
Bienvenue dans les Sento et les Onsen, une chronique littéraire de François Guilbert
Stéphanie Crohin nous invite à venir se baigner. Pas dans n’importe quels bacs : les sento et onsen ouverts aux quatre coins du Japon, du milieu des après-midi aux heures avancées de la nuit. L’addict aux eaux des sous-sols, thermales volcaniques ou géothermiques, nous mènent, au fil des soubresauts de sa vie personnelle et professionnelle, à des bains privés vraiment singuliers.
Y consacrant une bonne partie de son existence, l’autrice est devenue une administratrice du Comité des bains publics de Tokyo puis, depuis 2015, une ambassadrice aussi officielle qu’extrêmement documentée. Avec empathie et passion, auprès des Japonais et des publics francophones, elle se fait une porte-parole et une défenseuse acharnée des « artisans de l’eau » et de leurs établissements.
Avec délice, on se plonge grâce à la narratrice dans des eaux tour à tour chaudes et froides, noires, ou pleines de bulles pétillantes voire même parcourues d’impulsions électriques (denkiburo). A l’occasion d’évènements exceptionnels, plus étonnement, elles peuvent être parfumées à la lavande, aux feuilles et rhizomes d’iris, au yuzu. Autant de milieux aqueux doucereux, propices aux confidences des habitués sur les modes de vie urbains de l’archipel, les règles de bienséance et de fonctionnement des entreprises du cru, voire la gestion des défis quotidiens de l’expatriation.
L’occasion d’une initiation historique, culturelle et spirituelle
Traditions japonaises et introspections plus personnelles se mélangent allègrement dans ce récit-enquêtes. Chaque découverte est l’occasion de s’employer à adoucir les trépidations de la vie, se recentrer sur soi et équilibrer corps et esprit. En contant les lieux, ses échanges avec les tenanciers et ses expériences sensorielles multiples, Stéphanie Crohin nous plonge avec chaleur au cœur de l’identité japonaise.
Visités par plaisir, sur recommandations ou par besoins de recensions documentaires, les bains sont dépeints dans leurs fonctionnements matériels et humains, leurs architectures, leurs couleurs et leurs besoins de préservation patrimoniale. Cet héritage est en effet menacé par des appétits immobiliers, des modes de fonctionnement parfois désuets, des activités concurrentes et une désaffection notamment chez les plus jeunes. Une quarantaine de ces bains disparaissent par an, rien que dans la capitale. C’est d’autant plus dommageable que chacun a sa personnalité, son histoire et son âme de quartier.
Un patrimoine à préserver urgemment
Pour conserver des souvenirs de ces endroits, de leur ordonnancement (noren (rideaux), bandai (entrée surélevée), datsuiba (vestiaire), yokujo (salle de bain)) et continuer à les promouvoir, Stéphanie Crohin a établi en langue japonaise plusieurs guides des sento. Elle veille aussi à les photographier et à rendre compte de leurs caractères intimes. Pas si facile mais l’entregent et la notoriété lui sont d’un grand secours. Pour notre plus grande curiosité, quelques-unes de ces images sont reproduites en couleur sur une dizaine de pages en fin de volume.
Stéphanie Crohin : Les vapeurs de Tokyo, Komon – Les Arènes, 2026, 207 p, 17 €
François Guibert
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