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Victor Collin de Plancy, entre France et Corée

Date de publication : 19/07/2026
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Victor Collin de Plancy, l’aventurier français de la culture coréenne. Une chronique littéraire et asiatique de François Guilbert

 

L’entretien des mémoires communes peut être tour à tour réparateur ou mobilisateur L’évènement mémoriel peut devenir à son tour un nouveau moment à revaloriser de temps à autres, à approfondir d’années en décennies. Il est et sera mis en récits, promu et scander par une team France s’appuyant sur un vaste réseau planétaire d’ambassades, de consulats, de chambres de commerce et d’établissements culturels. Mais au-delà de ces vecteurs institutionnels d’influence, les enracinements historiques anciens des relations bilatérales sont vantés pour régénérer ou densifier les relations interétatiques et créer des ponts entre les sociétés. La France entend faire de son ouverture au monde ancienne, de l’entretien de ses relations bilatérales au-delà des vicissitudes de l’Histoire, un avantage comparatif maximisé.

 

L’année 2026 offre à l’appareil d’État et aux organisations de la société civile l’opportunité de célébrer bien des pays amis en Asie

 

Le 170ème anniversaire des relations diplomatique entre la France et le Royaume de Thaïlande, le 60ème anniversaire du discours du général de Gaulle au stade olympique de Phnom Penh ou encore le 140ème anniversaire du premier traité d’amitié entre la France et la Corée en sont autant de moments forts. Si l’anniversaire coréen a retenu moins l’attention que ceux consacrés à l’Asie du sud-est, il n’en est pas moins intéressant. Ces moments commémoratifs sont d’ailleurs mis en avant sans exception avec éclats par les plus hautes autorités des Etats, comme vient d’en témoigner le voyage dans l’hexagone du souverain thaïlandais et les deux visites présidentielles du président Emmanuel Macron en Corée du sud (2 – 3 avril 2026) puis en fin d’année au Cambodge.

 

Fixer la mémoire, c’est la coucher sur le papier, l’exposer aux vues de tous et la mettre en images. C’est parfois, comme ici, préfacer un manuscrit par un officiel, l’ambassadeur Philippe Bertoux, et bénéficier de sponsors publics et privés. Mais au-delà de tels soutiens rares, depuis vingt ans, la maison d’édition L’Atelier des Cahiers s’emploie à promouvoir des regards croisés sur la richesse des Corées et les liens franco-coréens.

 

Félicitations et encouragements à elle. Romans, littérature jeunesse, revue scientifique, essais en sont de bons moyens. L’étude bilingue, en français et en coréen, que consacre la conservatrice du patrimoine Stéphanie Brouillet à Victor Collin de Plancy (1853 – 1922) en est également une excellente illustration en retraçant le parcours exceptionnel d’un diplomate, longtemps au cœur des relations entre Paris et Séoul, et collectionneur multifacette averti.

 

Par ses dons au musée Guimet et ses ouvrages coréens conservés à la Bibliothèque nationale, Victor Collin de Plancy a fait découvrir les arts coréens dans l’hexagone

 

L’étude illustrée de quelques photos d’époque retrace la découverte du « Royaume Ermite » durant la deuxième moitié du XIXème siècle et ses temps difficiles face aux ambitions politico-territoriales de l’Empire nippon. Mais au-delà de la grande histoire, on se plonge au travers de ce manuscrit dans la constitution des premières collections de céramique coréenne, leur distribution dans les musées nationaux et leurs valeurs comparées avec celles rassemblées dans d’autres pays, tels les États-Unis.

 

On voit les débats intellectuels s’organiser, les pièces rares s’accumuler, être mise en valeur lors de l’exposition universelle de Paris en 1900 mais aussi se disperser lors de ventes (1911) ou de legs (1922). Les objets ethnologiques sont des cadeaux diplomatiques ou des achats raisonnés. Ils ont constitué des collections d’exception dont certaines pièces sont encore visibles, par exemples, à la Manufacture nationale de Sèvres ou au Musée national Adrien Dubouché de Limoges.

 

Également bibliophile et cartophile, Victor Collin de Plancy, lettré aux goûts assurés, a apporté des ouvrages et des témoignages qui ont concouru à la fondation des études coréennes en France. Avec attention, Stéphanie Brouillet, conseillère par ailleurs pour les musées à la direction régionale des affaires culturelles des Pays de la Loire et enseignante à l’université de Nantes, rend aussi dans cet ouvrage fort riche un juste hommage à plusieurs contemporains du diplomate. Ils ont, eux aussi, concouru à faire rayonner en leur temps la culture coréenne via les musées d’ethnographie du Trocadéro (cf. Charles Varat (1842 – 1893)) et Guimet, les écrits du professeur au collège impérial de Pékin, Anatole Billequin (1836 – 1894) ou encore les travaux bibliographiques exceptionnels du professeur de langue orientale Maurice Courant (1865 – 1935).

 

François Guilbert

 

Stéphanie Brouillet : Victor Collin de Plancy, entre France et Corée, Atelier des Cahiers, Paris, 2026, 220 p, 28 €

 

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