
Chaque jour, des visiteurs franchissent les portes de l’Alliance française de Bangkok en passant devant « Attraction II ». Beaucoup ignorent que cette sculpture en bronze est l’œuvre d’une artiste française qui avait choisi la Thaïlande comme terre de création. Dix ans après la disparition de Valérie Goutard (1967-2016), l’Alliance française rend hommage à celle dont les œuvres continuent de dialoguer avec le public thaïlandais.
Installée devant l’Alliance française depuis 2018, « Attraction II » est devenue un repère familier pour les visiteurs. À travers ses lignes épurées et ses formes abstraites, l’œuvre invite à réfléchir aux liens qui unissent les êtres humains, un thème qui traversait toute la création de l’artiste.
Une Française qui avait fait de la Thaïlande son atelier
Arrivée en Thaïlande en 2004, Valérie Goutard découvre les techniques traditionnelles de la fonte du bronze auprès des artisans thaïlandais. Cette rencontre transforme profondément son travail. En associant le savoir-faire des fondeurs du royaume à une approche résolument contemporaine, elle développe un style immédiatement reconnaissable, fondé sur l’équilibre, le mouvement et l’abstraction.
Son parcours est salué en 2015 par le Trophée des Français de l’étranger dans la catégorie « Art de vivre », récompensant une carrière largement construite en Asie.
La disparition accidentelle de l’artiste, en octobre 2016, à l’âge de 49 ans, avait suscité une vive émotion au sein de la communauté française de Thaïlande. Pourtant, son œuvre n’a jamais cessé de vivre.
Des sculptures devenues familières aux Thaïlandais
Valérie Goutard laisse derrière elle 341 sculptures, aujourd’hui présentes dans des collections publiques et privées à travers le monde.
En Thaïlande, plusieurs de ses créations sont devenues des repères pour les amateurs d’art contemporain. Outre « Attraction II » à l’Alliance française de Bangkok, on retrouve « Inle Balance III » au Sofitel Bangkok Sukhumvit et « Ville Fantastique II » dans le parc Benchasiri, au cœur de la capitale.
Mais c’est sans doute « Ocean Utopia » qui illustre le mieux l’originalité de sa démarche artistique.

Quand la nature devient co-auteur de l’œuvre
Installée en 2016 au large de Koh Tao, cette création imaginée par Valérie Goutard et son époux Frédéric Morel dépasse le cadre de la sculpture traditionnelle. L’artiste souhaitait utiliser l’art contemporain pour contribuer à la régénération des récifs coralliens.
Son ambition était audacieuse : faire des coraux, des poissons et de toute la vie marine les véritables co-auteurs de son œuvre. Au fil du temps, la nature devait devenir le troisième matériau de cette création, après le bronze et le béton.
Près de dix ans plus tard, le pari est largement réussi. Colonisée par les coraux et une riche biodiversité, Ocean Utopia est devenue un récif vivant, démontrant que l’art peut aussi contribuer à la restauration des écosystèmes marins.
Un héritage qui dépasse les galeries
En commémorant le dixième anniversaire de sa disparition, l’Alliance française ne célèbre pas seulement une artiste. Elle rappelle le parcours d’une Française qui a su faire dialoguer la création contemporaine, le savoir-faire des artisans thaïlandais et, avec Ocean Utopia, les enjeux de la préservation du monde marin.
Rares sont les artistes français dont les œuvres se sont durablement inscrites dans le paysage thaïlandais. À Bangkok comme sous les eaux de Koh Tao, celles de Valérie Goutard continuent de vivre, d’évoluer et de raconter une histoire singulière, à la croisée de l’art, de la nature et de l’amitié franco-thaïlandaise.










