
La Thaïlande tiendra des élections législatives le 8 février. Ce scrutin s’annonce comme une compétition à trois blocs et constitue un nouvel épisode de la rivalité politique persistante entre les forces progressistes, populistes et conservatrices du pays.
Qui est le mieux placé pour gagner ?
Les enquêtes d’opinion placent régulièrement le People’s Party (Parti du Peuple) en tête des intentions de vote en Thaïlande. Porté par un programme axé sur les réformes et par une forte présence sur les réseaux sociaux, le parti bénéficie d’un soutien marqué parmi les jeunes et les électeurs des zones urbaines.
Son prédécesseur, le parti Move Forward, avait remporté les élections de 2023 en raflant la quasi-totalité des sièges à Bangkok. Toutefois, malgré une alliance conclue avec le Pheu Thai, il n’était pas parvenu à former un gouvernement, faute d’un soutien suffisant au Sénat.
Selon un sondage réalisé du 16 au 28 janvier par l’université Suan Dusit, le People’s Party arrive en tête avec 36 % des intentions de vote, devant le Pheu Thai (22,1 %) et le Bhumjaithai (18,9 %), le parti du Premier ministre Anutin Charnvirakul. Une enquête distincte de l’Institut national de développement de l’administration (NIDA) aboutit à des résultats comparables.
Lors des élections de 2023, le parti prédécesseur du People’s Party avait remporté 151 sièges sur 500, le Pheu Thai 141, et le Bhumjaithai 71.
Le vainqueur pourra-t-il former un gouvernement ?
Aucun des trois principaux partis ne devrait décrocher la majorité absolue, rendant la formation d’une coalition quasiment inévitable. Celle-ci pourrait toutefois s’avérer complexe, en raison de rivalités idéologiques marquées et de tensions politiques récentes.
Le People’s Party bénéficie d’un solide soutien électoral, mais pourrait rencontrer des difficultés pour bâtir une coalition. À l’inverse, Anutin, chef du Bhumjaithai, est réputé pour ses talents de négociateur et pour ses appuis au sein de cercles conservateurs influents.
Longtemps force politique dominante et étroitement lié à la famille milliardaire Shinawatra, le Pheu Thai conserve d’importantes ressources organisationnelles et financières. Il est toutefois affaibli par un recul de sa popularité et par des défections internes. Dans ce contexte, plusieurs analystes jugent qu’une alliance entre le Pheu Thai et le Bhumjaithai constitue l’hypothèse la plus plausible.
Quels défis pour le People’s Party ?
Malgré sa position favorable, le People’s Party se heurte à de fortes résistances. Son programme libéral et réformateur — qui prévoit notamment la lutte contre les monopoles ainsi que des réformes de l’armée et du système judiciaire — remet en cause l’ordre établi et les intérêts des élites économiques, militaires et royalistes.
Ses prédécesseurs ont déjà été dissous par la justice : Future Forward en 2020 pour financement illégal, puis Move Forward après les élections de 2023, en raison de ses propositions de réforme de la loi protégeant la monarchie. Le mouvement s’est ensuite reconstitué sous le nom de People’s Party, en référence au Khana Ratsadon, le groupe à l’origine de la révolution de 1932 qui mit fin à la monarchie absolue en Thaïlande.
Actuellement, la Commission nationale anticorruption enquête sur 44 anciens députés de Move Forward, dont 15 membres du People’s Party, parmi lesquels deux candidats au poste de Premier ministre. Ils pourraient être frappés d’interdictions politiques.
Anutin peut-il l’emporter ?
Âgé de 59 ans, Anutin Charnvirakul est un homme politique pragmatique et un royaliste assumé. Son accession au poste de Premier ministre en septembre dernier, à la suite de la destitution judiciaire de Paetongtarn Shinawatra, a mis en lumière sa capacité à manœuvrer rapidement et à tirer parti des rapports de force. Pour se maintenir au pouvoir, il devra désormais consolider l’influence du Bhumjaithai et s’appuyer sur ses réseaux au sein de l’establishment thaïlandais afin de bâtir une coalition capable de contenir la montée du People’s Party.
Comment le Premier ministre est-il choisi ?
Chaque parti peut proposer jusqu’à trois candidats au poste de Premier ministre. Tout parti disposant d’au moins 25 sièges a le droit de présenter un candidat au vote du Parlement. Pour être élu, celui-ci doit recueillir la majorité absolue des 500 députés. En cas d’échec, la procédure est reconduite autant de fois que nécessaire, sans échéance fixée, jusqu’à la désignation d’un Premier ministre.
Chaque semaine, recevez notre lettre d’informations Gavroche Hebdo. Inscrivez-vous en cliquant ici.








