
Après plusieurs arrestations liées à un important trafic de diamants introduits illégalement au Vietnam, l’enquête vise désormais des responsables de deux des plus importantes entreprises de joaillerie du pays. Cette affaire, qui ébranle la confiance des consommateurs, met en lumière les failles des circuits d’approvisionnement et des contrôles dans un secteur stratégique.
L’enquête sur un réseau de contrebande de diamants prend une nouvelle dimension au Vietnam. Cette semaine, la police de la province de Thanh Hóa a annoncé la mise en examen de quatre personnes, dont le responsable du département commercial de Saigon Jewelry Company (SJC), l’entreprise publique de référence dans le secteur de la joaillerie et des métaux précieux.
Selon les enquêteurs, plus de 3 400 diamants introduits illégalement auraient été intégrés au réseau de distribution de SJC. Les pierres précieuses auraient été enregistrées dans les systèmes de l’entreprise comme si elles provenaient de rachats effectués auprès de particuliers, permettant ainsi de masquer leur véritable origine.
L’enquête évoque également le rôle qu’aurait joué, à une certaine période, Lê Thuy Hang, ancienne directrice générale de SJC. Déjà condamnée à 25 ans de prison pour détournement de fonds et abus de pouvoir dans une autre affaire liée à la production et à la commercialisation illégales de lingots d’or destinés au fonds de stabilisation de l’État, elle apparaît désormais dans ce nouveau dossier.
Deux grands acteurs de la joaillerie concernés
Quelques semaines auparavant, toujours dans la province de Thanh Hóa, la police avait déjà arrêté 22 personnes soupçonnées d’avoir participé à un trafic de diamants importés clandestinement depuis Hong Kong, les pierres étant originaires d’Inde.
Parmi les personnes interpellées figurait notamment l’ancien responsable de P-Lab, le laboratoire de certification appartenant à Phu Nhuan Jewelry (PNJ), premier groupe privé de joaillerie coté à la Bourse vietnamienne.
Les enquêteurs estiment que le réseau aurait fait entrer plus de 28 000 diamants au Vietnam lors de 141 voyages effectués depuis 2024. Les pierres étaient dissimulées dans des chaussures, des vêtements ou des bagages afin d’échapper aux contrôles douaniers.
Les autorités vietnamiennes n’ont pas établi de lien officiel entre cette affaire et celle impliquant SJC. Toutefois, la proximité des dossiers, la nature des infractions et les filières d’approvisionnement évoquées alimentent les interrogations sur une éventuelle connexion entre plusieurs réseaux de contrebande.
Un secteur fragilisé
L’affaire dépasse désormais le seul cadre judiciaire. Après les premières révélations, le titre de PNJ avait reculé en Bourse. La présidente du groupe avait alors assuré aux investisseurs qu’aucun diamant de contrebande n’avait intégré la chaîne d’approvisionnement de l’entreprise. Les nouveaux développements concernant SJC risquent toutefois d’alimenter les interrogations des consommateurs et des marchés sur l’ampleur réelle du trafic et sur l’efficacité des contrôles exercés dans le secteur.
De nombreux Vietnamiens cherchent désormais à faire authentifier leurs diamants ou à les revendre, tandis que certaines bijouteries ralentissent les procédures de reprise face à l’incertitude actuelle.
Les forces de l’ordre ont déjà saisi plus de 1 000 diamants lors des perquisitions menées dans plusieurs entreprises et commerces. Dans différentes villes, y compris à Hô-Chi-Minh-Ville, certaines bijouteries ont temporairement suspendu leur activité.
D’autres développements attendus
L’enquête pourrait encore connaître de nouveaux rebondissements. L’ampleur des saisies et le nombre de personnes mises en cause laissent penser que les investigations sont loin d’être terminées, même si les autorités n’ont pas indiqué si d’autres entreprises étaient concernées.
Parallèlement, dans une affaire présentée comme distincte, un ressortissant indien doit comparaître la semaine prochaine devant un tribunal de Hô-Chi-Minh-Ville. Il est accusé d’avoir introduit près de 1 500 diamants au Vietnam lors de cinq voyages effectués entre 2023 et 2024. Lors de son dernier passage à l’aéroport de Tân Sơn Nhất, les douaniers avaient découvert 715 diamants dissimulés dans ses vêtements.
Ces différentes procédures illustrent l’ampleur prise par les filières de contrebande de pierres précieuses au Vietnam et les défis auxquels sont confrontées les autorités pour sécuriser un marché en pleine expansion.
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