London Escorts sunderland escorts
Home Accueil BIRMANIE – CONFLIT : L’Inde parie sur le général Min Aung Hlaing

BIRMANIE – CONFLIT : L’Inde parie sur le général Min Aung Hlaing

Journaliste : François Guilbert Date de publication : 08/06/2026
0

 

Une chronique birmane de François Guilbert

 

Alors que la Chine et la Russie semblaient les destinations les plus probables pour la première visite officielle à l’étranger du général-président Min Aung Hlaing, c’est finalement l’Inde qui a déroulé le tapis rouge au dirigeant birman. Un déplacement hautement symbolique qui illustre autant la quête de légitimité du chef de la junte que la volonté de New Delhi de préserver son influence auprès de son voisin oriental.

Les tapis rouges indiens pour l’ex-commandant en chef de la Tatmadaw

 

Au regard du soutien qu’elles apportent au régime militaire de Nay Pyi Taw, la Chine et la Russie semblaient les mieux placées pour accueillir le premier déplacement officiel à l’étranger du général-président Min Aung Hlaing. Il n’en a rien été. C’est en Inde que l’officier s’est rendu pour sa première visite d’État, du 30 mai au 3 juin, avec des étapes à New Delhi ainsi que dans les États du Bihar et du Maharashtra.

 

L’annonce du voyage avait d’abord prêté à sourire. Son motif initial était la participation du chef de la junte au premier Sommet de l’Alliance internationale pour les grands félins (IBCA). Mais la propagation du virus Ebola en République démocratique du Congo et en Ouganda entraîna l’annulation de la rencontre, tout comme celle du sommet Inde-Afrique qui lui était associé. Loin de diminuer l’importance de la visite, ce contretemps lui donna finalement davantage de relief.

 

Accompagné de quatre ministres — Affaires étrangères, Agriculture, Finances et Industrie — ainsi que du gouverneur de la Banque centrale, Min Aung Hlaing fut reçu avec tous les égards dus à un chef d’État. Il rencontra la présidente indienne Droupadi Murmu et s’entretint pendant près de deux heures avec le Premier ministre Narendra Modi.

 

Le conseiller à la sécurité nationale Ajit Doval et le ministre des Affaires étrangères Subrahmanyam Jaishankar lui consacrèrent également des rencontres bilatérales. Dans les États visités, gouverneurs et chefs de gouvernement régionaux lui réservèrent un accueil de premier rang.

 

Sur le plan diplomatique, l’opération est un succès. L’Inde reconnaît de facto l’homme élu président en avril 2026 comme le dirigeant suprême de la Birmanie. Une satisfaction pour Min Aung Hlaing, qui n’avait plus effectué de visite en Inde depuis 2019 et s’était jusque-là contenté d’échanges avec Narendra Modi en marge de rencontres internationales en Thaïlande ou en Chine.

 

L’Inde cherche avant tout à reconstruire son influence

 

À New Delhi, on considère qu’isoler le régime militaire birman est contre-productif. Avec 1 643 kilomètres de frontière commune, l’Inde ne peut ignorer son voisin. Conscient des inquiétudes que suscite son rapprochement avec Pékin, Min Aung Hlaing est venu rassurer les autorités indiennes. L’exercice reste délicat. La Birmanie dépend fortement de la Chine, tant sur le plan diplomatique qu’économique et militaire. Pékin demeure un partenaire incontournable pour le régime.

 

Même sans entretien spécifique avec les ministres indiens de la Défense ou de l’Intérieur, le général-président espère néanmoins obtenir un soutien indirect dans sa lutte contre les groupes armés actifs dans les États Chin et Rakhine, ainsi que dans les régions de Sagaing et Magway. Il a ainsi réaffirmé que le territoire birman ne serait pas utilisé contre les intérêts indiens.

 

L’Inde se trouve toutefois face à un dilemme. Comment développer une relation privilégiée avec Nay Pyi Taw alors que la connectivité terrestre et les échanges frontaliers dépendent souvent davantage des groupes ethniques armés que de l’armée birmane elle-même ?

 

Pourquoi miser sur une Tatmadaw qui entretient parfois des relations ambiguës avec certains groupes insurgés indiens alors que plusieurs mouvements opposés à la junte se montrent prêts à coopérer avec New Delhi pour stabiliser les régions frontalières ?

 

Une Birmanie qui a davantage à recevoir qu’à offrir

 

La plupart des observateurs partagent ce constat. Pourtant, Min Aung Hlaing s’efforce d’apparaître comme un partenaire fiable et un interlocuteur de long terme. Le voyage a surtout produit des déclarations d’intention. Aucun grand projet n’a été lancé et aucune aide significative n’a été annoncée.

 

Le communiqué conjoint et les discussions ont porté sur des domaines très variés : commerce, éducation, énergie, intelligence artificielle, lutte contre la cybercriminalité, minéraux critiques, infrastructures, patrimoine, santé ou encore espace. Pour l’heure, il s’agit davantage d’une liste de priorités que d’engagements concrets.

 

Les ambitions économiques restent modestes : faire passer progressivement les échanges bilatéraux de deux à cinq milliards de dollars et encourager les investissements. Les deux pays partent de loin. L’Inde ne représente aujourd’hui que 0,8 % des investissements étrangers en Birmanie et n’est que son onzième partenaire économique.

 

C’est pourquoi Min Aung Hlaing avait tenu à être accompagné de plusieurs hommes d’affaires influents, dont Aung Ko Win (KBZ), Aung Aung Zaw (MAI), Aye Chin (UMFCCI) et Zaw Win Shein (Ayeyar Hinthar). Deux forums économiques furent organisés à New Delhi et à Mumbai.

 

Le général-président y a vanté la position géographique stratégique de la Birmanie, située au carrefour de l’Indo-Pacifique, son accès au marché CLMV (Cambodge, Laos, Birmanie, Vietnam), l’abondance de ses ressources naturelles et énergétiques, ainsi que le projet de cybercité porté par son fils près de Pyin Oo Lwin. Rien ne garantit toutefois que ces arguments suffiront à attirer les investissements espérés dans l’agriculture, l’énergie, les télécommunications ou les transports.

 

Certaines déclarations ont même pu susciter des interrogations. Min Aung Hlaing a notamment appelé les investisseurs à limiter leurs marges bénéficiaires et reconnu les difficultés persistantes du projet multimodal Kaladan. Il a également réaffirmé sa volonté de reprendre par la force le contrôle de plusieurs axes stratégiques menant aux frontières indienne et thaïlandaise.

 

Un voyage destiné aussi au public birman

 

Cette visite poursuivait également un objectif intérieur : démontrer que Min Aung Hlaing est un dirigeant reconnu sur la scène internationale. Dans un entretien d’une trentaine de minutes accordé à la chaîne publique indienne DD News, il est revenu sur sa légitimité politique, sa vision de la transition démocratique et sa conception des relations avec les minorités ethniques.

 

Fidèle à sa méthode, il n’a toutefois pas participé à une conférence de presse conjointe avec Narendra Modi, contrairement à l’usage lors des visites d’État en Inde. Les journalistes étrangers ont été tenus à distance, tout comme les opposants birmans qui ont eu les plus grandes difficultés à manifester publiquement durant son séjour.

 

Le régime poursuit parallèlement sa stratégie de communication. Min Aung Hlaing vient ainsi de nommer une porte-parole à la présidence, Daw Khaing Khaing Soe, haute fonctionnaire expérimentée, docteure de l’université Mahidol et épouse d’un officier supérieur.

 

Cette première visite officielle contribue à normaliser progressivement l’image internationale du régime militaire. Elle a également permis au général-président de cultiver une autre dimension de sa personnalité politique : celle d’un dirigeant profondément attaché au bouddhisme.

 

Son séjour en Inde a d’ailleurs débuté à Bodh Gaya, lieu où le Bouddha aurait atteint l’illumination. Il s’agissait de sa quatrième visite sur ce site sacré, devenu l’un des symboles de sa diplomatie personnelle. Une posture spirituelle qui contraste fortement avec l’approche plus laïque qui caractérisait le gouvernement civil de Daw Aung San Suu Kyi.

 

François Guilbert

 

Chaque semaine, recevez notre lettre d’informations Gavroche Hebdo. Inscrivez-vous en cliquant ici

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici

Les plus lus