
Les Philippines renforcent leurs infrastructures dans l’archipel disputé des Spratleys, en mer de Chine méridionale. Des images satellites analysées par Radio Free Asia montrent que Manille mène actuellement d’importants travaux sur deux îles qu’elle contrôle dans la région.
Les projets concernent l’extension de la piste d’atterrissage de l’île de Thitu — appelée Pag-asa par les Philippines — ainsi que l’agrandissement du port de l’île de Nanshan (Lawak). Pour plusieurs experts, ces aménagements visent à renforcer la capacité de réaction et de ravitaillement des forces philippines face à l’intensification des activités chinoises dans la région.
Une piste agrandie pour accueillir des appareils militaires
Thitu est le principal avant-poste philippin dans les Spratleys et la seule île administrée par Manille à disposer d’une population civile permanente. Occupée depuis 1974, elle est également revendiquée par la Chine, Taïwan et le Vietnam.
Le gouvernement philippin a débloqué 1,65 milliard de pesos — environ 27 millions de dollars — afin d’allonger la piste d’atterrissage de 1,3 à 1,5 kilomètre. Cette extension permettrait notamment d’accueillir certains modèles d’avions de combat F-16 ainsi que des appareils militaires de transport léger.
Les images satellites montrent que les travaux sont toujours en cours en mai 2026, notamment sur une zone gagnée sur la mer. Un port protégé est également en construction afin de faciliter les opérations logistiques et les missions de ravitaillement.
Une réponse directe aux pressions chinoises
Ces développements interviennent après plusieurs années d’escalade entre les Philippines et la Chine autour du récif Second Thomas Shoal, situé à environ 224 kilomètres de Thitu. Depuis 2021, Pékin multiplie les opérations de blocage contre les missions philippines de ravitaillement destinées à un navire militaire volontairement échoué sur le récif depuis 1999.
Les tensions ont culminé durant l’été 2024 lorsque des garde-côtes chinois ont percuté puis abordé des embarcations philippines.
Pour Harrison Prétat, spécialiste de l’Asia Maritime Transparency Initiative à Washington, l’amélioration des infrastructures sur les îles occupées par Manille vise à rendre les positions philippines « plus résilientes » face à ce type de confrontation.
Modernisation du port de Nanshan
Parallèlement, les Philippines investissent plus d’un milliard de pesos dans l’agrandissement du port de Nanshan Island, quatrième plus grande île contrôlée par Manille dans les Spratleys.
Les installations actuelles sont jugées insuffisantes pour accueillir de grands navires. Les autorités espèrent ainsi renforcer les capacités de déploiement des garde-côtes philippins et améliorer le soutien logistique dans cette partie sensible de la mer de Chine méridionale.
Une démonstration politique de souveraineté
Au-delà des infrastructures, Manille multiplie également les gestes symboliques pour réaffirmer sa souveraineté sur les Spratleys. En février dernier, la sénatrice Risa Hontiveros et le porte-parole des garde-côtes philippins Jay Tarriela se sont rendus sur l’île de Thitu pour afficher publiquement le soutien du gouvernement à la présence philippine dans l’archipel.
Le 9 avril, les autorités philippines ont inauguré une nouvelle base de commandement des garde-côtes sur l’île et ont réaffirmé leur volonté de défendre durablement les intérêts maritimes et la souveraineté du pays dans cette zone hautement stratégique.
Malgré ces investissements, les analystes rappellent toutefois que les Philippines restent largement en retrait face aux capacités militaires et maritimes chinoises dans la région. Pékin dispose aujourd’hui d’une flotte de garde-côtes considérable et d’un vaste réseau de bases militarisées réparties à travers la mer de Chine méridionale.
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