
Une chronique de Ioan Voicu, ancien ambassadeur de Roumanie en Thaïlande
Les ministres de l’Enseignement supérieur des 11 États membres de l’ASEAN ont adopté à l’unanimité, le 26 juin 2026 à Pasay City (Philippines), trois documents stratégiques destinés à orienter la coopération régionale dans le domaine de l’éducation jusqu’en 2030. Cette décision constitue une étape majeure dans la construction d’un espace d’enseignement supérieur plus intégré, numérique et durable en Asie du Sud-Est, une région comptant environ 700 à 705 millions d’habitants, soit près de 8,5 % de la population mondiale.
Organisée sous la présidence philippine de l’ASEAN par la Commission de l’enseignement supérieur des Philippines (CHED), la Table ronde ministérielle sur l’accès et le développement durable dans l’enseignement supérieur a permis de transformer les recommandations issues du Dialogue politique de haut niveau de l’ASEAN en mesures opérationnelles. Les États membres ont ainsi confirmé leur volonté commune de renforcer un système universitaire régional plus inclusif, résilient et adapté aux mutations technologiques.
Cette initiative s’inscrit dans la vision portée par le président philippin Ferdinand R. Marcos Jr., qui place l’innovation, l’intelligence artificielle et la transformation numérique au cœur du développement régional. Dans le cadre de la présidence philippine de l’ASEAN, Manille défend une utilisation responsable de l’IA afin d’accélérer la modernisation des économies, favoriser l’inclusion numérique et construire une communauté régionale plus connectée et ouverte à toutes les générations.
Une stratégie régionale autour de trois piliers majeurs
Le premier document adopté, intitulé Déclaration ministérielle de l’ASEAN sur l’accès à un enseignement supérieur de qualité grâce à la transformation numérique et à la durabilité, établit un cadre politique commun pour moderniser les systèmes universitaires de la région. Il prévoit notamment :
- un accès plus équitable à l’enseignement supérieur grâce aux outils numériques et à l’apprentissage assisté par l’intelligence artificielle ;
- la mise en place d’une gouvernance éthique de l’IA dans les établissements éducatifs ;
- le développement de la formation continue ;
- le renforcement des compétences numériques et professionnelles des enseignants ;
- une coopération accrue entre universités et institutions de recherche.
Cette déclaration doit être présentée lors du 49e Sommet des dirigeants de l’ASEAN, confirmant le rôle stratégique de l’enseignement supérieur dans la construction de la Communauté de l’ASEAN.
Le deuxième document établit le mandat du Centre d’excellence de l’ASEAN pour la formation et le perfectionnement des enseignants (ACTED). Cette structure deviendra une plateforme régionale dédiée au développement professionnel des enseignants, à la recherche en politiques éducatives, à l’assurance qualité, à la mobilité académique et à l’innovation pédagogique.
L’objectif est de renforcer les capacités des enseignants afin qu’ils puissent préparer les nouvelles générations aux transformations économiques, technologiques et sociales à venir.
Le troisième dispositif, ASEAN GEMS Plus, élargit le programme existant ASEAN Global Exchange for Mobility and Scholarship. Au-delà des échanges étudiants et des bourses universitaires, cette nouvelle phase intégrera :
- des financements régionaux pour la recherche ;
- la mobilité des chercheurs ;
- des partenariats d’innovation ;
- des projets universitaires liés aux Objectifs de développement durable (ODD).
Cette évolution marque une volonté de faire de l’enseignement supérieur un moteur de coopération scientifique et d’innovation régionale.
Une mise en œuvre intégrée dans le Plan de travail ASEAN Éducation 2026-2030
Les trois initiatives adoptées sont le résultat de plusieurs mois de consultations techniques entre les États membres, notamment dans le cadre de la Réunion des hauts fonctionnaires de l’éducation de l’ASEAN (SOM-ED). Elles illustrent l’approche consensuelle traditionnellement privilégiée par l’organisation régionale.
Elles seront intégrées au Plan de travail de l’ASEAN sur l’éducation 2026-2030, avec pour ambition de créer un espace d’enseignement supérieur plus compétitif à l’échelle internationale, davantage connecté et mieux préparé aux évolutions technologiques.
Pour les Philippines, ces engagements s’inscrivent également dans le programme national ACHIEVE porté par la CHED, présenté comme une feuille de route stratégique pour transformer l’enseignement supérieur philippin à travers l’internationalisation, la recherche et l’innovation.
Une convergence avec les priorités de l’UNESCO
Les orientations adoptées par l’ASEAN rejoignent largement les priorités défendues par l’UNESCO dans le cadre de l’Objectif de développement durable n°4 consacré à une éducation inclusive, équitable et de qualité.
Cette convergence concerne notamment :
- la transformation numérique des systèmes éducatifs fondée sur l’équité et l’inclusion ;
- le développement des compétences numériques et liées à l’intelligence artificielle pour les enseignants ;
- le renforcement de la coopération universitaire internationale ;
- la promotion de la recherche collaborative et de la mobilité académique ;
- l’élaboration de cadres éthiques pour l’utilisation de l’IA dans l’éducation.
Même sans déclaration officielle spécifique de l’organisation, cette initiative devrait être considérée favorablement par l’UNESCO, car elle correspond à ses orientations internationales en matière de modernisation éducative et de coopération régionale.
Enjeu diplomatique et stratégique
Au-delà de la dimension éducative, cette décision renforce le rôle de l’ASEAN comme acteur régional capable de coordonner des politiques communes dans un secteur stratégique. L’organisation cherche ainsi à démontrer que la coopération régionale peut produire des résultats concrets dans des domaines liés à la compétitivité économique, à l’innovation et au développement durable.
À travers ces trois initiatives — transformation numérique, excellence des enseignants et mobilité de la recherche — l’ASEAN entend préparer son système d’enseignement supérieur aux défis des prochaines décennies et consolider son attractivité académique dans un environnement mondial marqué par la concurrence technologique.
Chaque semaine, recevez notre lettre d’informations Gavroche Hebdo. Inscrivez-vous en cliquant ici








