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THAÏLANDE – SOCIÉTÉ : Le meurtre de Nonthaburi, fruit du culte de la « dette d’honneur »

Journaliste : Philippe Bergues Date de publication : 13/08/2026
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Une chronique de Philippe Bergues

 

Tous les ingrédients du meurtre de sang-froid perpétré à Nonthaburi par l’ancien député Chalong Riewraeng, du mode opératoire à la perquisition au domicile du tueur, sans oublier l’hallucinante séquence de la conférence de presse au poste de police provincial nous éclairent sur la culture des castes dans la société thaïlandaise. Reprenons les faits :

 

Chalong Riewraeng, ancien député de la Chambre basse et figure politique locale influente de Nonthaburi, s’est rendu au siège de l’administration provinciale pour y rencontrer son président, Thongchai Yenprasert, qui effectue son cinquième mandat consécutif, et exiger le remboursement d’une dette de 11 millions de bahts (environ 290 000 euros). Comme Thongchai l’a ignoré, il l’a abattu après avoir attendu, à l’arrière du bâtiment officiel, qu’il rejoigne son véhicule avec son chauffeur personnel.

 

Chalong Riewraeng a ensuite été arrêté sans que les policiers lui passent les menottes. Il a pu continuer tranquillement à discuter au téléphone. Aucune véritable fouille n’a été effectuée par les agents.

 

La police lui a même permis d’organiser une conférence de presse, mise en scène pour justifier son acte, tout en fumant une cigarette, ce qui est totalement interdit dans un lieu public. Toujours pas de menottes.

 

Lors de la perquisition organisée à son domicile, Chalong Riewraeng apparaît extrêmement détendu.

 

Pouvoir, privilèges et impunité vont de pair chez les puissants

 

Toutes ces séquences filmées et photographiées sont reprises par les médias étrangers et les réseaux sociaux, donnant une image quelque peu honteuse de la Thaïlande — qualificatif d’ailleurs repris par les Thaïlandais eux-mêmes dans leurs innombrables commentaires.

 

Celui-ci peut prêter à sourire : « Encore un peu et il commanderait une bière avec du porc grillé à se taper dans la salle de réunion », alors que Chalong Riewraeng improvise sa conférence de presse devant les policiers.

 

Beaucoup pointent l’arrogance de l’ancien responsable politique, habité par un sentiment d’impunité totale.

 

Le « bunkhun », cette dette de gratitude

 

Comment comprendre cette situation avec nos yeux de farang ?

 

La société thaïlandaise compte tant de personnes qui gravissent les échelons du pouvoir, soit honnêtement, soit par des moyens corrompus. Et le pouvoir s’accompagne souvent de privilèges. Comme je l’avais écrit dans ces colonnes en 2024, la préservation des privilèges est un paradigme si thaïlandais !

 

Entre aussi en compte un concept culturel siamois, difficile à appréhender d’un regard extérieur, que l’on appelle le « bunkhun ».

 

Le « bunkhun » peut être considéré comme « une bonté qui crée une dette ». Il s’agit de l’octroi d’une faveur qui engendre une obligation sociale. Ces faveurs peuvent être accordées par bonne volonté ou dans un esprit plus calculateur, en raison de la réciprocité qu’elles impliquent. Autrement dit, elles créent des dettes de gratitude.

 

Le raisonnement de Chalong Riewraeng pourrait donc avoir été le suivant : « J’ai financé votre campagne à un moment donné, j’ai renoncé à mon propre siège, vous avez une dette envers moi à vie. »

 

Une sorte de pacte de parrain dont l’issue fatale s’expliquerait, dans l’esprit du tueur, par l’ingratitude de celui qui n’aurait pas honoré sa dette. Il est en effet établi que les deux hommes ont entretenu, à un moment donné, des liens d’amitié et de solidarité politique à l’échelon local.

 

Une carrière politique mouvementée

 

La carrière politique de Chalong Riewraeng est assez chaotique. Il a concouru sous les couleurs de sept partis différents, a été député du camp thaksinien il y a une quinzaine d’années et a démissionné du parti Bhumjaithai en mai 2024, selon Nan Bunthida Somchai, actuelle vice-ministre de l’Économie et de la Société numériques et porte-parole du BJT.

 

Il a tenté de passer le flambeau à sa fille lors des élections générales de février dernier afin qu’elle défende les couleurs du Palang Pracharath dans la circonscription de Nonthaburi, mais sa candidature n’a pas été retenue.

 

Son geste de folie est-il également lié à cette frustration, au regard de la réussite de Thongchai, et à ce qu’il pourrait considérer comme une perte de face associée à un « bunkhun » non respecté ?

 

Philippe Bergues

 

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