
Diplomatie, résistance, économie, cybercriminalité et conflit : Gavroche revient sur les principales informations de la semaine en Birmanie, marquée par un nouveau rejet du plan de paix de l’ASEAN et par l’extension des réseaux d’escroquerie en ligne.
Politique et diplomatie
Le plan de paix de l’ASEAN à nouveau rejeté
Alors que l’ASEAN continue d’exhorter la Birmanie à appliquer le Consensus en cinq points (5PC), Min Aung Hlaing affirme que ce plan n’a pas de caractère contraignant et qu’il ne constitue pas une décision formelle de l’ASEAN. Adopté à Jakarta en avril 2021 après le coup d’État de février, le 5PC appelle à un cessez-le-feu immédiat et à un dialogue entre toutes les parties. Le régime exige désormais le rétablissement du « rôle et des droits originels » de la Birmanie au sein de l’ASEAN, tout en accusant le bloc de violer sa charte en s’immisçant dans ses affaires intérieures.
Le Parlement au service du récit militaire
Dans sa nouvelle chronique, François Guilbert analyse la stratégie de Min Aung Hlaing, qui cherche à présenter la Birmanie comme engagée sur la voie d’un retour à la démocratie. Selon l’auteur, les nouvelles assemblées restent surtout une chambre d’écho du pouvoir militaire, malgré l’annonce d’élections partielles en 2027 et l’adoption d’une loi renforçant la lutte contre les centres d’escroquerie en ligne. François Guilbert souligne également la volonté persistante du régime d’écarter Aung San Suu Kyi de la vie politique, tout en utilisant le calendrier électoral et les institutions parlementaires pour gagner en légitimité internationale.
Appel à stopper le renvoi de 5 000 Rohingyas vers la Birmanie
Le principal groupe de défense des droits des Rohingyas en Malaisie a exhorté, le 30 juillet, le gouvernement malaisien à renoncer à l’expulsion prévue de quelque 5 000 demandeurs d’asile vers la Birmanie, estimant que leur vie serait en danger. L’organisation affirme que les Rohingyas risquent d’être enrôlés de force dans l’armée birmane et demande une consultation urgente du HCR ainsi qu’une intervention internationale. La Malaisie accueille plus de 215 000 réfugiés et demandeurs d’asile, dont plus de 126 000 Rohingyas.
Les groupes de résistance cherchent à renforcer leur coordination
L’alliance anti-junte principale, le Conseil de direction pour l’émergence d’une union démocratique fédérale (SCEF), a multiplié les discussions stratégiques avec quatorze organisations de résistance afin de renforcer la coopération et de bâtir un leadership collectif. Créée en mars par le Gouvernement d’unité nationale, des parlementaires évincés et plusieurs organisations armées ethniques, cette alliance cherche à coordonner les efforts politiques, militaires et administratifs de la résistance, elle vise à unifier les efforts militaires, politiques et administratifs pour construire une Birmanie démocratique et fédérale. Les échanges ont notamment porté sur la situation politique, le Consensus en cinq points de l’ASEAN et une représentation internationale unifiée.
Un député dénonce les rackets aux checkpoints militaires
Lors de la séance parlementaire du 30 juillet, le député U Tun Tun Aung (USDP) affirme que ces prélèvements illégaux se sont multipliés depuis le coup d’État de 2021. Il a dénoncé les arrestations arbitraires de jeunes, les rançons exigées pour leur libération et les prélèvements imposés aux transporteurs, qui contribuent à la hausse des prix des marchandises. Le ministre adjoint de l’Intérieur a nié l’existence de ces rackets, mais les transporteurs et plusieurs députés continuent de dénoncer ces pratiques.
Le régime birman renforce sa coopération médiatique avec la Chine
Le régime militaire birman a signé, le 28 juillet à Rangoun, plusieurs accords de coopération avec le quotidien chinois Yunnan Daily, lors d’un forum consacré aux relations entre villes jumelées birmanes et chinoises. L’un de ces textes prévoit une coopération d’un an avec le Centre international de communication du Yunnan pour l’Asie du Sud et du Sud-Est, chargé de promouvoir l’image de la Chine et de cette province frontalière. Ces accords prolongent les échanges engagés fin mai à Naypyidaw avec Cao Shumin, haute responsable chinoise du secteur des médias. À ce stade, les parties n’ont pas précisé les projets concrets qui découleront de cette coopération.
Économie
Un forum Birmanie-Japon réunit 200 entrepreneurs à Rangoun
Un forum d’affaires entre la Birmanie et le Japon s’est tenu le 29 juillet à Rangoun, à l’initiative de l’Organisation birmane de dialogue interconfessionnel. Selon les organisateurs, près de 200 entrepreneurs issus de quatre communautés religieuses ont participé aux échanges. Les discussions ont porté sur les relations avec les entreprises japonaises, les possibilités d’investissement et le développement de nouveaux réseaux commerciaux. Des représentants du secteur de la pêche ont notamment mis en avant la recherche de débouchés, de partenariats et de recettes en devises. Aucun accord ni investissement précis n’a toutefois été annoncé à l’issue du forum.
Rangoun accueille une conférence sur l’ingénierie et l’économie numérique
Rangoun a accueilli, le 26 juillet, la Conférence internationale sur l’ingénierie, l’économie et la technologie 2026. Selon les organisateurs, l’événement a réuni des représentants des secteurs de l’ingénierie, des technologies de l’information, des télécommunications et des affaires, ainsi que plusieurs intervenants birmans et étrangers. Les échanges ont porté sur l’intelligence artificielle, la connectivité numérique régionale et les perspectives de coopération technologique. Les autorités présentent cette rencontre comme une contribution au développement de l’économie numérique birmane, sans avoir annoncé de projet concret à son issue.
Une reprise touristique encore très limitée
La Birmanie aurait accueilli 530 973 visiteurs étrangers au premier semestre 2026, soit 6 % de plus sur un an, selon des chiffres officiels non vérifiables indépendamment. La reprise repose surtout sur les visiteurs asiatiques. Les autorités visent 1,8 million d’arrivées cette année, loin des 4,7 millions enregistrées avant la pandémie et le coup d’État de 2021. Le contexte sécuritaire reste toutefois très dégradé et la France déconseille toujours les déplacements dans la majeure partie du pays.
Société
La peine de mort étendue aux crimes liés aux centres d’escroquerie
Le Parlement birman a approuvé, le 28 juillet, une loi autorisant la peine capitale pour ceux qui détiennent ou contraignent violemment des victimes à travailler dans des centres d’escroquerie en ligne, dans le cadre de la campagne menée par le régime contre ces fraudes. Le texte prévoit des peines allant de dix ans de prison à la perpétuité, voire la peine de mort en cas de décès des victimes, et prévoit aussi une coopération internationale renforcée, notamment avec Interpol, l’Aseanapol et les États concernés, pour rechercher et poursuivre les suspects. Les réseaux d’escroquerie, leurs sociétés écrans et leurs filières de blanchiment s’étendent toutefois bien au-delà des enclaves frontalières des États Shan et Karen, jusque dans les grandes villes comme Rangoun et Mandalay.
Mandat d’arrêt contre un commandant karen lié aux escroqueries
La Direction thaïlandaise des enquêtes spéciales (DSI) a émis un mandat d’arrêt contre Saw Mote Thone, commandant de la Force de garde-frontière karen (BGF), alliée de l’armée birmane, dans le cadre d’une coopération renforcée avec les États-Unis contre les centres d’escroquerie en ligne. L’Union européenne a également sanctionné l’Armée démocratique bouddhiste karen (DKBA), accusée d’avoir facilité ces activités criminelles et des violences contre des victimes de traite. Alors que la Chine affirme une baisse des fraudes depuis octobre 2025, l’Organisation internationale pour les migrations estime qu’environ 300 000 personnes travaillent encore dans ces centres en Birmanie, au Cambodge et au Laos.
Les réseaux d’arnaques birmans se replient
Sous la pression internationale croissante, les réseaux d’escroqueries en ligne quittent progressivement la frontière entre la Thaïlande et la Birmanie pour s’implanter plus à l’intérieur du pays, notamment dans l’État Karen et jusqu’à Mandalay et Rangoun. Plusieurs groupes armés déplacent également leurs bases afin d’échapper aux sanctions et aux opérations de police. Malgré le renforcement de la coopération entre la Thaïlande et les États-Unis, le régime birman est accusé de continuer à tolérer ces activités.
Conflit et répression
SWAN documente 172 cas de violences sexuelles et sexistes dans l’État Shan
Le Shan Women’s Action Network (SWAN) a signalé un niveau préoccupant de violences sexuelles et sexistes dans l’État Shan, avec 172 cas documentés entre 2022 et 2025, dont 70 viols. Près de la moitié des agressions ont été commises par un conjoint ou un partenaire intime, tandis que d’autres sont attribuées à des soldats du régime ou à des groupes armés ethniques. SWAN appelle les organisations armées, les autorités locales et la communauté internationale à renforcer la protection des victimes et à lutter contre l’impunité.
La KNU réfute les accusations du régime sur un centre d’escroquerie
L’Union nationale karen (KNU) a fermement rejeté les accusations du régime selon lesquelles son bras armé aurait protégé un centre d’escroquerie en ligne récemment perquisitionné dans la zone de Kyauk Khet. Selon son porte-parole, ces affirmations visent à discréditer le principal mouvement de résistance dans le sud-est du pays. Selon plusieurs analystes cités par les médias birmans indépendants, ces opérations serviraient aussi la communication du régime.
Des centaines de migrants birmans se cachent en Chine pour échapper à l’armée
Selon des sources locales, environ 400 travailleurs migrants birmans sans papiers se cacheraient dans une zone forestière proche de Jinghong, dans le Yunnan, par crainte d’être arrêtés puis renvoyés en Birmanie. La plupart de ces hommes, âgés de 25 à 30 ans, avaient rejoint la Chine pour travailler dans des plantations ou des usines. Les sources locales estiment à plus de 6 000 le nombre de travailleurs birmans présents dans cette région frontalière.
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