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Singapour : la course à l’énergie pour alimenter sa croissance

Date de publication : 27/10/2026
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Singapour : la course à l’énergie pour alimenter sa croissance

Singapour produit 95 % de son électricité à partir de gaz importé. Une dépendance qui inquiète la cité-État, alors que les centres de données, l’intelligence artificielle et l’industrie des semi-conducteurs font grimper la consommation. Pour éviter que l’énergie ne freine sa croissance, le gouvernement vient de dévoiler un vaste programme d’investissements. Une stratégie qui concerne aussi la Thaïlande.

C’est l’un des paradoxes de Singapour. Devenue un pôle mondial de la finance et des nouvelles technologies, la cité-État reste presque entièrement dépendante de l’étranger pour produire son électricité. Le gaz naturel, importé par gazoducs ou par navires, fournit aujourd’hui environ 95 % de sa production électrique.

Une vulnérabilité récemment illustrée par la décision de l’Indonésie de réduire ses livraisons de gaz. Annoncée vendredi 23 octobre et appliquée dès le lendemain, cette réduction vise à privilégier les besoins énergétiques indonésiens. Les autorités singapouriennes assurent qu’elle représente moins de 2 % de leur consommation quotidienne de gaz et ne menace pas l’approvisionnement immédiat du pays.

Lundi 26 octobre, lors de la Singapore International Energy Week, le ministre chargé de l’Énergie et de l’Industrie, Tan See Leng, a présenté un vaste programme destiné à renforcer les capacités de production et à diversifier les approvisionnements. Cette stratégie, préparée de longue date, prend un relief particulier après les dernières décisions de Jakarta.

Cinq nouvelles centrales pour éviter la saturation

D’ici 2031, cinq nouvelles centrales électriques au gaz doivent entrer en service. Elles augmenteront d’environ 26 % la capacité de production du pays. Singapour prévoit également d’ouvrir un deuxième terminal de gaz naturel liquéfié d’ici 2030. Cette infrastructure lui permettra d’importer davantage de gaz par bateau et de réduire sa dépendance aux gazoducs régionaux.

Le pays prévoit par ailleurs d’investir jusqu’à 5,3 milliards de dollars singapouriens, soit environ 3,7 milliards d’euros, dans la modernisation et l’extension de son réseau électrique entre 2025 et 2029.

L’intelligence artificielle change la donne

Derrière cette course aux infrastructures se trouve une transformation profonde de l’économie singapourienne. Les centres de données, indispensables au développement de l’intelligence artificielle, et les usines de semi-conducteurs sont particulièrement gourmands en électricité. L’électrification progressive des transports accentue également la demande.

Selon les projections officielles, les besoins de puissance électrique lors des pics de consommation pourraient passer de 8,6 gigawatts en 2026 à 13 gigawatts en 2031, dans le scénario le plus élevé.

Singapour doit donc produire davantage, mais aussi sécuriser son approvisionnement pour préserver son attractivité auprès des investisseurs internationaux.

La Thaïlande, maillon du réseau énergétique régional

Cette stratégie concerne directement les voisins de Singapour, notamment la Thaïlande. Depuis 2022, le projet LTMS (Laos-Thaïlande-Malaisie-Singapour) permet d’acheminer de l’électricité hydroélectrique produite au Laos jusqu’à Singapour, en utilisant les réseaux thaïlandais et malaisien.

Un nouvel accord signé en janvier 2026 a relancé et renforcé ce dispositif. Il prévoit jusqu’à 100 mégawatts d’électricité laotienne et porte à 200 mégawatts la capacité totale des échanges, grâce à un apport complémentaire de la Malaisie.

La Thaïlande joue ainsi un rôle de transit stratégique dans l’intégration électrique de l’Asie du Sud-Est. Mais les deux pays sont aussi en concurrence pour attirer les investissements technologiques. Bangkok cherche à développer ses propres centres de données, notamment dans le corridor économique oriental. En janvier 2026, les autorités thaïlandaises ont approuvé sept projets représentant plus de 96 milliards de bahts d’investissements.

Dans cette compétition régionale, la disponibilité d’une électricité fiable et à prix compétitif devient un argument décisif.

Des réserves de pétrole saoudien sous terre

Singapour cherche enfin à renforcer ses réserves énergétiques. Un accord préliminaire conclu avec Saudi Aramco prévoit le stockage de pétrole brut saoudien dans les cavernes souterraines de Jurong Island, avec un démarrage envisagé au second semestre 2027. Les modalités définitives restent toutefois à négocier.

Pour la cité-État, l’enjeu dépasse désormais la seule sécurité des approvisionnements. Il s’agit de continuer à attirer les industries de pointe, tout en maîtrisant les coûts énergétiques et en préparant la transition vers des sources d’électricité moins carbonées.

À mesure que l’intelligence artificielle transforme les économies asiatiques, l’accès à l’énergie devient un facteur majeur de compétitivité. Singapour entend conserver son avance, mais ses voisins, Thaïlande comprise, poursuivent les mêmes ambitions.

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