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5 000 mètres avant l’aube

Date de publication : 03/05/2026
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Une course fantôme au cœur de la guerre du Pacifique, une chronique littéraire de François Guilbert

 

Aux confins de la Chine et de la Birmanie, le romancier et cinéaste chinois Dai Sijie nous offre une resucée du Pont de la rivière Kwaï de Pierre Boulle (1952). Le commandant Matsui, à la tête du camp d’internement nippon, s’avère tout aussi cruel et xénophobe que le colonel Saito dans sa gestion des détenus. Mais face à lui, il n’a pas un clone français du colonel britannique Nicholson, mais un simple pilote eurasien des Tigres Volants. Néanmoins, celui-ci a une valeur toute particulière : il est son honni rival pour avoir conquis la médaille d’or du 5 000 mètres d’athlétisme aux Jeux olympiques de Paris en 1924, le quadragénaire originaire de la province de Dong Thap (sud du Vietnam) Jean Sautet.

 

L’histoire est une fiction. L’épreuve sportive de référence n’a pas été remportée par un compétiteur français, mais par le mythique coureur de fond finlandais Paavo Nurmi (1897–1973), recordman du monde à 22 reprises et médaillé à douze reprises lors des Olympiades de 1920, 1924 et 1928. Cette adaptation narrative ne change rien à un récit rondement mené, trop peut-être au regard de la faible épaisseur des personnages, mais bien utile pour contextualiser l’épisode indochinois de la Seconde Guerre mondiale et les horreurs de cette période.

 

Le commandant Matsui est si amer de sa défaite deux décennies plus tôt qu’il veut, coûte que coûte, sa revanche. Il est si déterminé, si imbu de lui-même, qu’il fait construire au cœur des montagnes tropicales une réplique de la piste du stade de Colombes. Il impose que tout soit à l’identique (asphalte, médailles, tenues de course et discours d’ouverture de la compétition, etc.) et n’hésite pas à mobiliser à ses fins toutes les ressources à sa disposition.

 

Cette mascarade n’est pas du goût du protagoniste bleu-blanc-rouge, mais son enjeu victimaire va le contraindre à s’y prêter et à chercher à en tirer avantage pour ceux qui l’accompagnent dans sa vie de misère carcérale.

 

Un récit documenté sur les combats aéroterrestres de l’Assam au Yunnan

 

Jean Sautet, ayant revêtu l’uniforme des pilotes des cargos militaires assurant les liaisons entre l’Inde et la Chine lors du second conflit mondial, l’auteur nous fait survoler à grandes enjambées les espaces de la Birmanie septentrionale, et en particulier ses principaux cours d’eau (Irrawaddy, Ruili, Salween). C’est l’occasion de quelques descriptions de la géographie environnante : les villes de Mandalay et Myitkyina (État Kachin).

 

Sur le plan historique sont évoqués brièvement les tortures (comme le supplice de la cage), les enfants-cobayes, l’abominable unité 731, le projet 9420 consacré au développement des armes bactériologiques — autant d’éléments illustratifs, mais qui auraient réellement mérité d’être mieux intégrés dans un récit qui demeure somme toute trop expéditif. Il s’apparente davantage à une nouvelle dépeinte dans ses grandes lignes qu’à un roman solidement charpenté.

 

Si le face-à-face implacable Matsui–Saito est convaincant — n’oublions pas que l’auteur lui-même fut interné dans un camp de rééducation au temps de la Révolution culturelle chinoise —, tout comme les descriptions des chasses ancestrales sur les hauts plateaux à la sarbacane et aux flèches enduites de poison (upas), on aurait apprécié davantage de contenu sur les minorités humaines mises en scène, leurs tatouages, leur société et les combats acharnés qui se déroulèrent sur leur sol.

 

Dai Sijie, 5 000 mètres avant l’aube, Gallimard, 2026, 153 p., 18 €.

 

François Guilbert

 

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