
Présent en Thaïlande depuis près de trente ans, Saint-Gobain affirme avoir réduit de 44 % ses émissions de CO₂ par rapport à 2017. Derrière la récompense récemment décernée au groupe français par la Chambre de commerce franco-thaïe se dessine un enjeu beaucoup plus large : comment décarboner une industrie de la construction fortement consommatrice de matières premières, d’énergie et d’eau ?
Gavroche avait annoncé en septembre les quatre lauréats des premiers FTCC Business Awards. Saint-Gobain Thailand avait alors remporté le Sustainable Impact Award. La Chambre de commerce franco-thaïe détaille désormais les performances environnementales présentées par l’entreprise pour justifier cette distinction.
Le sujet dépasse cependant celui d’un trophée d’entreprise. La Thaïlande vient de relever fortement ses ambitions climatiques : elle prévoit de ramener ses émissions nettes de gaz à effet de serre à 152 millions de tonnes équivalent CO₂ en 2035, soit une baisse de 47 % par rapport à 2019, avant d’atteindre la neutralité carbone en 2050. L’industrie devra nécessairement participer à cet effort.
Six usines en Thaïlande
Saint-Gobain constitue à cet égard un cas intéressant. Le groupe français est implanté dans le royaume depuis les années 1990 et y emploie aujourd’hui plus de 800 personnes sur six sites de production. Ses activités thaïlandaises couvrent notamment les plaques de plâtre, les mortiers et colles pour la construction, le verre automobile, les abrasifs et les plastiques techniques. Ses usines sont notamment présentes à Laem Chabang, Rayong, Saraburi et Nakhon Pathom.
Autrement dit, la question environnementale ne concerne pas seulement les bâtiments une fois construits : elle commence dans les usines qui fabriquent leurs matériaux.
44 % de CO₂ en moins depuis 2017
Selon les données communiquées par Saint-Gobain Thailand à la FTCC, ses émissions de CO₂ ont diminué de 44 % par rapport à 2017. L’entreprise fait également état d’une baisse de 53 % de ses prélèvements d’eau et de 96 % de ses rejets d’eau. Le groupe agit aussi sur les déchets industriels et ceux issus des chantiers. Saint-Gobain Thailand indique valoriser désormais 94,8 % de ses déchets et avoir recyclé 98,48 tonnes de déchets de construction, notamment grâce à la récupération du gypse, qui peut être réintroduit dans la fabrication de nouvelles plaques.
Ces chiffres, fournis par l’entreprise et repris par la FTCC, doivent toutefois être replacés dans leur contexte. La communication accompagnant le prix ne précise pas le périmètre exact ni la période couverte par chacun de ces indicateurs. Pour les émissions de CO₂, elle indique seulement que la comparaison est établie avec 2017.
Le bâtiment face au défi climatique thaïlandais
C’est probablement là que l’expérience de Saint-Gobain devient plus intéressante que le prix lui-même. Réduire l’empreinte du bâtiment ne consiste plus seulement à construire des immeubles consommant moins d’électricité. Les fabricants doivent désormais s’intéresser à l’ensemble du cycle de vie des matériaux : matières premières utilisées, énergie nécessaire à leur fabrication, eau consommée, transport, déchets produits et possibilité de recycler les matériaux après leur utilisation.
Saint-Gobain développe ainsi en Thaïlande des déclarations environnementales de produits fondées sur l’analyse de leur cycle de vie. Le groupe cherche parallèlement à augmenter la proportion de matières recyclées incorporées dans ses produits et à développer des circuits permettant de récupérer certains déchets de chantier.
Pour Anupong Rongluengaram, directeur général du cluster Saint-Gobain Thailand, la distinction de la FTCC récompense justement la volonté de rendre les engagements environnementaux du groupe « mesurables et concrets ».
Un test grandeur nature
La question sera désormais de savoir jusqu’où cette transformation peut aller. Les objectifs climatiques thaïlandais impliquent une réduction importante des émissions de l’économie au cours de la prochaine décennie. Les industriels devront donc conjuguer croissance de la demande, compétitivité et réduction de leur empreinte environnementale.
Pour Saint-Gobain, qui prévoit de poursuivre ses investissements dans la décarbonation, le recyclage et la gestion de l’eau jusqu’en 2030, ses six usines thaïlandaises constituent ainsi un test grandeur nature de cette transition industrielle.
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