
Gavroche a sélectionné pour vous quelques nouvelles saillantes en Birmanie durant cette semaine écoulée. Un survol de l’actualité indispensable pour tous ceux qui s’intéressent à ce pays d’Asie du Sud-Est.
Politique, Diplomatie
Le chef de la junte birmane, Min Aung Hlaing, a effectué du 30 mai au 3 juin sa première visite officielle à l’étranger depuis son accession à la présidence en avril. Reçu avec les honneurs à New Delhi par le Premier ministre Narendra Modi et la présidente Droupadi Murmu, il a cherché à renforcer les relations économiques et politiques entre les deux pays. Pour l’Inde, cette visite illustre la volonté de préserver son influence en Birmanie face à la Chine, tandis que le dirigeant birman y voit une opportunité de renforcer sa légitimité internationale. Malgré de nombreuses déclarations d’intention, aucun accord majeur n’a été annoncé.
Min Aung Hlaing, a effectué sa première visite d’État en Inde, accompagné de plusieurs hommes d’affaires proches du régime, dans l’espoir d’attirer de nouveaux investissements malgré les sanctions occidentales et la guerre civile. Lors d’un forum économique à New Delhi, il a vanté les opportunités dans les secteurs des engrais, du ciment, de l’acier, des véhicules électriques et de la pharmacie.
La Thaïlande tente de convaincre la France et plusieurs partenaires occidentaux de revoir leur approche de la crise birmane, estimant que l’isolement diplomatique de la junte n’a pas permis de faire avancer le processus de paix depuis le coup d’État de 2021. En visite à Paris, le ministre thaïlandais des Affaires étrangères, Sihasak Phuangketkeow, a plaidé pour une reprise du dialogue avec Naypyidaw tout en réaffirmant l’importance de la réconciliation nationale et de la libération des prisonniers politiques. Cette position continue toutefois de diviser au sein de l’ASEAN et de la communauté internationale.
Le ministre chinois des Affaires étrangères Wang Yi a reçu le 5 juin à Pékin son homologue birman Tin Maung Swe, réaffirmant le soutien de la Chine à l’administration militaire. Pékin a insisté sur l’avancement du Corridor économique Chine-Birmanie (CMEC) et sur la protection de ses investissements dans le pays. Le chef de la diplomatie birmane a, pour sa part, réitéré son soutien à la politique d’une seule Chine et aux initiatives portées par Xi Jinping. Les discussions ont également porté sur la lutte contre les escroqueries en ligne et la stabilité de la frontière commune. Cette rencontre intervient avant un nouveau déplacement annoncé de Min Aung Hlaing en Chine.
Le régime birman a nommé le Dr Khaing Khaing Soe, vice-ministre de l’Immigration, au poste de porte-parole présidentielle. Première femme à occuper cette fonction, elle succède au général Zaw Min Tun et a qualifié de « succès » la récente visite de Min Aung Hlaing en Inde. Titulaire d’un doctorat obtenu à l’université Mahidol, elle est considérée comme proche des cercles militaires. Plusieurs observateurs estiment que cette nomination vise avant tout à améliorer l’image du régime sans modifier son fonctionnement.
Lors d’une audition au Sénat américain, le sénateur républicain Mitch McConnell a interpellé le secrétaire d’État Marco Rubio sur les retards dans le financement prévu par le Burma Act et sur l’engagement de Washington en faveur de la démocratie en Birmanie. Rubio a réaffirmé la préférence de l’administration américaine pour un pouvoir civil démocratique plutôt que pour la junte militaire soutenue par Pékin. Le Burma Research Institute (BRI) a salué cette position tout en appelant les États-Unis à accroître leur soutien aux forces démocratiques birmanes et à exiger la libération d’Aung San Suu Kyi et des autres prisonniers politiques.
La Birmanie a vivement réagi aux récentes déclarations du président du Timor oriental, José Ramos-Horta, qui avait qualifié la guerre civile en Birmanie de « tache » pour l’ASEAN lors du Dialogue de Shangri-La et d’un forum organisé avec l’ERIA. Le Prix Nobel de la paix avait appelé à la libération des prisonniers politiques, dont Aung San Suu Kyi, ainsi qu’à l’ouverture d’un dialogue inclusif associant les militaires, l’opposition et les groupes armés ethniques. Naypyidaw a dénoncé des propos constituant, selon elle, une ingérence dans ses affaires intérieures et a réaffirmé que le processus de paix devait être conduit exclusivement par les autorités birmanes.
En visite en Australie, Kim Aris, le plus jeune fils d’Aung San Suu Kyi, a demandé au régime birman de fournir une preuve de vie indépendante de sa mère, détenue depuis le coup d’État de 2021. À l’approche du 81e anniversaire de l’ancienne dirigeante birmane, le 19 juin, il a mis en doute les affirmations des autorités selon lesquelles elle aurait été transférée en résidence surveillée, dénonçant l’absence totale de preuves vérifiables et le manque de transparence du régime.
Économie
Le premier projet minier russe connu dans l’est de l’État shan doit exploiter un gisement de tungstène près de la frontière thaïlandaise avec l’approbation du régime. Cette implantation intervient alors qu’un important projet chinois voisin est déjà en activité sous la protection de l’Armée unie de l’État wa (UWSA).
Le poste de contrôle du pont Myawaddy 2, principal point de passage entre la Thaïlande et la Birmanie dans cette région, a rouvert après plusieurs mois de fermeture liés aux troubles sécuritaires. Les autorités birmanes ont déjà autorisé des importations thaïlandaises d’une valeur de 620 millions de bahts, tandis que les exportations concernent principalement des produits agricoles. Cette réouverture devrait faciliter les échanges commerciaux et le transport transfrontalier, sous réserve du respect des procédures administratives en vigueur.
Afin de stabiliser le marché des changes et de soutenir les importations essentielles, la Banque centrale de Birmanie (CBM) a poursuivi ses injections de devises étrangères. Début juin, elle a notamment vendu 3 millions de dollars à des importateurs de gaz naturel liquéfié (GNL) et plusieurs millions de dollars supplémentaires aux importateurs d’huile alimentaire et aux entreprises du secteur textile orienté vers l’exportation (CMP). Depuis le début de l’année, la CBM a injecté plusieurs centaines de millions de dollars, ainsi que des bahts thaïlandais et des yuans, pour limiter la volatilité du kyat et sécuriser l’approvisionnement du pays.
La Birmanie a exporté environ 100 000 tonnes de maïs depuis le début de l’exercice 2026-2027, selon l’Association birmane de l’industrie du maïs. La Thaïlande demeure le principal débouché, devant les Philippines et l’Inde. Les professionnels du secteur visent un objectif d’exportation de 1,3 million de tonnes cette année, un niveau similaire à celui atteint en 2025-2026. Portés par une demande soutenue, les prix progressent également, atteignant actuellement 11,7 bahts le kilo contre 10 bahts à la même période l’an dernier.
Société
Le réalisateur birman Min Htin Ko Ko Gyi, figure du cinéma indépendant et fervent défenseur de la démocratie, est décédé d’un cancer du foie à l’âge de 64 ans. Ancien prisonnier politique, il avait été emprisonné à plusieurs reprises pour ses critiques de l’armée et son opposition au coup d’État de 2021. Fondateur du Festival international du film « Human Rights Human Dignity », il était l’une des voix les plus engagées de la scène culturelle birmane. Son enterrement a eu lieu mardi à Yangon.
La Chine, le Laos, la Birmanie et le Vietnam lanceront le 15 juin une campagne antidrogue commune de trois mois visant à renforcer les contrôles frontaliers, les enquêtes conjointes et la surveillance des précurseurs chimiques. L’opération ciblera notamment les zones sensibles du Triangle d’Or, toujours considéré comme l’un des principaux centres de production de drogues de synthèse en Asie du Sud-Est. Selon l’ONU, les saisies de stupéfiants dans la région ont encore progressé l’an dernier.
Le photojournaliste birman Sai Zaw Thaike, emprisonné depuis 2023 et condamné à vingt ans de prison avec travaux forcés pour « trahison », a reçu le Prix du Courage de Reporters sans frontières (RSF) lors de la 34e édition des Press Freedom Awards à Marseille. Arrêté alors qu’il couvrait les conséquences du cyclone Mocha dans l’État d’Arakan, il souffrirait de graves problèmes de santé et serait privé de soins adaptés. RSF a profité de cette distinction pour appeler à une mobilisation internationale en faveur de la liberté de la presse en Birmanie, où au moins 18 journalistes restent détenus.
Répression / Conflit
Au moins 56 civils ont été tués et 150 autres blessés lors de l’explosion d’un dépôt d’explosifs destiné à l’industrie minière dans le village de Kaungtup, dans le canton de Namhkam, au nord de l’État shan. Selon les secours, de nombreux blessés se trouvent dans un état critique et plus de 200 habitations ont été détruites. Les autorités locales contrôlées par l’Armée de libération nationale ta’ang (TNLA) ont annoncé l’ouverture d’une enquête sur les causes de la catastrophe.
L’armée birmane a lancé une nouvelle offensive dans l’État chin, mobilisant près de 2 000 soldats en direction de la ville stratégique de Mindat. Les combats opposent les forces militaires birmanes à l’Armée du peuple chin (CPA) et à ses alliés, tandis que les frappes aériennes se sont intensifiées ces dernières semaines. Selon des sources locales, les affrontements ont déjà provoqué le déplacement d’environ 17 000 personnes dans la région, aggravant une situation humanitaire déjà précaire.
Des organisations civiles et des habitants de Namhkam ont demandé à l’Armée de libération nationale ta’ang (TNLA) d’assumer ses responsabilités après une explosion survenue dans un dépôt d’explosifs destiné à l’activité minière. Selon le TNLA, l’accident a causé la mort de 43 personnes et fait plus d’une centaine de blessés, mais les secouristes estiment que le bilan pourrait être plus lourd. L’explosion a détruit une centaine de maisons et provoqué le déplacement de nombreux habitants. Le groupe armé a annoncé l’ouverture d’une enquête.
Les affrontements se sont intensifiés autour des bases navales de Sittwe et Kyaukphyu, dans l’État rakhine, alors que l’Armée arakan (AA) affirme se rapprocher du contrôle total de la région. Les échanges d’artillerie et les frappes aériennes se multiplient, tandis que plus de 8 000 civils ont fui les combats autour de Kyaukphyu. L’AA contrôle déjà la majorité de l’État rakhine et poursuit son avancée contre les dernières positions de l’armée birmane.
Selon l’Armée pour l’indépendance kachin (KIA), un convoi militaire d’environ 200 véhicules, chargé principalement d’armes et de munitions, est arrivé à Myitkyina, capitale de l’État kachin. Il s’agit du deuxième déploiement d’une telle ampleur en moins d’un mois. La KIA y voit le signe de préparatifs en vue d’une nouvelle offensive de la junte dans cette région du nord de la Birmanie. Les autorités militaires affirment pour leur part que le convoi transportait essentiellement du matériel civil et des fournitures destinées à l’aide humanitaire.
Selon les Forces de défense du peuple (PDF), 31 soldats de la junte birmane ont été tués, 52 blessés et 18 capturés, dont un commandant et un capitaine, lors de 43 affrontements survenus en deux semaines dans la région de Magway. Les combats ont notamment visé plusieurs convois militaires et des colonnes de renfort engagées dans des opérations contre les groupes de résistance affiliés au Gouvernement d’unité nationale (NUG). Les chiffres avancés n’ont pas pu être vérifiés de manière indépendante.
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