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INDOCHINE – HISTOIRE : Dans les pas d’Henri Mouhot…

Journaliste : Christian Simon Date de publication : 08/06/2026
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Gavroche aime l’histoire. Tout comme notre lecteur Christian Simon. il nous propose ici une série en quatre épisodes sur l’explorateur français Henri Mouhot.

 

2026 marque le bicentenaire de la naissance d’Henri Mouhot (15 mai 1826 – 10 novembre 1861). Pourtant, nulle part ou presque, je n’ai trouvé la moindre manifestation destinée à commémorer cet explorateur hors du commun.

 

Par Christian Simon

 

 

 1- Découverte du cénotaphe

 

Pendant l’hiver 1998, nous avions posé nos sacs pour quelques jours à Vientiane, au Laos.

 

Yves, amateur éclairé de littérature de voyage du XIXe siècle, nous invita à aller nous recueillir sur la tombe d’un certain Henri Mouhot. C’est ainsi que cet illustre inconnu entra dans mon existence.

 

 

Notre périple se poursuivit ensuite vers le nord, en direction du Xishuangbanna, l’une des préfectures de la province chinoise du Yunnan, où j’avais encore beaucoup à découvrir. Nous fîmes étape à Luang Prabang, ville-temple accrochée à la rive gauche du Mékong, ancienne capitale royale où Henri Mouhot fut reçu par le souverain.

 

L’une de nos nombreuses balades nous conduisit à Ban Phanom, village taï lüe réputé pour ses soieries et ses cotonnades chamarrées. À la sortie du village, des panneaux de bois cloués aux arbres indiquaient la direction du cénotaphe, sur la rive droite de la Nam Khan. Un sentier étroit grimpant dans la forêt nous mena jusqu’au monument érigé sur le territoire de la commune de Ban Moun Savath.

 

Construit en 1867 sous les ordres de Louis Delaporte, puis reconstruit entre 1887 et 1890 à la demande d’Auguste Pavie, le monument devint un lieu de visite très fréquenté jusqu’aux années 1950. Tombé ensuite dans l’oubli, il fut redécouvert par Jean-Michel Strobino, à l’origine de sa dernière restauration, achevée en 1990.

 

 

Dernier hommage inscrit sur le monument : « La ville de Montbéliard, fière de son enfant – 1990. »

 

Quelques photographies prises dans la lumière médiocre d’un début d’après-midi tropical me laissèrent sur ma faim. Déjà naissait le désir d’en savoir davantage et d’établir une plus grande complicité avec ce personnage hors du commun, enterré là, à l’autre bout du monde, par ses compagnons annamites Phraï et Dong.

 

Depuis cette rencontre improbable à la fin du siècle dernier, un lent processus s’est mis en marche, prenant progressivement la forme d’un projet ambitieux : « À la recherche d’Henri Mouhot ».

 

Bien sûr, je n’étais pas le premier à emprunter cette piste. Mais une fois le terrain largement débroussaillé, les zones d’ombre apparaissaient avec encore plus d’évidence. Avant son départ pour l’Asie, Mouhot avait beaucoup voyagé en Europe et, alors que nous connaissons presque tout de son périple asiatique grâce à sa relation de voyage[1], nous ne possédons aucun texte de sa main relatant cette période européenne.

 

Il me semblait logique de procéder chronologiquement. Les circonstances en décidèrent autrement : je commençai par la fin.

 

2 – Le voyage dans les pas de l’explorateur

 

À l’été 2010, la Métropole Rhin-Rhône lançait l’opération culturelle « Utopies & Innovations », réunissant dix villes et agglomérations françaises, suisses et allemandes situées entre Rhin et Rhône.

 

Montbéliard, ville natale d’Henri Mouhot, participait naturellement à cette initiative. Mon projet venait justement d’arriver sur le bureau de la directrice du service Culture et Patrimoine. Le thème retenu était celui du voyage, et Henri Mouhot devait y occuper une place de choix.

 

C’est ainsi que je m’envolai le 29 avril 2010 vers Bangkok, laissant derrière moi le nuage de cendres du volcan islandais Eyjafjallajökull.

 

Se mettre dans les pas d’un explorateur, c’est aussi tenter de partager ses intentions. L’exercice ne fut pas trop difficile pour moi : très tôt, j’ai été touché par le virus du voyage. Quel en est le vecteur ? Sans doute la nécessité d’aller à la rencontre de soi-même par le biais de l’Autre, mais aussi une bonne dose de lectures. Qu’on se rassure : même contagieuse, cette maladie demeure peu dangereuse, à condition de rester vigilant.

 

À Mouhot, cette aventure avait pris trois années et coûté la vie. Je ne disposais que d’un peu plus de deux mois et n’avais aucune intention d’y laisser la mienne.

 

Cent cinquante ans plus tard, il s’agissait d’établir un état des lieux en confrontant ses descriptions à l’Asie contemporaine. Pour cela, j’avais emporté une édition récente de son récit, qui ne me quittait pas.

 

Ma connaissance préalable des pays et des lieux à visiter constituait un avantage certain. Mais, à vrai dire, je n’eus guère le temps de baguenauder.

 

Plongeant dans la touffeur polluée de Bangkok, arpentant les vestiges des anciennes capitales du royaume de Siam à Ayutthaya et Lopburi, gravissant des montagnes et traversant des forêts sur des routes de latérite poussiéreuses, je m’efforçais de suivre le plus fidèlement possible l’itinéraire de mon prédécesseur, tout en m’autorisant quelques détours qu’il aurait sans doute lui-même empruntés s’il les avait connus.

 

Le pèlerinage asiatique achevé, une immense interrogation demeurait pourtant : quel avait été son itinéraire européen avant son embarquement pour Bangkok, le 28 avril 1858 ?

 

La Russie et les Pays-Bas, nous le savons. Mais par quels chemins ? Photographe, il le fut également. Mais que sont devenus ses daguerréotypes et ses autres travaux ? Et surtout, où sont passés les précieux manuscrits dont son frère Charles se servit pour publier sa relation de voyage[2] ?

 

Nous disposons de quelques éléments de réponse. Mais, à l’évidence, un long et minutieux travail d’enquête reste encore à accomplir.

 

 

A suivre…

 

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