékin et Washington pousse la Chine à investir massivement pour ne pas dépendre de l’Occident dans les semi-conducteurs, le cloud et les algorithmes. Cette compétition accélère les dépenses, mais elle rend aussi la Chine plus vulnérable à des restrictions commerciales et technologiques, ce qui renforce l’importance de bâtir un écosystème local solide.
L’IA, un moteur… mais pas une solution miracle
En résumé, l’intelligence artificielle ne peut pas encore remplacer l’immobilier comme moteur principal de l’investissement chinois. Le trou laissé par la crise immobilière est trop grand. Mais à moyen terme, l’IA pourrait devenir le pilier d’une nouvelle croissance, plus productive, plus technologique et moins dépendante de la dette et du béton.
Pour réussir cette transition, Pékin devra soutenir l’investissement dans les services et accompagner les entreprises dans l’adoption massive de l’IA. Si ce pari réussit, la Chine pourrait transformer une crise immobilière historique en opportunité pour changer de modèle économique.
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