
La Malaisie veut reprendre le contrôle de l’enregistrement des réfugiés présents sur son territoire. Mais une condition annoncée mardi 13 octobre par le ministre de l’Intérieur pourrait laisser de nombreuses personnes à l’écart du nouveau dispositif. Pour les ressortissants birmans ayant fui la guerre ces dernières années, cette décision soulève de nouvelles interrogations sur leur avenir.
Janvier 2023, une frontière administrative
Devant la Chambre des représentants du Parlement malaisien, le ministre de l’Intérieur, Saifuddin Nasution Ismail, a confirmé que les réfugiés entrés dans le pays après janvier 2023 ne pourront pas prétendre au nouveau document national d’enregistrement des réfugiés, connu sous son acronyme malais DPP (Dokumen Pendaftaran Pelarian).
Le gouvernement entend réserver ce dispositif aux personnes arrivées au plus tard à cette date. Son objectif affiché est d’éviter que l’enregistrement ne devienne un facteur d’attraction pour de nouvelles arrivées irrégulières.
Cette restriction intervient alors que la Malaisie accueille depuis des décennies des populations ayant fui les conflits, les persécutions et l’instabilité politique dans les pays voisins. Les Birmans, parmi lesquels de nombreux Rohingyas, constituent de loin le groupe le plus important.
La date retenue par Kuala Lumpur soulève cependant une question majeure : quelle perspective sera offerte aux personnes qui ont fui la Birmanie après janvier 2023, alors que les combats et les déplacements de population se sont poursuivis bien au-delà ?
26 000 enregistrements prévus d’ici fin 2027
Le ministre a également précisé le calendrier gouvernemental. Les autorités souhaitent enregistrer environ 6 000 personnes en 2026, dont 4 010 se trouvant dans des centres de rétention de l’immigration et près de 2 000 vivant à l’extérieur de ces établissements. L’objectif serait ensuite porté à 20 000 enregistrements supplémentaires en 2027, soit quelque 26 000 personnes au total sur deux ans.
Le DPP doit permettre aux autorités malaisiennes de disposer de données plus précises sur les réfugiés : identité, âge, localisation, informations biométriques et résultats des vérifications de sécurité. Le gouvernement envisage également d’utiliser ces informations pour identifier des possibilités d’emploi dans les secteurs confrontés à des pénuries de main-d’œuvre.
Mais l’enregistrement ne constitue ni une reconnaissance automatique du statut de réfugié ni une garantie de résidence permanente. Le ministre avait d’ailleurs précisé en mai que le dispositif pouvait déboucher, selon les situations, sur un retour dans le pays d’origine, une réinstallation dans un pays tiers ou une expulsion.
Plus de 225 000 réfugiés et demandeurs d’asile
L’écart entre les ambitions gouvernementales et les besoins est considérable. Selon les données du Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR), 225 740 réfugiés et demandeurs d’asile étaient enregistrés en Malaisie en août 2026.
Près de 90 % sont originaires de Birmanie, notamment des Rohingyas et des membres d’autres minorités ethniques ayant fui les conflits ou les persécutions. Parmi les personnes enregistrées figurent plus de 72 000 enfants de moins de 18 ans.
Ces chiffres ne permettent toutefois pas de connaître précisément le nombre de réfugiés arrivés après janvier 2023. Le HCR précise que ses statistiques d’enregistrement ne correspondent pas nécessairement aux flux récents d’entrée sur le territoire. Il serait donc prématuré d’estimer combien de personnes seront directement exclues du dispositif malaisien.
Une politique qui se durcit
L’annonce du 13 octobre intervient dans un contexte particulièrement sensible. À la fin du mois de septembre, la Malaisie a organisé une première opération de retour de 1 476 ressortissants birmans. Les autorités présentent ces retours comme volontaires, mais des organisations internationales ont exprimé leurs inquiétudes concernant les conditions dans lesquelles ils sont organisés et les risques auxquels certaines personnes pourraient être exposées en Birmanie.
Le gouvernement malaisien doit simultanément répondre à plusieurs préoccupations : contrôler les entrées irrégulières, mieux identifier les étrangers présents sur son territoire, limiter le recours aux centres de rétention et répondre aux besoins de main-d’œuvre de son économie.
La situation des réfugiés en Malaisie présente une particularité juridique majeure. Le pays n’a jamais ratifié la Convention de Genève de 1951 relative au statut des réfugiés et ne dispose pas d’un véritable système national d’asile. Les personnes reconnues comme réfugiées par le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) ne bénéficient donc pas automatiquement d’un statut légal auprès des autorités malaisiennes. Faute de titre de séjour, elles peuvent être considérées comme des migrants en situation irrégulière.
Le HCR joue ainsi un rôle central dans l’identification et la protection de ces populations. Le nouveau mécanisme national d’enregistrement pourrait améliorer leur suivi administratif, mais il ne garantit pas, à lui seul, un droit au séjour ou une protection juridique équivalente à celle prévue par la Convention de Genève. Ses critères d’accès et ses conséquences pratiques restent donc déterminants.
Quel avenir pour ceux qui restent à l’écart ?
La déclaration du ministre ne signifie pas que tous les réfugiés arrivés après janvier 2023 seront automatiquement expulsés. Elle confirme, en revanche, qu’ils ne pourront pas bénéficier de cette procédure nationale d’enregistrement dans les conditions annoncées.
Le gouvernement n’a pas encore précisé, dans les déclarations consultées, quelles solutions administratives seront proposées aux personnes exclues du programme, notamment lorsqu’elles sont déjà enregistrées auprès du HCR. Pour des milliers de familles ayant quitté la Birmanie afin d’échapper aux combats, cette distinction pourrait devenir essentielle.
En fixant une date limite à son dispositif, Kuala Lumpur entend éviter d’encourager de nouveaux déplacements vers la Malaisie. Reste à savoir comment cette politique pourra s’appliquer à des populations dont beaucoup ne peuvent toujours pas envisager un retour dans leur pays.









