
Le Vietnam et l’Indonésie figurent parmi les principales destinations des investissements étrangers en Asie du Sud-Est, hors Singapour. Hanoï mise sur la simplification administrative, une fiscalité compétitive et l’essor du tourisme. Jakarta abaisse le capital nécessaire à la création d’une société étrangère, tout en réservant ses avantages les plus généreux aux projets de grande ampleur.
Le Vietnam et l’Indonésie cherchent à capter une part croissante des capitaux internationaux, mais leurs stratégies diffèrent sensiblement.
Dans une analyse publiée le 27 juillet, Terje H. Nilsen, dirigeant de Seven Stones Indonesia, compare les conditions d’implantation dans les deux pays. Ce cabinet privé accompagne notamment les investisseurs étrangers dans leurs démarches juridiques, fiscales et administratives en Indonésie. Son étude constitue donc une analyse de marché, et non un rapport indépendant ou universitaire.
Un ticket d’entrée plus souple au Vietnam
Le Vietnam n’impose pas de capital minimum uniforme aux investisseurs étrangers. Le montant demandé varie selon le secteur, la nature de l’activité et la capacité financière du projet.
Les investisseurs doivent généralement obtenir un certificat d’enregistrement de l’investissement, puis un certificat d’enregistrement de l’entreprise. Une réforme adoptée en mars 2026 permet toutefois, dans certains cas, d’enregistrer d’abord la société, ce qui peut réduire les délais.
L’Indonésie a suivi une autre voie. Depuis octobre 2025, le capital libéré minimum d’une société à capitaux étrangers, la PT PMA, est passé de 10 milliards à 2,5 milliards de roupies, soit environ 150 000 dollars selon l’estimation retenue par Seven Stones.
Cette baisse ne supprime cependant pas l’obligation de présenter un plan d’investissement d’au moins 10 milliards de roupies par catégorie d’activité enregistrée, hors terrains et bâtiments. Une entreprise active dans plusieurs secteurs peut donc devoir engager des montants nettement supérieurs.
En pratique, le seuil indonésien paraît plus accessible, mais l’investissement total exigé peut dépasser celui nécessaire à une implantation au Vietnam.
La propriété foncière reste encadrée
Ni le Vietnam ni l’Indonésie n’autorisent les étrangers à acquérir librement des terrains en pleine propriété.
Au Vietnam, les entreprises utilisent généralement des droits d’usage foncier accordés pour une durée déterminée, souvent dans des zones industrielles. En Indonésie, les investisseurs recourent à des droits enregistrés, notamment le droit de construire ou le droit d’usage.
Dans les deux cas, l’investisseur contrôle son implantation par un droit de longue durée plutôt que par une propriété foncière comparable à celle pratiquée en France.
Un avantage fiscal vietnamien pour les projets intermédiaires
Le taux normal de l’impôt sur les sociétés s’élève à 20 % au Vietnam, contre 22 % en Indonésie. Certaines entreprises cotées en Indonésie peuvent toutefois bénéficier d’un taux réduit.
Le Vietnam propose également des régimes préférentiels pour les investissements jugés prioritaires. Certains projets peuvent profiter d’un taux de 10 % pendant quinze ans ou de 17 % pendant dix ans, complété par des périodes d’exonération.
L’Indonésie offre des avantages potentiellement plus généreux, mais les réserve surtout aux grands investissements. Les projets d’au moins 500 milliards de roupies, environ 30 millions de dollars selon l’auteur, peuvent obtenir une exonération totale d’impôt sur les sociétés pendant cinq à vingt ans.
En dessous de ce seuil, certains investissements peuvent bénéficier d’une réduction de 50 % pendant cinq ans.
Le Vietnam apparaît ainsi plus compétitif pour des projets de taille moyenne, tandis que l’Indonésie peut offrir un avantage fiscal supérieur aux groupes disposant de plusieurs dizaines de millions de dollars.
Une incertitude sur la fiscalité des dividendes
L’analyse appelle toutefois à la prudence sur la taxation des dividendes rapatriés depuis le Vietnam. Les sources consultées par l’auteur divergent sur le taux applicable aux versements effectués à une maison mère étrangère. Les conventions fiscales peuvent également modifier le traitement retenu.
Seven Stones recommande donc aux investisseurs de vérifier ce point directement à partir de la législation fiscale et des conventions bilatérales, plutôt que de s’appuyer sur des synthèses commerciales.
En Indonésie, le taux de retenue à la source est présenté comme plus lisible : 20 %, sauf réduction prévue par une convention fiscale.
Le Vietnam lie davantage les visas au capital investi
Le Vietnam classe les visas d’investisseur en quatre catégories, selon le montant du capital engagé. Leur durée peut aller d’un à cinq ans. À partir d’un certain seuil d’investissement, l’investisseur peut aussi être dispensé de permis de travail, ce qui simplifie son installation.
En Indonésie, le parcours passe notamment par le permis de séjour KITAS pour investisseurs ou par le visa « Second Home ». Les conditions dépendent de la participation détenue dans l’entreprise, des fonctions exercées et, selon le dispositif, des fonds déposés.
Pour l’auteur, le système vietnamien offre davantage de prévisibilité, car il établit un lien plus direct entre le montant investi et la durée du séjour.
Le tourisme renforce l’attractivité vietnamienne
La dynamique touristique constitue l’un des écarts les plus visibles entre les deux pays.
Selon les chiffres repris par Seven Stones, le Vietnam a accueilli 21,2 millions de visiteurs étrangers en 2025, contre 18 millions en 2019. L’Indonésie en aurait reçu 15,39 millions en 2025, encore légèrement en dessous de son niveau d’avant la pandémie.
Dix ans plus tôt, les deux pays affichaient pourtant des volumes proches.
Cette progression vietnamienne intéresse directement les investisseurs dans l’hôtellerie, la restauration, le commerce et l’immobilier touristique. Le pays ne concurrence plus seulement l’Indonésie pour l’accueil des usines et des centres technologiques : il attire également une part croissante des visiteurs internationaux.
Deux marchés pour deux profils d’investisseurs
Le Vietnam combine aujourd’hui plusieurs atouts : un taux d’impôt sur les sociétés légèrement inférieur, des règles de séjour relativement lisibles et une forte progression du tourisme.
L’Indonésie conserve néanmoins la puissance de son marché intérieur, des incitations importantes pour les grands projets et un écosystème déjà bien connu des investisseurs présents dans le pays.
Le choix dépend donc largement de la taille et de la nature du projet.
Une entreprise technologique, industrielle ou touristique de taille moyenne peut trouver le Vietnam plus accessible. Un grand groupe disposant d’une forte capacité d’investissement et visant le marché indonésien peut privilégier Jakarta.
La comparaison publiée par Seven Stones souligne surtout une réalité : les seuils de capital ne suffisent pas à mesurer le coût réel d’une implantation. Celui-ci dépend aussi du secteur, du nombre d’activités enregistrées, du foncier, des licences, de la fiscalité et de la structure juridique choisie.
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