
Vingt ans après la vente controversée de Shin Corp au fonds singapourien Temasek, l’affaire continue de poursuivre Thaksin Shinawatra. L’ancien Premier ministre demande désormais à la justice de suspendre de nouvelles saisies de ses biens, alors qu’une dette fiscale de 17,6 milliards de bahts a été définitivement validée. Son argument : l’État aurait déjà récupéré une partie des sommes en cause dans une précédente confiscation.
Thaksin Shinawatra était de retour devant la justice mercredi 7 octobre à Bangkok. L’ancien Premier ministre a comparu devant la Cour fiscale centrale pour soutenir sa demande de protection provisoire contre de nouvelles saisies engagées par le Revenue Department. Le contentieux porte sur une dette fiscale d’environ 17,6 milliards de bahts, liée à la vente de Shin Corp en 2006.
Une affaire devenue historique
Pour comprendre l’importance du dossier, il faut revenir vingt ans en arrière. En janvier 2006, la famille Shinawatra avait vendu le contrôle de Shin Corp, groupe de télécommunications fondé par Thaksin, au fonds singapourien Temasek. L’opération avait déclenché une violente controverse sur les conflits d’intérêts et la fiscalité, alimentant la contestation contre le Premier ministre quelques mois avant le coup d’État militaire qui l’a renversé en septembre 2006.
Le contentieux fiscal qui en a découlé a ensuite traversé plusieurs juridictions et près de deux décennies de procédures. Cette partie est désormais tranchée. Dans un communiqué officiel du 5 juin 2026, le Revenue Department rappelle que la Cour suprême a définitivement validé l’évaluation fiscale et que l’administration poursuit depuis le recouvrement de la dette. Le fisc indique également rechercher les avoirs de Thaksin en Thaïlande et à l’étranger.
Ce que Thaksin conteste encore
La nouvelle procédure ne vise donc pas directement à faire annuler cette dette. La défense de Thaksin soutient que le fisc risque de récupérer une deuxième fois des sommes provenant de la même opération. Ses avocats rappellent qu’en 2010, la Cour suprême avait déjà ordonné la confiscation d’environ 46,37 milliards de bahts d’avoirs liés à sa fortune et aux actions Shin Corp.
Selon son avocat Winyat Chatmontree, les revenus servant aujourd’hui de base au recouvrement fiscal auraient déjà été compris dans les sommes saisies par l’État. C’est précisément ce point que Thaksin demande à la Cour fiscale centrale d’examiner avant que de nouvelles ventes ou saisies de biens n’interviennent.
Comptes bancaires, terrains et voitures
Selon la défense, le Revenue Department a déjà gelé environ 90 millions de bahts de dépôts bancaires et vise plusieurs terrains ainsi que cinq véhicules appartenant à l’ancien Premier ministre. Deux de ces voitures sont blindées. Thaksin a expliqué devant la Cour qu’elles étaient nécessaires à sa sécurité, évoquant plusieurs tentatives d’assassinat dont il affirme avoir été la cible lorsqu’il était au pouvoir.
Cet aspect spectaculaire reste toutefois secondaire. L’enjeu juridique est de savoir si le fisc peut poursuivre immédiatement le recouvrement et la vente éventuelle des biens alors qu’une procédure conteste les modalités mêmes de cette exécution.
Nouvelle audience en novembre
La Cour fiscale centrale doit poursuivre l’examen du dossier le 16 novembre, date annoncée pour les prochaines étapes procédurales. Le fond de l’affaire Shin Corp est donc aujourd’hui beaucoup plus clair qu’il ne l’était il y a encore quelques années : la dette fiscale elle-même a été validée définitivement ; le nouveau combat porte sur la manière dont l’État peut la recouvrer.
Vingt ans après la vente qui avait contribué à précipiter la chute politique de Thaksin, Shin Corp continue ainsi de produire ses effets devant les tribunaux thaïlandais.










