
Gavroche a sélectionné pour vous quelques nouvelles saillantes en Birmanie durant cette semaine écoulée. Un survol de l’actualité indispensable pour tous ceux qui s’intéressent à ce pays d’Asie du Sud-Est.
Politique, Diplomatie
Dans l’ensemble des parlements du pays, l’USDP, parti soutenu par le régime militaire, enregistre de bons résultats lors de la seconde manche des élections générales. La tendance apparaît particulièrement nette à la Chambre basse, dont les résultats sont publiés plus rapidement. Le parti aurait remporté 86 % des sièges en jeu le 11 janvier, un score en très léger recul par rapport au scrutin organisé quinze jours plus tôt (-1,25 %). Dans les régions majoritairement bamar, principal bastion de la Tatmadaw, l’USDP réalise plusieurs grands chelems, notamment dans les régions d’Ayeyarwady, de Bago et de Mandalay. Le parti affiche toutefois une performance plus modeste dans l’État Môn. Il demeure néanmoins, à l’échelle nationale, dans une position largement dominante, proche de l’hégémonie.
Le lundi 12 janvier 2026, le Rapporteur spécial des Nations unies sur la situation des droits de l’homme en Birmanie, Tom Andrews, a publié un communiqué appelant les États membres à ne pas reconnaître les résultats de ce qu’il qualifie d’« élections fictives ». Le rapport affirme que la junte a exercé des pressions systématiques sur des fonctionnaires et des personnes déplacées internes afin de les contraindre à participer au scrutin. Les Nations unies indiquent également que plus de 200 personnes ont été arrêtées au cours de la semaine pour avoir critiqué publiquement le processus électoral ou appelé à son boycott. Cette position s’inscrit dans la ligne constante des Nations unies et des pays occidentaux, qui contestent depuis plusieurs années la légitimité démocratique du régime militaire birman, sans pour autant refléter un consensus international.
L’absence de la conseillère d’État déchue, Aung San Suu Kyi, a été au cœur des débats politiques cette semaine. Le 12 janvier, des rapports ont confirmé que la junte avait organisé le vote dans le district de Kawhmu, le siège historique de Suu Kyi, affirmant que l’USDP y avait « remporté » le scrutin. Cette déclaration a été dénoncée par le Gouvernement d’unité nationale (NUG) comme une insulte à la volonté populaire. Malgré les rumeurs sur son état de santé à 80 ans, aucun contact n’a été autorisé avec elle durant la semaine. Son fils, Kim Aris, a de nouveau alerté sur son isolement, qualifiant les manœuvres électorales de la junte de « façade pathétique ».
Le mardi 13 janvier 2026, les agences humanitaires des Nations unies ont présenté leur plan d’intervention annuel, appelant à une mobilisation de 800 millions de dollars afin d’assister 3,5 millions de personnes déplacées internes en Birmanie. Le rapport indique que l’insécurité liée au processus électoral a fortement perturbé, durant la semaine du 12 janvier, l’acheminement de l’aide alimentaire et médicale. Les agences onusiennes font état d’allégations selon lesquelles les autorités militaires restreindraient l’accès à l’aide humanitaire aux seules zones ayant participé au scrutin. Face à cette situation, le Secrétaire général de l’ONU a de nouveau appelé à un accès humanitaire sans entrave et à l’arrêt immédiat des frappes aériennes visant les populations civiles.
Économie
La Banque centrale de Birmanie (CBM) a annoncé cette semaine une mesure destinée à soutenir les exportations. Par la notification n° 2/2026, appliquée rétroactivement au 1er janvier et confirmée lors des sessions techniques du mercredi 14 janvier 2026, l’obligation de conversion des recettes d’exportation en kyats (MMK) a été allégée. Les exportateurs ne sont désormais tenus de convertir que 15 % de leurs revenus en devises au taux officiel de la CBM, contre 25 % auparavant, les 85 % restants pouvant être conservés ou échangés aux taux du marché en ligne. Cette mesure vise à atténuer les tensions liées à la pénurie de dollars, même si le taux de référence pour les transactions commerciales jugées essentielles demeure fixé administrativement à 3 650 MMK pour un dollar américain.
Le climat des affaires a connu un net coup d’arrêt le 15 janvier 2026. Le Comité d’investissement de la région de Rangoun (Yangon Region Investment Committee – YRIC) a annoncé la suspension pour une durée indéterminée de plusieurs projets majeurs, pourtant approuvés à la fin de l’année 2025. Les projets concernés portent sur des usines de production, des complexes hôteliers et des unités d’assemblage automobile. Au total, ces décisions entraînent le gel d’investissements estimés à plus de 4,9 millions de dollars et près de 10 milliards de kyats.
Le vendredi 16 janvier 2026, le gouvernement russe a soumis à la Douma un accord bilatéral sur la promotion et la protection des investissements avec la Birmanie. Cet accord de 15 ans vise à sécuriser les actifs mobiliers et immobiliers, les droits de propriété intellectuelle et les investissements dans les secteurs de l’énergie et de l’armement. Pour la junte, cette alliance est vitale pour compenser le retrait des investisseurs occidentaux et asiatiques, alors que l’investissement direct étranger (IDE) a chuté de manière drastique depuis 2021.
La Banque mondiale a publié un rapport de situation durant la semaine, confirmant que l’économie birmane devrait se contracter de 2,5 % pour l’exercice se terminant en mars 2026. Cette récession est aggravée par les séquelles du séisme dévastateur de mars 2025, qui a causé des dommages estimés à 11 milliards de dollars (soit 14 % du PIB). Les industries manufacturières, notamment le textile, continuent de souffrir de pénuries d’électricité chroniques et de ruptures dans les chaînes d’approvisionnement. Les données du 13 janvier indiquent que la production industrielle reste maintenue au-dessus du seuil de contraction uniquement grâce à l’allongement forcé des délais de livraison.
L’inflation reste un défi majeur pour les ménages birmans en ce début d’année. Durant la semaine du 12 au 18 janvier, les rapports de terrain ont indiqué que l’inflation se maintient au-dessus de 20 %. Bien que le Kyat se soit stabilisé artificiellement (autour de 2 100 MMK pour 1 dollars) sur certains marchés officiels, les prix des produits de première nécessité (riz, huile, carburant) continuent de grimper en raison des coûts de transport élevés liés au conflit civil. Le déficit budgétaire, projeté à 5 % du PIB, oblige le régime à recourir à l’emprunt intérieur massif, ce qui réduit la capacité des banques privées à prêter au secteur productif.
Malgré l’annonce faite par le ministère du Commerce, le vendredi 16 janvier, affirmant le fonctionnement normal du système de licences automatiques, de nombreux exportateurs ont fait état de blocages administratifs au cours de la semaine. Le renforcement des contrôles liés au processus électoral a entraîné un ralentissement des flux de marchandises aux frontières terrestres, en particulier avec la Thaïlande et l’Inde. Le secteur agroalimentaire, qui représente environ 27 % de la valeur ajoutée nationale, figure parmi les plus affectés par ces contraintes logistiques, aggravant les pertes subies par des producteurs ruraux déjà fragilisés par le conflit.
Société/Répression/Conflit
Durant la semaine, des groupes de résistance (PDF) ont mené une embuscade meurtrière dans la région de Magway contre un convoi transportant des officiels chargés de l’organisation du scrutin, entraînant plusieurs décès. En représailles, le régime a intensifié ses frappes aériennes et ses tirs d’artillerie dans les zones contestées. Tom Andrews a exhorté tous les acteurs armés, le 12 janvier, à s’abstenir de cibler les fonctionnaires civils, tout en soulignant que le régime utilise ces derniers comme boucliers humains pour légitimer son emprise territoriale.
La situation des Rohingyas s’est nettement détériorée entre le 12 et le 18 janvier. Selon des rapports du Foreign Office britannique et de Human Rights Watch, les membres de cette minorité sont soumis à des recrutements forcés, à la fois par les autorités militaires et par l’Armée d’Arakan (AA), et seraient utilisés comme « boucliers humains » sur les lignes de front. Dans l’État de Rakhine, des villages entiers ont été incendiés, tandis que l’accès à l’aide humanitaire est volontairement entravé par les forces armées. Cette « crise dans la crise » intervient alors que la Cour internationale de justice (CIJ) a ouvert, dès le 12 janvier 2026 à La Haye, de nouvelles audiences dans l’affaire de génocide visant la Birmanie.
Un développement juridique est intervenu le mardi 13 janvier 2026. Un groupe de survivants de crimes de guerre, appuyé par l’Organisation des droits de l’homme chin (Chin Human Rights Organization – CHRO), a déposé une plainte pénale auprès du bureau du procureur général du Timor-Leste. Le dossier rassemble des éléments de preuve documentant des massacres, des viols collectifs et des décapitations attribués à l’armée birmane. Par cette démarche, les plaignants cherchent à obtenir l’ouverture d’une enquête internationale en dehors des cadres onusiens traditionnels, souvent bloqués par l’usage de vetos diplomatiques.
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