
Avant même que le futur crématorium royal ne s’élève sur l’esplanade de Sanam Luang, face au Grand Palais de Bangkok, des artisans travaillent déjà depuis plusieurs mois dans la discrétion de leurs ateliers. Leur mission : concevoir les décors qui accompagneront les funérailles de Sa Majesté la reine Sirikit, prévues en novembre prochain.
Ces femmes et ces hommes appartiennent au Bureau des Dix Métiers, une institution du Département des Beaux-Arts chargée de préserver les savoir-faire traditionnels de la cour royale. Peintres, sculpteurs, doreurs ou dessinateurs perpétuent des techniques transmises depuis des générations pour les grandes cérémonies de la monarchie thaïlandaise.
Un monument éphémère, un travail de plusieurs mois
En Thaïlande, les funérailles d’un souverain ou d’un membre de la famille royale donnent lieu à la construction d’un crématorium monumental, appelé Phra Merumas. Édifié spécialement pour la cérémonie, cet édifice symbolise le mont Meru, demeure des dieux dans les traditions hindoue et bouddhique. Une fois les funérailles terminées, il est entièrement démonté.
Mais avant l’assemblage du monument commence un travail beaucoup moins visible : celui des artisans qui dessinent, peignent et conçoivent chaque élément décoratif.

Chaque trait raconte une histoire
Sur leurs tables de travail s’accumulent croquis, photographies anciennes, ouvrages de référence et dessins préparatoires. Rien n’est improvisé.
Les artistes élaborent d’abord des dessins préparatoires à la main en s’inspirant des codes de l’art traditionnel thaïlandais. Ils affinent ensuite chaque composition avant d’y appliquer les couleurs et de la reproduire à grande échelle sur les parois du futur crématorium royal.
Dans cette tradition, les décors ne sont jamais de simples ornements. Chaque fleur, chaque animal et chaque couleur transmettent un message lié à la personne honorée.

Les symboles d’un hommage royal
Les artisans peindront le fond des panneaux en bleu clair, la couleur associée au jour de naissance de la reine Sirikit.
Ils ont également retenu plusieurs symboles étroitement liés à la souveraine.
Le jasmin, fleur de la Fête des mères en Thaïlande, rappelle son rôle de « mère de la nation ». Le lotus Queen Sirikit, une variété portant le nom de la souveraine, occupe également une place centrale dans les compositions florales.
Les décors intègrent enfin des cygnes, symbole de noblesse, de grâce et d’élégance dans l’iconographie thaïlandaise. Tenant des bouquets de fleurs, ils expriment le respect rendu à la reine.
Un patrimoine vivant
Le projet est dirigé par Kiattisak Suwannaphong, maître peintre du Bureau des Dix Métiers. Les équipes travaillent actuellement à la mise en couleurs des motifs avant leur installation sur le futur crématorium royal.
Au-delà de l’hommage rendu à la reine Sirikit, ces ateliers témoignent d’un patrimoine vivant. Pendant plusieurs mois, des artisans mettent en œuvre des techniques ancestrales pour créer un décor où chaque détail possède une signification religieuse, historique et symbolique.
À travers ces dessins préparatoires et ces motifs richement colorés, c’est toute une tradition artistique qui se transmet, loin des regards, avant de prendre place au cœur de l’une des cérémonies les plus solennelles de la monarchie.
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