
La visite du vice-ministre thaïlandais de l’Intérieur, Phonphir Suwannachawi, à Phuket, vendredi 10 juillet, n’avait rien d’une simple inspection. Elle confirme que le gouvernement entend désormais appliquer sur le terrain la stratégie de reprise en main engagée depuis plusieurs semaines sur l’île.
Après le remplacement du gouverneur de Phuket, le renforcement des contrôles contre les prête-noms étrangers, la campagne de régularisation des hôtels sans licence et les premières procédures visant les occupations illégales du littoral, Bangkok s’attaque désormais à un autre dossier sensible : les constructions édifiées dans les espaces naturels protégés.
La visite ministérielle s’est concentrée sur le parc national de Sirinat, au nord-ouest de Phuket, où les autorités ont annulé plusieurs titres fonciers à l’issue de longues procédures judiciaires. Le Département des parcs nationaux a ordonné aux occupants de démonter les constructions édifiées illégalement, notamment sur la plage de Nai Thon. Si les propriétaires refusent d’exécuter ces décisions dans les délais impartis, les autorités saisiront la justice afin d’obtenir l’autorisation de procéder elles-mêmes aux démolitions. Elles réclameront ensuite aux contrevenants le remboursement des frais engagés.
Un changement de doctrine
Pour Bangkok, ces dossiers ne doivent plus être traités comme des affaires isolées. Le « Phuket Model » vise à coordonner l’action de l’ensemble des administrations concernées – ministère de l’Intérieur, ministère des Ressources naturelles et de l’Environnement, Département des terres, police et autorités provinciales – afin de réexaminer les titres fonciers contestés, récupérer les terrains publics occupés illégalement et faire appliquer les décisions de justice.
Le vice-ministre a insisté sur un principe simple : la loi doit s’appliquer de la même manière à tous. La valeur des investissements ou le prestige des établissements concernés ne sauraient justifier un traitement particulier.
Restaurer l’autorité de l’État
Cette évolution traduit un changement plus profond de gouvernance. Pendant plusieurs décennies, l’essor spectaculaire du tourisme et de l’immobilier à Phuket s’est accompagné de nombreux contentieux liés au foncier, à l’urbanisme et à l’occupation des espaces protégés. Les conflits entre intérêts privés, administrations et défenseurs de l’environnement ont régulièrement alimenté les tribunaux sans toujours déboucher sur l’exécution des décisions de justice.
Le gouvernement souhaite désormais rompre avec cette situation. En multipliant les contrôles et en accélérant l’application des décisions judiciaires, il entend restaurer l’autorité de l’État sur une île devenue l’une des vitrines économiques de la Thaïlande, mais aussi l’un de ses territoires les plus exposés aux pressions foncières.
Une séquence politique assumée
La visite du vice-ministre s’inscrit ainsi dans une séquence plus large que Gavroche suit depuis plusieurs semaines. Le changement de gouverneur, les enquêtes sur les réseaux de prête-noms, la régularisation des hôtels sans licence, les procédures engagées à Freedom Beach et les premières démolitions annoncées participent d’une même stratégie : remettre de l’ordre dans la gouvernance de Phuket et réaffirmer la primauté du droit sur les intérêts économiques.
Le gouvernement affirme qu’il examinera chaque dossier au cas par cas, sur la base des preuves disponibles et des décisions de justice. Il prévient toutefois les investisseurs, les opérateurs touristiques et les propriétaires fonciers : les autorités appliqueront désormais la loi sans faiblesse.
Chaque semaine, recevez notre lettre d’informations Gavroche Hebdo. Inscrivez-vous en cliquant ici










