
Le projet de train à grande vitesse reliant Don Mueang, Suvarnabhumi et U-Tapao traverse une nouvelle zone de turbulences. Le consortium Asia Era One, conduit par CP Group, a réaffirmé sa volonté de sortir du contrat signé en 2019, tandis que le gouvernement prépare déjà une solution pour assurer la continuité de l’Airport Rail Link après le 30 septembre. Le Premier ministre Anutin Charnvirakul prévient toutefois qu’une rupture avec l’État ne sera ni simple ni sans conséquences.
Le projet devait devenir l’une des grandes infrastructures du Corridor économique de l’Est. Près de sept ans après la signature du contrat, son chantier principal n’a pourtant toujours pas véritablement démarré.
Asia Era One, société contrôlée par CP Group, a réaffirmé fin août sa volonté d’engager la résiliation du partenariat public-privé portant sur la future ligne à grande vitesse entre les trois aéroports. Le groupe avait déjà engagé cette démarche en juillet.
Le consortium invoque plusieurs années de négociations infructueuses sur les conditions du contrat, les modalités de financement et de paiement, ainsi que les conséquences de la pandémie. Il a également rencontré des difficultés concernant son certificat de promotion du Board of Investment et l’obtention du feu vert permettant de commencer les travaux.
Un contrat signé en 2019
Le partenariat a été signé le 24 octobre 2019 pour une durée de 50 ans, dont cinq années initialement prévues pour la construction.
La ligne doit relier Don Mueang, Suvarnabhumi et U-Tapao sur environ 220 kilomètres, avec neuf gares et une vitesse pouvant atteindre 250 km/h. L’EEC la présente comme une infrastructure majeure destinée à relier Bangkok au Corridor économique de l’Est en moins d’une heure.
Le montage inclut également l’Airport Rail Link existant et son intégration dans le futur réseau.
Le projet représente plusieurs centaines de milliards de bahts d’investissements publics et privés. Les documents officiels de l’EEC évaluent aujourd’hui l’ensemble à environ 272 milliards de bahts, tandis que le montant de 224,5 milliards correspond à des évaluations antérieures du projet.
Anutin prévient CP
Le Premier ministre Anutin Charnvirakul, qui préside le comité politique de l’EEC, a annoncé vouloir examiner le dossier avec Chula Sukmanop, responsable de l’EEC, ainsi qu’avec les Chemins de fer nationaux de Thaïlande.
Il a surtout averti qu’une rupture d’un contrat public n’était pas une démarche anodine.
Une résiliation imputable au concessionnaire pourrait notamment entraîner une inscription sur une liste noire, compliquer sa participation à de futurs marchés publics et l’exposer à des demandes de compensation pour les coûts supplémentaires supportés par l’État.
Le gouvernement considère par ailleurs qu’Asia Era One ne peut pas mettre fin unilatéralement au contrat dans les conditions actuelles.
L’Airport Rail Link devient le dossier urgent
Le problème le plus immédiat concerne désormais les voyageurs de Bangkok.
Asia Era One exploite actuellement l’Airport Rail Link, qui relie le centre de la capitale à l’aéroport de Suvarnabhumi, et prévoit de mettre fin à cette exploitation le 30 septembre.
La SRT cherche donc à éviter toute interruption du service.
Une première piste consiste à demander à Asia Era One de poursuivre temporairement l’exploitation. La SRT a même proposé un nouvel accord pouvant aller jusqu’à un an, tandis que le ministère des Transports avait initialement évoqué une transition de un à trois mois. De nouvelles discussions sont prévues début septembre.
En parallèle, la filiale publique SRT Electrified Train Co (SRTET) se prépare à reprendre la ligne. Elle estime avoir besoin d’environ un mois et de quelque 300 salariés pour assurer la transition.
Un projet stratégique toujours sans chantier
La situation résume les difficultés accumulées par l’un des projets emblématiques de l’EEC.
Le gouvernement continue officiellement de présenter la liaison comme un axe stratégique entre Bangkok et U-Tapao. La fiche actuelle de l’EEC prévoit désormais un démarrage commercial complet en 2031 et indique qu’un ordre de démarrage des travaux reste attendu en 2026.
Mais la volonté de retrait du consortium change la donne. Une résiliation complète pourrait imposer une nouvelle procédure de sélection et repousser encore davantage le calendrier.
À court terme, la priorité est donc moins de savoir quand le train à grande vitesse circulera que de garantir que l’Airport Rail Link continuera, lui, à fonctionner après le 30 septembre.
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