
La dette moyenne des ménages thaïlandais endettés atteint 794 945 bahts en 2026, son plus haut niveau depuis le lancement de l’enquête annuelle de l’Université de la Chambre de commerce thaïlandaise (UTCC) en 2009. Derrière l’amélioration du ratio dette/PIB, les difficultés de remboursement restent fortes et une partie des ménages utilise désormais le crédit pour financer ses dépenses courantes.
La dette des ménages thaïlandais diminue lorsqu’on la rapporte à la taille de l’économie. Mais pour ceux qui ont emprunté, la situation ne s’améliore pas nécessairement.
Selon l’enquête 2026 de l’Université de la Chambre de commerce thaïlandaise (UTCC), les ménages endettés doivent désormais 794 945 bahts en moyenne, soit un peu plus de 20 000 euros. Le montant atteignait 740 597 bahts en 2025 : la hausse est donc de 7,3 % en un an.
Il s’agit du niveau le plus élevé observé depuis le lancement de cette enquête en 2009.
L’étude, menée du 7 au 13 septembre auprès de 1 720 personnes à travers le royaume, montre également l’ampleur du phénomène : 91,8 % des personnes interrogées déclarent avoir des dettes, même si cette proportion recule par rapport aux 95,1 % enregistrés en 2025.
Près de 22 000 bahts à rembourser chaque mois
La charge mensuelle augmente elle aussi. Les ménages concernés remboursent en moyenne 21 935 bahts par mois, soit environ 570 euros. Ce montant progresse de 8,1 % en un an, légèrement plus rapidement que la dette elle-même.
Pour Thanavath Phonvichai, président de l’UTCC et conseiller en chef de son Centre de prévisions économiques et commerciales, l’endettement reste ainsi un problème structurel de l’économie thaïlandaise.
La faiblesse de la progression des revenus oblige certains ménages à emprunter simplement pour maintenir leur niveau de consommation.
C’est l’un des enseignements les plus significatifs de l’enquête : parmi les personnes utilisant cartes de crédit et prêts personnels, 23,6 % disent emprunter pour financer leurs dépenses courantes. Et 12,1 % utilisent un nouvel emprunt pour rembourser une dette déjà existante.
Cartes de crédit et paiement fractionné progressent
Les cartes de crédit constituent désormais la forme d’endettement la plus fréquemment citée, par 55,1 % des répondants. Elles devancent les prêts personnels (45,8 %), les crédits automobiles (41,9 %), les prêts professionnels (33,6 %) et les crédits immobiliers (27,2 %).
Le paiement différé ou fractionné connaît également une forte progression. Les formules « Buy Now, Pay Later », qui permettent d’acheter immédiatement et de payer ultérieurement ou en plusieurs fois, concernent 14,2 % des personnes interrogées, contre seulement 6,2 % un an auparavant.
Les difficultés de trésorerie touchent également les petits entrepreneurs. Parmi ceux ayant contracté un emprunt professionnel, 57,2 % utilisent désormais cet argent comme fonds de roulement ou pour soutenir leur trésorerie, contre 32,5 % en 2025.
Le poids particulier de la dette informelle
Pour comprendre l’endettement en Thaïlande, il faut aussi tenir compte d’un phénomène moins familier au lecteur européen : le crédit informel.
Une partie de la population emprunte en dehors des banques et des organismes financiers réglementés, notamment auprès de prêteurs privés. Ces crédits peuvent être beaucoup plus coûteux et offrir moins de protection aux emprunteurs.
Ils représentent encore 22,8 % des dettes déclarées dans l’enquête, contre 77,2 % pour les dettes contractées dans le système financier formel.
Une amélioration apparaît toutefois : 72 % des personnes endettées déclarent désormais n’avoir que des dettes formelles, contre 50,9 % en 2025. La proportion de celles qui dépendent exclusivement du crédit informel chute de 15,4 % à 5 %.
Deux tiers ont connu un incident de paiement
La fragilité financière apparaît surtout dans la capacité de remboursement. 67,5 % des personnes endettées interrogées déclarent avoir connu au moins un retard ou un défaut de paiement au cours des douze derniers mois.
Ce chiffre ne signifie pas que deux tiers des emprunteurs thaïlandais sont aujourd’hui en défaut. Au moment de l’enquête, 73,1 % affirment encore pouvoir honorer normalement leurs échéances.
Mais 16,1 % estiment ne pouvoir continuer à le faire que pendant six mois au maximum, 8,9 % pendant trois mois et 1,9 % déclarent ne plus être en mesure de rembourser.
Les dépenses imprévues constituent la première cause des incidents de paiement, devant la baisse des revenus et la mauvaise conjoncture économique.
Un paradoxe thaïlandais
À l’échelle du pays, la dette des ménages pourrait atteindre 16 500 à 16 600 milliards de bahts à la fin de 2026, selon l’UTCC. Pourtant, son poids rapporté au PIB pourrait continuer à diminuer et revenir autour de 84 %.
Cette évolution, a priori favorable, doit être interprétée avec prudence. Elle tient notamment au durcissement des conditions de crédit : les banques accordent moins facilement de nouveaux prêts, ce qui ralentit mécaniquement la progression de l’endettement.
Autrement dit, la baisse du ratio dette/PIB ne signifie pas nécessairement que les ménages déjà endettés respirent davantage. C’est précisément le signal envoyé par l’enquête de l’UTCC : la dette progresse moins vite à l’échelle de l’économie, mais elle reste lourde pour ceux qui doivent la rembourser.
Le problème des revenus
Les réponses des ménages montrent enfin que le problème est perçu avant tout comme une question de revenus. Lorsqu’on leur demande comment réduire durablement l’endettement, 20,7 % citent en priorité l’augmentation des revenus ou des salaires, devant l’éducation financière (17,7 %), l’amélioration de la protection sociale (16,3 %) et la restructuration des dettes (15,4 %).
Leur confiance pour les prochains mois reste limitée : 44,1 % des personnes interrogées anticipent une dégradation, légère ou importante, de la situation de l’endettement, tandis que moins de 10 % envisagent une amélioration.
Pour l’économie thaïlandaise, l’enjeu dépasse donc le niveau spectaculaire des près de 800 000 bahts de dette moyenne. L’enquête montre surtout que, pour une partie des ménages, le crédit ne finance plus seulement une voiture, un logement ou un investissement : il sert désormais à boucler les fins de mois ou à rembourser des emprunts antérieurs.
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