Accueil Histoire et Patrimoine INDOCHINE – HISTOIRE : La vie d’Henri Mouhot racontée par L’Est Républicain

INDOCHINE – HISTOIRE : La vie d’Henri Mouhot racontée par L’Est Républicain

Journaliste : Alexandre Bollengier
La source : L'Est Républicain
Date de publication : 06/09/2026
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Henri Mouhot

 

Avec l’accord de L’Est Républicain, nous reproduisons ici trois articles consacrés à Henri Mouhot, et profitons de l’occasion pour vous recommander la lecture de ce quotidien.

 

La vie diablement aventureuse et brève d’Henri Mouhot

 

On doit à Henri Mouhot, natif de Montbéliard la première exploration scientifique, en 1860, du site d’Angkor au Cambodge. L’année 2026 marque le bicentenaire de sa naissance. À la fois archéologue, naturaliste, botaniste, ethnographe, géologue, entomologiste, dessinateur et photographe, il est mort en 1861, à l’âge de 35 ans, au Laos où il est enterré.

 

Son cénotaphe a été érigé dans la commune de Ban Moun Savath, au nord du Laos, d’abord à proximité immédiate de la rivière Nam Khan. En 1866 ou 1867, il a été déplacé de quelques dizaines de mètres, en hauteur, afin de le soustraire aux crues colériques de cet affluent du Mékong.

 

À sa mort prématurée le 10 novembre 1861 à l’âge peu canonique de 35 ans, l’aventurier Henri Mouhot avait vécu mille vies, en Europe et en Asie du Sud-Est (lire Une irrésistible envie d’ailleurs et Quatre expéditions et un naufrage). Né à Montbéliard le 15 mai 1826, il a rendu son dernier souffle dans les environs de Luang Pradang, terrassé par une fièvre. Le lieu exact de son inhumation est inconnu.

 

L’année 2026 marque donc le 200e anniversaire de sa naissance.

 

Explorateur multifacette

 

Le XIXe siècle fut celui des découvertes au long cours avides d’inconnu et de défis périlleux, l’âge d’or des explorations scientifiques et cartographiques, par exemple en Afrique intérieure (Henry Morton Stanley et David Livingstone), aux pôles (Jules Dumont d’Urville) et en Asie centrale (Sven Hedin).

 

C’est à Henri Mouhot, explorateur multifacette – il fut naturaliste, botaniste, ethnographe, géologue, entomologiste, archéologue et aussi dessinateur et photographe – que l’on doit, en la redécouverte, mais la redécouverte d’Angkor, l’ancienne capitale de l’Empire Khmer qui a rayonné du IXe siècle au XVe siècle, avec ses quelque 200 temples et ses infrastructures hydrauliques (canaux, digues…) nichés dans le nord du Cambodge, au cœur d’une forêt tropicale.

 

Les multiples dangers de la jungle

 

« D’autres explorateurs et des missionnaires l’ont précédé sur ce site archéologique », explique Christian Simon, « mais avec ses notes, ses relevés topographiques, ses croquis, il est le premier à en avoir donné une description détaillée et scientifique ».

 

Ce Luron âgé de 75 ans partage le même amour des voyages, la même curiosité insatiable, la même appétence pour l’imprévu. Il s’est promis de populariser le parcours et l’action d’Henri Mouhot, aussi riches qu’atypiques.

 

En Asie du Sud-Est, ce Montbéliardais intrépide a fait fi des dangers de la jungle, avec ses tribus réputées hostiles, avec ses bêtes sauvages et sa moiteur étouffante, avec ses moustiques vecteurs de maladies potentiellement mortelles (paludisme, fièvre jaune).

 

Remonter aux sources du Mékong ?

 

À l’hiver 1998, Christian Simon se trouvait à Vientiane, la capitale laotienne, lorsqu’il a croisé le chemin d’Yves Azémar, un libraire français fin connaisseur de littérature de voyage. C’est là qu’il a entendu parler pour la première fois d’Henri Mouhot, auteur d’un ouvrage intitulé Voyage dans les royaumes de Siam, de Cambodge, de Laos et autres parties centrales de l’Indo-Chine, publié à titre posthume en 1868.

 

« Il nous a incités, ma femme et moi, à aller nous recueillir sur son tombeau et c’est ainsi que cet illustre inconnu est entré dans ma vie ». Il n’en est jamais ressorti (lire Pas de commémoration prévue). « L’objectif d’Henri Mouhot était de remonter aux sources du Mékong même si, dans ses écrits, il ne dit pas de manière explicite. »

 

Dans aucun dictionnaire, Christian Simon aimerait qu’il soit reconnu et honoré à juste mesure, pas seulement avec une rue portant son nom. À Montbéliard, cette voie longe l’Office de tourisme, à deux pas de la gare ferroviaire. Elle a été baptisée après le don à la Ville, en 1888 par son frère Charles, d’un ensemble unique de coléoptères (50 cadres en noyer).

 

Si Henri Mouhot a aujourd’hui une entrée sur Wikipédia, son nom ne figure dans aucun dictionnaire, déplore-t-il.

 

Alexandre Bellengier

 

(1) Tombeau sans corps. C’est l’historien Jean-Michel Strobino, spécialiste de l’histoire de l’Indochine, qui a (re)découvert en 1989 le cénotaphe d’Henri Mouhot. Il était à l’abandon.

 


 

Chasse au rhinocéros dans les forêts du Laos. Dessin original d’Henri Mouhot. Collection Famille Mouhot

 

 

Quatre expéditions et un naufrage

 

Henri Mouhot, qui a voyagé avec l’appui de sociétés savantes de Grande-Bretagne, a effectué quatre expéditions en trois ans, entre octobre 1858 et novembre 1861 :

 

D’octobre à décembre 1858 : il suit le cours du Chao Phraya (ou Maenam Chao Phraya), troisième fleuve de Thaïlande après le Mékong et la Salouen. Il constitue encore aujourd’hui un axe majeur de commerce et de transport. Il envoie des collections d’insectes et de petits animaux et ses comptes rendus de voyage à la Société royale de zoologie de Londres.

 

De décembre 1858 à avril 1860 : il prend la mer à Bangkok. Direction le Cambodge et la ville de Prelum, depuis la ville côtière de Kampot, avec Angkor pour destination finale.

 

De mai à septembre 1860 : il parcourt la Province de Phetchaburi, au sud-ouest de Bangkok.

 

De septembre au 10 novembre 1861 (jour de sa mort) : après une première tentative avortée (pour des raisons techniques), il se rend dans la province de Chaiyaphum, au nord-est de la Thaïlande. Il franchit à dos d’éléphant une zone montagneuse et une jungle difficiles d’accès jusqu’à Luang Pradang. Sa santé se dégrade brutalement alors qu’il suit le cours du Nam Khan en direction de la province chinoise du Yunnan.

 

Des mois de travail engloutis

 

Durant ses expéditions, il remplit ses carnets de commentaires, réflexions et autres croquis sans omettre, en bon naturaliste, de collecter des spécimens de toutes sortes. Au moins l’un d’eux porte son nom : le Mouhotia (famille des scarabées terrestres), un carabique scaratiné noir luisant avec des élytres cerclés de rouge ou de vert métallique (il peuple l’Indochine).

 

Après son séjour à Angkor, il inventorie ses collections et met de l’ordre dans ses notes. Il expédie le tout en Europe par bateau sur le Sir John Brooke… qui sombre près de Singapour. Ses précieuses malles sont emportées vers le fond.

 

Les archives du British Museum font état d’acquisitions entre 1859 et 1862, pour le compte de la Société royale, de plusieurs collections d’insectes qu’il a constituées. « J’ai remonté la trace de collections achetées par le conservateur d’un musée à Christchurch en Nouvelle-Zélande », complète Christian Simon.

 

Alexandre Bellengier

 


 

Au nord du Laos, le tombeau (cénotaphe) d’Henri Mouhot vu depuis la rive droite de la rivière Nam Khan, un affluent du Mékong. Photo collection famille Mouhot

 

Une irrésistible envie d’ailleurs

 

Fils d’un ouvrier horloger, qui devint ensuite receveur d’octroi, et d’une institutrice, Henri Mouhot est l’aîné d’une fratrie de deux garçons et deux filles mortes en bas âge. Il a grandi à Montbéliard au pied du château des Ducs de Wurtemberg (6, rue du Château).

 

Élève moyen, pour ne pas dire médiocre (il est passé par le collège Cuvier aujourd’hui disparu), il réussit à décrocher son certificat d’études collégiales en 1844. La même année, en décembre, sa mère décède.

 

Daguerréotype

 

La foi protestante chevillée au corps, il quitte la Cité des Princes pour la Russie tsariste, terre d’accueil de nombreux Montbéliardais (les familles Romanov et Wurtemberg étaient liées). À 18 ans, il enseigne le français à Saint-Pétersbourg, Moscou et Voronej (Académie militaire).

 

La guerre de Crimée (1853-1856) le contraint à rentrer en France. « S’il était resté, peut-être serait-il devenu reporter de guerre », avance Christian Simon. À Montbéliard, il retrouve son jeune frère Charles, né en 1828.

 

Ensemble, de 1854 à 1855, ils sillonnent l’Europe, Italie du Nord, Allemagne, Belgique, Pays-Bas… ; ils prennent une multitude de photographies avec un daguerréotype (procédé photographique mis au point par le Français Louis Daguerre sur la base des travaux de Nicéphore Niépce, un autre Français).

 

De ces clichés dont ils semblent avoir tiré des revenus, il n’y a pas la moindre trace aujourd’hui. À La Haye aux Pays-Bas, ils auraient organisé une exposition de leurs clichés présentée ensuite à Londres.

 

Mariage

 

C’est dans la capitale anglaise qu’Henri Mouhot rencontre sa future femme Ann Park (sa parente avec l’explorateur écossais Mungo Park, l’un des premiers occidentaux à avoir exploré le fleuve Niger, est mentionnée, mais rien ne vient l’accréditer de manière formelle). Son frère Charles, lui, épouse Jane Elisabeth, une cousine d’Ann Park.

 

Les deux couples décident alors de s’installer sur l’île de Jersey, à Rouge Bouillon. Mais le virus du voyage continue de travailler le jeune Henri au corps. Il a alors la trentaine.

 

Il se met en quête de financements pour un voyage en Asie du Sud-Est, une région en partie inexplorée. En vain. Il quitte néanmoins Londres le 27 avril 1858, en bateau. Où a-t-il trouvé l’argent ? Encore aujourd’hui, c’est un mystère. Quatre mois plus tard, il atteint la Thaïlande et Bangkok, sa capitale.

 

Alexandre Bellengier

 

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