
Nous traduisons ici une analyse du chercheur cambodgien Chheang Vannarith, initialement publiée dans le South China Morning Post en anglais.
Pour Chheang Vannarith, une paix durable entre le Cambodge et la Thaïlande ne pourra être obtenue qu’à la condition de régler définitivement la question de la délimitation de leur frontière commune. Tant que cette étape n’aura pas été franchie, les cessez-le-feu resteront fragiles.
Selon lui, le différend frontalier résulte d’un héritage complexe mêlant traités de l’époque coloniale, cartes concurrentes, différends autour de plusieurs temples et montée des nationalismes dans les deux pays. Les affrontements de juillet et de décembre 2025 ont illustré la rapidité avec laquelle ces tensions peuvent dégénérer en conflit armé.
L’auteur estime que la stratégie cambodgienne repose sur trois axes : les négociations bilatérales, le recours au droit international et la médiation de partenaires extérieurs.
Négociations, droit international et médiation
Le premier volet s’appuie sur les mécanismes bilatéraux existants, notamment la Commission mixte de délimitation des frontières (Joint Boundary Commission – JBC), créée en 2000 pour conduire les travaux de cartographie et de démarcation. Phnom Penh affirme vouloir privilégier toutes les voies pacifiques, malgré la lenteur des discussions.
Le deuxième axe consiste à s’appuyer sur le droit international. Le Cambodge fonde sa position sur les accords franco-siamois de 1904 et 1907 ainsi que sur les décisions rendues par la Cour internationale de justice en 1962 et 2013 concernant le temple de Preah Vihear. En 2025, Phnom Penh a également saisi la Cour au sujet de plusieurs zones contestées, une démarche rejetée par la Thaïlande, qui conteste sa compétence.
Parallèlement, le Cambodge a engagé une procédure de conciliation au titre de la Convention des Nations unies sur le droit de la mer après la dénonciation par Bangkok d’un protocole d’accord sur les revendications maritimes dans le golfe de Thaïlande.
Une coopération à relancer
Le troisième levier est celui de la médiation internationale. L’auteur souligne le rôle joué par la Malaisie, alors présidente de l’ASEAN, ainsi que par la Chine et les États-Unis dans les négociations ayant permis d’aboutir au cessez-le-feu de juillet 2025, puis au « Consensus de Fuxian », conclu en Chine après la reprise des combats en décembre.
Selon Chheang Vannarith, la reprise des travaux de la Commission mixte des frontières demeure indispensable. Il estime que la volonté politique, des mécanismes de confiance, une communication permanente entre Phnom Penh et Bangkok ainsi que la reprise des échanges économiques et humains sont essentiels pour consolider le dialogue.
Il conclut que la coopération contre les réseaux d’escroquerie en ligne ou la relance du tourisme ne pourront remplacer un règlement durable de la question frontalière. Tant que la démarcation des zones contestées ne sera pas achevée, les cessez-le-feu resteront précaires.
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