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BIRMANIE – POLITIQUE : Le nouveau Parlement birman entrera bientôt en fonction

Date de publication : 04/03/2026
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Pyithu Hluttaw

 

Une chronique du conflit Birman par François Guilbert

 

Les parlementaires élus en décembre et janvier ont reçu leur feuille de route. Rendez-vous leur a été donné à Nay Pyi Taw. Les élus à la chambre basse (Pyithu Hluttaw) devront se présenter dans la capitale au plus tard le 11 mars. Leurs collègues à la chambre haute (Amyotha Hluttaw) auront, eux, jusqu’au vendredi 13. Une fois sur place, les officiers désignés par le commandant-en-chef des services de défense pour siéger dans les deux assemblées nationales seront installées dans un centre d’accueil du ministère de la défense. Députés et sénateurs seront pris en charge selon leurs liens partisans.

 

Les affiliés au principal parti relais de la Tatmadaw résideront à la maison des hôtes du Parti de la solidarité et du développement de l’Union (USDP). Qu’ils soient cette année 7 fois plus qu’en 2020 n’est pas un souci immobilier. Les autres seront pris en charge par la municipalité et les services des assemblées. La dichotomie de l’accueil des élus en dit long sur le mode de fonctionnement présent et futur de la « démocratie multipartite dirigée » promue par les militaires depuis l’instauration de leur constitution en 2008. Les 296 partisans de l’USDP et les 166 officiers de l’armée constitueront en effet les relais législatifs du chef de l’État.

 

L’installation des parlementaires est un moment clé du maintien au pouvoir des chefs de l’armée

 

La session inaugurale de la Pyithu Hluttaw se tiendra le lundi 16 mars à 10h00. Celle de l’Amyotha Hluttaw suivra, heure pour heure, deux jours plus tard. Afin de souligner que le pays retrouve sa « normalité », ces moments solennels se tiendront dans les locaux où travaillent depuis deux législatures les élus de la nation. Les dommages causés par le tremblement de terre meurtrier du 28 mars 2025 ont été effacés autant que faire se peut ; au contraire de bien des bâtiments administratifs et lieux de vie de la ville.

 

Afficher des assemblées ordonnancées vise en effet à orchestrer le retour symbolique à l’ordre constitutionnel et obtenir la reconnaissance (inter)nationale des autorités qui en découle. Le déroulé des événements qui conduiront aux choix des présidents et du gouvernement est orchestré avec une grande minutie. Comme il se doit dans une dictature, les informations sur chaque étape n’en sont pas moins distillées avec parcimonie. Mais l’effeuillage sans explication laisse des zones d’ombres. Aucun récit n’a été donné, par exemple, sur ce que feront les élus entre le moment où ils arriveront à Nay Pyi Taw et la session inaugurale de leur chambre. On se doute bien néanmoins que ce n’est pas dans des réunions pré-conclaves que vont se jouer les répartitions des postes clés. Dès lors pourquoi se tenir prêt sur place cinq jours minimums avant l’échéance ?

 

La répartition des responsabilités législatives et exécutives se définit dans le plus grand secret

 

Alors que le numéro 1 de la junte se plaît à se mettre médiatiquement en scène, ses rendez-vous avec le président nominal de l’USDP, le général (cr) Khin Yi, se tiennent dans le plus grand secret. Un mois après la clôture des urnes, rien n’a filtré. Il faut donc s’en remettre aux supputations des Naypyidologues et aux rumeurs. Selon ces sources, le général Min Aung Hlaing devrait accéder à la présidence de la République et à celle du tout nouveau Conseil consultatif de l’Union (UCC). Il pourrait être « secondé » par un vice-président issu des rangs de l’USDP et un autre venant d’un parti ethnique. Rien de nouveau toutefois ici, un Shan fut le vice-président du général Thein Sein (Dr Sai Mauk Kham (USDP)) et Henry Van Thio lui succéda (NLD jusqu’en 2023) du temps du gouvernement civil.

 

Le général (cr) Khin Yi prendrait lui le perchoir de la Pyithu Hluttaw et le général Aung Lwin Dwe la tribune de l’Amyotha Hluttaw. Ce premier jeu de chaises musicales ouvrirait la voie du commandement-en-chef des services de défense au général Kyaw Swar Lin, présentement chef d’état-major et membre de la Commission d’État de la sécurité et de la paix (SSPC). Cependant, cela suppose vraisemblablement de trouver un point de chute (ex. UCC ?) au numéro 2 du régime actuellement en place, le général Soe Win. Ce dernier est très en vue dans la presse depuis le début février. C’est lui qui a annoncé que le « nouveau » chef de l’État serait choisi par les élus rassemblés de la Pyidaungsu Hluttaw début avril.

 

Preuve que les élections qui viennent de se tenir ont été faites par et pour l’armée, la nouvelle a été énoncée le 24 février devant un parterre d’officiers et leurs familles à Fort Ba Htoo au sud de l’État Shan. Là est sise l’école de formation des officiers. D’ici cinq à six semaines, seront donc désignés par chacun des corps électoraux (Pyithu Hluttaw, Amyotha Hluttaw, parlementaires de l’armée) leur candidat à la présidence de la République (p.m. celui qui aura le plus de voix lors de l’assemblée plénière bicamérale (Pyidaungsu Hluttaw) sera proclamé chef de l’État), le président élu formera alors le gouvernement, étant entendu que constitutionnellement les ministres de la défense, de l’intérieur et des frontières seront proposés par le commandant-en-chef de l’armée.

 

D’ici les fêtes de Maha Thingyan (13 – 16 avril), l’armée aura bouclé son transfert d’un pouvoir militaire à un autre

 

Comme le veut la constitution de 2008 à la sortie d’une période d’état d’urgence, c’est le Conseil nationale de sécurité et de défense (NDSC) qui est à la manœuvre. Ce n’est toutefois pas son président par intérim, le général Min Aung Hlaing, qui a signé les convocations à l’ouverture de la « troisième » législature. Ironie de l’histoire, c’est le général Aung Lwin Dwe en tant que chef exécutif du NDSC, lui-même élu de Nay Pyi Taw à la chambre haute, qui a lancé les invitations pour les rassemblements de l’Amyotha Hluttaw et des 14 assemblées des États et régions de l’Union (20 mars).

 

La dernière convocation a, elle, été paraphée par le chrétien kachin T Khun Myat en ses qualités de président de l’assemblée de l’Union et de la chambre des représentants. Voilà un geste procédural qui a pour objet de souligner la « continuité » constitutionnelle entre la deuxième et troisième législature, et tirer un nouveau trait de plume sur les élections de novembre 2020 emportée triomphalement par la Ligue nationale pour la démocratie.

 

Que le régime militaire s’en remette à un homme de 76 ans controversé (p.m. milicien pro-juntes accusé de trafic de stupéfiant) et ne s’étant pas représenté au scrutin 2025 – 2026) est sans importance ! La continuité « juridique » importe bien plus. Il n’a toutefois pas été possible de le faire pour chaque chambre. Le président de l’Amyitha Hluttaw est, par exemple aujourd’hui, le premier ministre du gouvernement d’opposition (NUG) et le vice-président du Comité représentant la Pyidaungsu Hluttaw (CRPH), Mahn Winn Khaing Thann.

 

Le récit électoral de propagande est de propager que les scrutins ont été un succès absolu. Il n’y a pas eu, cette fois-ci, de fraudes, d’erreurs sur les listes électorales, pas de contestations des résultats (sic !).

 

Les autosatisfecit emmènent les autorités à affirmer bien des contrevérités

 

Le dernier en date porte sur la mobilisation des jeunes électeurs. Le régime proclame que ceux-ci ont « joué un rôle primordial dans la participation globale ». Il se félicite que les moins de 30 ans ont constitué la cohorte la plus nombreuse alors même que ces votants ont représenté moins que leur poids démographique dans la société. C’est d’ailleurs les plus de 50 ans qui, en proportion, se sont relativement le plus mobilisés. A vrai dire, il semble qu’aucune tranche d’âge n’est vraiment surperformée lors de scrutins 2025 – 2026.

 

Qu’à cela ne tienne, le régime a besoin d’afficher le soutien d’une jeunesse qui pourtant s’est levée en masse contre elle. De nombreux éléments de la Génération Z ont même fait le choix des armes. Dès lors, pour gouverner la Tatmadaw va d’abord s’en remettre à ses officiers. Ils et elles seront 266 à l’échelle nationale et 202 dans les assemblées provinciales. Le général Min Aung Hlaing ayant fait le choix de nommer le nombre maximum de parlementaires-militaires autorisé par la constitution, ils occuperont 29,5% des sièges à la Pyithu Hluttaw soit 4,5% de plus que le ratio théorique. Tous les personnels désignés ont atteint au minimum le grade de capitaine. Ils sont donc loin de « représenter » la troupe dans son ensemble.

 

Répartition des officiers par assemblée

 

Généraux

Colonels

Lt. Colonels

Majors

Capitaines

Pyidaungsu Hluttaw

18

34

47

48

19

Pyithu Hluttaw

11

18

42

27

12

Amyotha Hluttaw

7

16

5

21

7

Assemblées provinciales

1

28

18

68

87

Femmes

0

3

3

12

36

@FGuilbert – février 2026

 

Mais contrairement à une idée reçue, les assemblées ne sont pas un déversoir pour les officiers généraux. A la Pyithu Hluttaw, 81% des soldats d’active ne sont ni généraux, ni même colonels. A l’Amyotha Hluttaw, ils sont toutefois un peu plus gradés. Le même ratio est en effet de 58,9%. En province, si chaque État et chaque région s’est vue affecter au moins 2 colonels, un seul général y a été promu (État Môn). Cette province recèle par ailleurs une autre singularité : le ratio d’officiers féminins y est le plus élevé (50%) de tout le pays.

 

Si les personnels féminins sont en proportions également nombreuses dans l’État Kayah (25%) et la région de Mandalay (22%), aucune d’entre elles ne figurent toutefois sur les listes de 5 des 14 des parlements en région (4 États : Chin, Kachin, Kayah, Rakhine, 1 Région : Tanintharyi). A la vérité, les femmes parmi les parlementaires-militaires sont généralement peu gradées en provinces. Aucune n’a dépassé le grade de major. 81,4% sont des capitaines. A contrario, c’est à la Phyithu Hluttaw qu’elles seront les plus éminentes : 3 colonelles, 3 lieutenant-colonelles, 6 majors et 9 capitaines. Même si les deux-tiers des capitaines de la chambre basse seront des femmes, c’est dans cette assemblée nationale qu’elles seront statistiquement les mieux représentées.

 

Elles y seront 3,5 fois plus nombreuses qu’à la chambre haute. Mais en étant 19% des désignés militaires de la PyiThu Hluttaw, 10,7% de ceux l’Amyotha Hluttaw, 15% des officiers sélectionnés pour la Pyidaungsu Hluttaw et 12,3% des soldats parlements provinciaux, elles pourraient bien se trouver plus nombreuses en proportion que leurs collègues issus des rangs des formations politiques. Lors des deux premiers tours de scrutins seules 10,4% des élus étaient des femmes. Une dynamique politique qui fait que les assemblées du régime militaire seront, tout comme le pouvoir exécutif, dominées par des hommes portant ou ayant porté des uniformes de haut rang de la Tatmadaw.

 

François Guilbert

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