
L’avenir du Royal Orchid Sheraton Riverside Bangkok, l’un des hôtels emblématiques des rives du Chao Phraya, est désormais incertain. Faute d’avoir exercé dans les délais son option de rachat, son propriétaire historique, Royal Orchid Hotel (Thailand) (ROH), fait face à une procédure judiciaire qui pourrait déboucher sur la vente aux enchères de l’établissement.
Si le litige porte avant tout sur un contrat financier, il concerne aussi l’un des actifs hôteliers les plus connus de la capitale thaïlandaise, convoité par plusieurs investisseurs.
Un hôtel emblématique au cœur d’un bras de fer
Ouvert il y a plus de quarante ans sur les rives du Chao Phraya, le Royal Orchid Sheraton figure parmi les hôtels historiques de Bangkok. Sa localisation privilégiée, à proximité des principaux quartiers d’affaires et des sites touristiques, en fait une adresse réputée auprès de la clientèle internationale.
L’établissement continue d’accueillir normalement ses clients sous l’enseigne Sheraton. En revanche, son avenir juridique reste suspendu à l’issue d’un différend opposant son ancien propriétaire au fonds immobilier qui détient désormais l’actif.
Une option de rachat arrivée à échéance
En 2021, le fonds immobilier Grand Royal Orchid Hospitality Real Estate Investment Trust (GROREIT) a acquis l’hôtel pour environ 4,5 milliards de bahts, dans le cadre d’un accord prévoyant que Royal Orchid Hotel pourrait le racheter dans un délai de cinq ans.
Cette période a pris fin le 14 juillet 2026. Selon One Asset Management (ONEAM), gestionnaire du fonds, ROH n’a pas procédé au rachat pour le montant convenu de 4,873 milliards de bahts, hors TVA, avant l’échéance contractuelle.
Le fonds estime donc que le contrat n’a pas été respecté et a engagé les procédures prévues pour protéger les intérêts des investisseurs.
Trente jours avant une possible action en justice
Conformément au contrat, ROH dispose désormais de 30 jours pour restituer la possession de l’hôtel au fonds. À défaut, ONEAM prévoit d’engager une action en justice pour rupture de contrat.
Une fois ce délai écoulé, le gestionnaire envisage de réunir les détenteurs de parts afin d’obtenir leur accord pour organiser la vente aux enchères de l’hôtel. Le produit de cette vente servirait ensuite à rembourser les investisseurs, une opération que ONEAM espère finaliser d’ici janvier 2027.
Deux versions d’un même dossier
Les deux parties divergent toutefois sur les raisons de l’échec du rachat. Selon ONEAM, Royal Orchid Hotel disposait de cinq années pour réunir son financement et avait été averti à plusieurs reprises de l’approche de l’échéance. Malgré ces rappels, la société n’a pas été en mesure de finaliser l’opération dans les délais.
Royal Orchid Hotel conteste cette lecture. Son directeur général, Vitavas Vibhagool, affirme que le financement avait bien été sécurisé grâce au soutien d’OCP Asia, un gestionnaire singapourien spécialisé dans le crédit privé. Une ligne de financement d’environ 187 millions de dollars, soit près de 5,7 milliards de bahts, avait été approuvée afin de financer le rachat de l’hôtel, ainsi que des travaux de rénovation et les besoins en fonds de roulement.
Selon ROH, ce sont des désaccords de dernière minute sur les modalités de paiement et le calendrier du transfert de propriété qui ont empêché la conclusion de la transaction avant la date limite.
Un actif qui suscite déjà des convoitises
ONEAM se montre néanmoins confiant quant à la valeur de l’établissement. Le gestionnaire indique que plusieurs investisseurs thaïlandais et internationaux ont manifesté leur intérêt pour le Royal Orchid Sheraton au cours des derniers mois. Si une vente aux enchères devait avoir lieu, ROH pourrait y participer, mais dans les mêmes conditions que les autres candidats.
Le gestionnaire a par ailleurs informé Marriott International, via la marque Sheraton, qu’il souhaitait maintenir l’exploitation de l’hôtel pendant toute la durée de la procédure, afin d’assurer la continuité de l’activité.
Un dossier suivi de près par le secteur hôtelier
Au-delà du sort du Royal Orchid Sheraton, cette affaire est observée avec attention par les professionnels de l’immobilier et de l’hôtellerie en Thaïlande.
Elle met en lumière les enjeux liés au financement des grands actifs hôteliers et pourrait constituer un précédent pour les opérations réalisées via des fonds d’investissement immobiliers. Pour l’heure, les clients de l’hôtel ne devraient constater aucun changement, mais l’identité de son futur propriétaire reste plus incertaine que jamais.
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